( Photo :Sami K )Le panel du dialogue et de médiation a tenu hier sa première rencontre avec des «représentants» du hirak populaire et de la société civile. D’autres conclaves de ce genre sont prévus dans les jours à venir, malgré l’opposition exprimée par la population qui sort tous les vendredis pour dire non à toute démarche qui n’a pas recueilli, d’ailleurs, l’adhésion des partis de l’opposition.
Parallèlement à cette première réunion, les partis du pouvoir, le FLN et le RND, semblent vouloir se redéployer en multipliant les sorties, plutôt médiatisées, en faisant la promotion, bien évidemment, du dialogue, qui ne doit, selon eux, concerner que la seule question de l’élection présidentielle. Ebranlé par l’ampleur de la contestation populaire qui s’est déclenchée le 22 février dernier, et s’étant par conséquent, terré pendant de longues semaines, le pouvoir en place – et ses relais – semble vouloir reprendre du terrain afin d’imposer sa feuille de route consistant en l’organisation d’une élection présidentielle «dans les plus brefs délais».
Après l’annulation des deux rendez-vous, du 18 avril, et par la suite du 4 juillet, il n’est plus question pour lui d’essuyer un autre échec. D’où l’insistance sur ce dialogue débouchant exclusivement sur l’installation de la commission d’organisation des élections. Or, jusque-là, la population semble peu encline à adopter cette démarche, qui, du point de vue des partis de l’opposition, ne ferait que régénérer le «système».
A cet effet, après avoir annoncé la composante du panel, le 25 juillet dernier, les Algériens ont fortement critiqué son coordinateur, Karim Younès, et ont réclamé une nouvelle fois le départ des symboles du système, à savoir le Premier ministre, Nourredine Bedoui, et le chef de l’Etat par intérim, Abdelkader Bensalah. Ce qui n’a pas empêché le panel, qui n’a pas été rejoint par les personnalités les plus en vue de la scène politique nationale, d’entamer ses «consultations». Le rejet par le chef d’état-major de l’ANP des «préalables» réclamés par bon nombre d’acteurs politiques, et même par les membres du panel, a jeté le doute sur son rôle et son efficacité. Certains, comme l’économiste Smaïl Lalmas, ont démissionné.
D’autres ont par contre rejoint le panel, qui a finalement décidé d’entamer quand même son travail. D’autres actions pourront être lancées dans les jours à venir. Au niveau de certaines wilayas, des rencontres avec des «représentants» du hirak sont en préparation. Certaines ont eu déjà lieu ces dernières semaines. Par ailleurs, il se pourrait qu’il y ait une tentative d’introduire le mot d’ordre relatif à l’organisation d’une élection présidentielle «dans les plus brefs délais» lors des manifestations futures. Une vidéo filmée à l’intérieur d’une imprimerie, sise à Skikda apparemment, où sont confectionnées de larges banderoles sur lesquelles sont inscrits ces slogans, a circulé ces dernières heures sur internet.
Ainsi, cette «offensive» est marquée également par un retour sur le devant de la scène du FLN, qui a organisé, hier, au Centre international des conventions (CIC) de Club des Pins, sa «rencontre nationale du dialogue des cadres» et du RND qui a rendu publique, le même jour, son initiative «vers une mutation républicaine». Bien évidemment, ces deux formations politiques s’insurgent essentiellement contre ceux qui réclament leur dissolution ou au moins leur exclusion du processus de dialogue en cours ou à venir. Même des membres du panel, Karim Younès, Abdelwahab Bendjelloul, ou bien son porte-parole Djamel Karkadane, ont affirmé qu’ils ne pouvaient aller à l’encontre de la volonté du peuple et discuter avec les partis de l’ex-alliance présidentielle.
Le RND a jugé que les précédentes initiatives, émanant d’autres partis ou personnalités politiques, étaient vouées à l’échec en raison de «l’exclusion de certaines parties», d’autant plus qu’elles «ne reflètent pas la position d’une importante frange de la classe politique qui a une portée nationale et dont la représentation est majoritaire au niveau des assemblées élues». Avec de «nouveaux» visages, Mohamed Djemaï pour le FLN, et Azzedine Mihoubi pour le RND, même si les deux personnalités avaient leur place dans l’ancien régime, ces deux partis tentent de s’imposer afin de garder leurs «positions» sur la scène politique nationale et imposer cette feuille de route. «Le régime corrompu se redéploie dans une tentative de casser le hirak», a estimé Saïd Salhi, vice-président de la Ligue algérienne de défense des droits de l’homme (LADDH).
Bien évidemment, face à ces tentatives d’imposer cette feuille de route, la position des manifestants est toujours attendue. Et celle-ci est exprimée chaque mardi et vendredi. Demain, les Algériens réagiront certainement aux derniers développements. Que fera le pouvoir dans le cas de la persistance du rejet de sa démarche ? Le hirak populaire ne montre pas pour l’instant des signes d’essoufflement. Et les choses pourraient devenir encore plus complexes, dès la prochaine rentrée sociale, alors que des manifestants ont commencé à évoquer, vendredi passé, la désobéissance civile.
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Auteur: Hicham Chouadria
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