Situé au coeur de la médina d’Essaouira à proximité de la Seqala, l’un des sites emblématiques les plus chargés d’histoire, le Musée Sidi Mohammed Ben Abdallah est le lieu idéal pour découvrir l’histoire si rayonnante mais aussi passionnante de Mogador-Essaouira, une ville-Monde riche de l’addition des grandes civilisations romaine, phénicienne, carthaginoise, amazighe, juive et arabe, et qui continue de servir sans conteste de haut lieu de brassage des cultures.
Ayant ouvert ses portes pour la première fois le 20 octobre 1980, à l’occasion de la tenue du premier festival de la musique, cet espace d’exposition a pour vocation principale de traduire et mettre en avant la richesse paysagère et culturelle de la région d’Essaouira et ce, via la présentation d’une collection liée à différents thèmes du patrimoine matériel et immatériel dont regorge cette cité et ses alentours.
Cette collection a été minutieusement sélectionnée de manière à retracer des pages glorieuses de l’histoire de la ville et à mettre l’accent sur sa diversité cultuelle et culturelle. Une richesse culturelle associée à des potentialités naturelles hors-pair, couronnée par le classement de la ville sur la liste du patrimoine mondial le 14 décembre 2001.
»La bâtisse abritant le Musée Sidi Mohammed Ben Abdallah était construite au XIXè siècle, avec un plan qui illustre la catégorie des maisons de marchands localisée essentiellement dans le quartier de la Kasbah, l’un des plus anciens de la Médina », a confié à la MAP Mme Ghita Rabouli, Conservatrice du Musée, relevant que l’édifice a subi des transformations à l’époque coloniale, en ce sens qu’au milieu de la Cour centrale était aménagée une vasque, remplacée par un escalier à deux volets faisant communiquer le rez-de-chaussée à l’étage, alors que les entrepôts ont été transformés en annexes du Musée.
Du temps du protectorat, cette demeure seigneuriale est devenue le siège de la mairie de la ville, a-t-elle rappelé, notant qu’une fois le Musée a été installé, on a veillé à consacrer le rez-de-chaussée à la présentation des potentialités naturelles et historiques d’Essaouira. Elle a aussi tenu à rendre un vibrant hommage à son fondateur, Feu Boujemâa Lakhdar et son oeuvre incontestable pour le rayonnement de cet espace muséal.
Tout en saluant le travail remarquable accompli par plusieurs conservateurs qui se sont succédé à la direction du Musée, Mme Rabouli a fait savoir que l’objectif a été dès le départ d’accorder une attention particulière à son organisation de manière pédagogique et instructive, avec comme point majeur le traçage d’un circuit muséal bien défini, car l’objectif est que la visite du Musée soit constructive, éducative et bénéfique pour les visiteurs d’un point de vue intellectuel mais aussi d’informations.
C’est ainsi qu’on a veillé à consacrer le rez-de-chaussée du Musée pour jeter la lumière sur les potentialités naturelles de la région, notamment les deux « matières premières » qui font toujours la renommée de la ville sur le plan national, voire même international, à savoir l’arganier et le thuya.
Le déambulatoire du rez-de-chaussée du Musée permet également de retracer quelques pages de l’histoire de la ville depuis les époques préhistoriques, antiques et médiévales, jusqu’à la fondation de l’actuelle médina par le Sultan Sidi Mohammad Ben Abdellah, a précisé Mme Rabouli.
C’est dire que les visiteurs parmi les plus curieux et avides de prendre connaissance de l’histoire de la cité et de ses alentours, en visitant le Musée Sidi Mohammed Ben Abdellah, se trouvent vite emportés dans un long périple au coeur de la médina, de son Archipel et de ses alentours, tout en s’offrant cette chance singulière de découvrir les spécificités de cette ville paisible.
Le Musée focalise, ainsi, de manière détaillée sur la position géostratégique de la cité des alizés et ses potentialités naturelles ayant favorisé une occupation humaine dès les époques les plus lointaines à savoir : l’époque préhistorique, antique et médiévale jusqu’à la fondation de l’actuelle Médina en 1765 par le Sultan Sidi Mohammed Ben Abdallah.
Pour illustrer toutes ces civilisations qui se sont succédé à Mogador et son Archipel, ce Musée qui est ethnographique, avec une section archéologique, donne à voir une collection d’objets et d’outils archéologiques découverts sur plusieurs sites notamment à l’île de Mogador, Jbel Lahdid, Ida Ouazza, et Cap Sim entre autres, mais aussi de pièces de monnaie romaines et une dizaine de monnaies en argent frappées sous le règne de Sidi Mohammed Ben Abdellah.
« L’aspect architectural qui distingue la médina d’Essaouira des autres médinas marocaines est aussi présent dans le Musée, via une collection inédite de photos très anciennes (en noir et blanc), qui nous invite à voyager dans la médina et à visiter ses monuments les plus prestigieux », note avec satisfaction Mme Rabouli.
Une fois la visite du rez-de-chaussée achevée, le périple se poursuit à l’intérieur du Musée Sidi Mohammed Ben Abdellah avec cette fois-ci, une montée à l’étage, le temps de s’offrir cette chance de saisir de près la diversité culturelle qui caractérise la ville d’Essaouira, comme en témoigne la coexistence, dès sa fondation, de diverses ethnies (amazigh, arabe et africaine) et des confessions musulmane, chrétienne et juive.
Cette diversité, rappelle Mme Rabouli, s’est traduite par une richesse et une osmose de pratiques culturelles et cultuelles et par l’émergence de métiers et d’arts traditionnels (bijouterie, boiserie, tapisserie…) que le Musée Sidi Mohammed Ben Abdellah tente de refléter fidèlement.
L’étage du Musée se divise, ainsi, en plusieurs pavillons présentant une collection d’objets ethnographiques selon les thèmes suivants : les planchettes coraniques, les manuscrits, les objets du culte juif, les œuvres artistiques de la bijouterie traditionnelle notamment en argent, les instruments de musique, une collection d’armes, une panoplie de costumes, les œuvres artistiques de bois de thuya et du bois peint et quelque modèles de tapis de la région d’Essaouira.
Ce sont là des repères importants d’une ville cosmopolite à vocation côtière du Maroc atlantique et le fruit de l’addition de moult civilisations millénaires. Ces atouts que résume en partie le Musée Sidi Mohammed Ben Abdellah ont grandement contribué au classement de la ville sur la Liste du Patrimoine Universel de l’Humanité en 2001, a relevé Mme Rabouli.
Si le Musée Sidi Mohammed Ben Abdellah contribue remarquablement à la promotion de la dynamique culturelle et touristique de la cité des Alizés, de par le nombre de visiteurs qu’il reçoit de façon quotidienne, il constitue désormais un point de repère et d’escale pour tous ceux et celles qui cherchent à connaître davantage l’histoire de cette ville et les rôles de taille qu’elle avait joué en tant que premier port du Royaume, trait d’union incontestable entre le Maroc et l’Afrique subsaharienne, et terreau de paix et de coexistence harmonieuse entre les religions et les civilisations depuis de longs siècles.
Auteur: Meriem IGASS
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