Ils attirent l’attention. On les croise à chaque marche. Superbement habillés aux couleurs nationales, ils «scandent» des slogans qu’ils arrivent à peine à prononcer correctement. Les enfants du hirak ont bel et bien taillé leur place. El Watan Week-end est allé à la rencontre de ces enfants qui accompagnent leurs parents pendant la manifestation populaire, chaque vendredi.

Ils sont parmi les manifestants. Plus beaux même. Ils se mettent en couleurs nationales. Entourés de drapeaux, de chapeaux. Parés de bracelets et autres accessoires, les petits enfants ont leur «part» et leur «place» dans le mouvement populaire.

C’est l’affaire des grands certes, mais c’est pour eux, pour leur avenir tout ce mouvement. Pas évident qu’ils assimilent tout cela, mais le mouvement populaire ou «hirak» comme ils préfèrent le nommer, est bel est bien ancré chez les enfants.

Depuis le 22 février, ils sont des habitués des marches populaires. Ils sont jeunes, très jeunes même, filles et garçons, ils accompagnent leurs parents ou proches.

Si au début, ces petits étaient moins «conscients» du but, de l’enjeu ou de la symbolique de la démarche, certains en prennent de plus en plus conscience. Douaa, 7 ans : «C’est pour mieux vivre. C’est pour une Algérie sans problème.» Elle accompagne son papa chaque vendredi depuis le 8 mars : «Les deux premiers vendredi, je ne savais pas comment les choses pouvaient se présenter pour les enfants.

Je préférais prendre le risque tout seul. Et le vendredi 8 mars, jour où nous avons décidé, sa maman et moi, de manifester ensemble, Douaa insistait pour être avec nous. Et depuis, c’est devenu un rituel pour elle.» Aujourd’hui, la fillette en arrive à parler d’un «avenir». Avoir une bonne école, des espaces de loisirs, bien vivre… Mais ces enfants ne partagent pas tous le même degré de «conscience». Evidement, il y en a d’autres qui le font avec innocence, juste pour le plaisir. Dalia : «C’est cool comme sortie.

Et j’adore crier et répéter les slogans.» La veille ou le matin du vendredi, ce sont les préparatifs : drapeaux, robes spéciales, tenues conçues spécialement. Plus question d’organiser d’autres sorties. Le vendredi c’est «sacré». Bonne décision ou pas ? Les parents sont mitigés. Evidement oui. C’est une manière, témoigne Mustapha, d’«inculquer les valeurs de la nation, de l’amour de la patrie, du militantisme et de la responsabilité collective à nos enfants». Pour Khaled, 63 ans, cadre dans une entreprise publique, ce mouvement populaire est pour «l’avenir de  nos enfants».

Autant, dit-il, qu’ils nous accompagnent et gardent comme souvenir des images d’une «belle révolution». C’est un mouvement pacifique et la présence des enfants qui n’ont jamais eu de problème en est une preuve. «Je veux que mon fils qui a 11 ans aujourd’hui se rappelle de tout ce mouvement. Je veux et j’insiste pour qu’il m’a accompagne. Même pendant ses compositions des 2e et 3e trimestres, il n’a jamais raté un seul vendredi», témoigne Amira, 41 ans, médecin.

Les valeurs de la patrie, ça se transmet. «A quoi sert que je manifeste seule, pour arracher des acquis qui peuvent être sacrifiés et cédés par une future génération qui n’a pas vu comment les choses en sont arrivées là. En assistant à l’effort, le résultat sera considéré», ajoute sa copine, enseignante de français dans un établissement privé. C’est important, pour ces parents, de les faire participer.

Journal

Pour les enfants qui savent déjà écrire, c’est ancré dans leur «fidèle journal». Date et heure, Rayan raconte les événements du 1er mars. 14h25, comment il n’ont pas, avec son père, prendre le métro pour arriver à la Grande-Poste, ils sont venus alors à pied depuis Hussein Dey. Il a écrit aussi comment ils ont scandé les premiers slogans contre le 5e mandat.

Dans le même journal, il raconte comment il avait écrit avec un stylo, sur un simple carton «Bouteflika… non». «Ce sont des souvenirs qu’il faut absolument qu’il gardent», insiste son père. Même si officiellement, il n’y a pas eu d’enquête sur les résultats scolaires du deuxième trimestre (entamé à la fin février) qui était qualifiés d’insuffisants, certains parents assument entièrement le fait qu’ils ne soient pas présents à côté de leur enfants et de ne pas les assister pendants leurs examens.

Une pédopsychologue a confirmé la surprise des parents à cette époque-là. Mais Amel affirme : «J’assume. Il y a des priorités dans la vie.

En février et en mars, du moins jusqu’à ce que le 5e mandat soit annulé, je n’ai jamais donné la priorité aux études de mon fils qui est en 3e année de collège. Je lui fais même rater ses cours de soutien qui coïncident avec les horaires des marches. Je ne regrette pas. C’est pour la bonne cause. »

Slogans

Qui d’entre nous n’a pas assisté ces dernière semaines à des «mini-manifestations» animées par des enfants ? Dans des jardins publics, dans la rue et surtout dans les cours des établissements scolaires, des petits groupes d’enfants répétent en chœur :  «Makanch el khamssa ya Bouteflika», «Klitou lebled ya saraqin», « Dégagez», « Lebled bladna w ndirou rayna», «Jich chaab khaw a khawa»… Mieux encore, ils suivent les événements et arrivent à actualiser. «Non, nous ne crions plus contre les Bouteflika. Ils sont partis», lance un élève de 4e année primaire en direction de ses camarades dans une cour d’école.

Il énumère un par un les «B», puis cite quelques-unes des personnalités qui ont été mises en prison. Enfin, il se «vante» devant ses camardes de n’avoir jamais raté une marche. «Vous faites quoi le vendredi», demandons-nous à un groupe d’enfants de 4 ans qui venait de sortir de leur classe de moyenne section. «Dégage», répond Nazim, qui insiste qu’il a son drapeau à lui qu’il ne partage avec personne.

D’autres se vantent encore du fait qu’ils ont des pancartes plus élaborées que d’autres n’ont pas. Mais chez les plus âgés, les adolescents, la conscience est là. Ils évoquent la corruption, la notion du «dégagisme» et surtout quelques «propositions de sortie» de crise. «Moi je vois Z…», et l’autre dit «non je préfère Ben…». Pour le groupe que nous avons rencontré, pas question d’aller voter El Ibrahim par exemple.

Ils affichent leur sympathie pour Karim Tabbou qui, pour eux est «jeune». Mais surtout le fait qu’il a bien « sérer » les enfants du défunt Nabil qui ont tenu à être présents le vendredi qui a suivi la mort de leur papa qui a été, rappelons-le, victime d’une attaque cardiaque pendant la marche. Pour ce groupe Tabbou a toujours été «avec eux».

Il cite d’autres noms comme Soufiane Djilali, Bouchachi, Nekkaz…Bref, ils semblent être à la page, mais avec beaucoup d’innocence et sans aucun enjeu politique.

Et si nous citons d’autres personnes qui pourraient faire consensus, par exemple, ils crient : «Non Madame… Il fait parti d’el 3isaba !» Sur les réseaux sociaux, beaucoup de ces jeune ont placé, en photo de profil, une vue prise dans la foule, avec des drapeaux…

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Auteur: Hicham Chouadria
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