Au premier vendredi 13 de l’année, il ne s’est pratiquement rien passé, si ce n’est l’achat, trop hâtif, de billets d’avion pour l’Algérie, et jamais utilisés, mais le second a eu la main lourde. Si tant est que quelque voix autorisée ne vienne pas nous asséner l’éternelle oraison de la main de l’étranger, qui alternerait avec nous le chaud et le froid, la vie et la mort. Impossible de savoir ce que contient le flacon de perfusion, quand on s’en remet aux mains de l’étranger, après avoir imploré Dieu, bien sûr, sinon qui nous prendrait au sérieux ? Mais quel vendredi, que ce vendredi 13 novembre. Facebook, mon réseau social favori, que j’ai d’ailleurs rarement vu se teinter de rose, est devenu plus noir que d’habitude. Plus vous avancez dans la lecture des messages, de plus en plus lugubres, et plus vous avez l’impression d’être pris dans une de ces rubriques nécrologiques sans fin, comme dans une toile d’araignée. Encore faut-il compter avec les autres réseaux sociaux et les applications de téléphonie gratuites auxquelles vous ne pouvez échapper, sans compter les appels dits classiques et les SMS. Impossible de ne pas répondre quand votre téléphone sonne et que c’est le nom d’un parent, d’un proche qui s’affiche, et que c’est sans doute pour prendre des nouvelles. Pas du tout ! D’entrée, en guise de bonjour, on vous assène la mauvaise nouvelle.
Aucun moyen d’échapper à l’inévitable question en guise de salutation: tu sais qui est mort ? Bien évidemment, et avec le Covid-19, la Faucheuse a fait un vrai carnage dans les rangs de nos amis et confrères, et de nos proches, au point de se rapprocher dangereusement de nous. Au point de nous faire oublier le «vendredi saint», la «djoumouaâ moubaraka», qu’on formule en guise de vœu, pour faire le bien, le plus souvent pour colorer une fin de semaine sinistre. À opposer, évidemment, au superstitieux vendredi 13, porteur d’adversité et de malheurs et auquel nos voisins, ou colonisateurs, méditerranéens nous ont plus ou moins formatés. La preuve par Google : si le chiffre 13 n’évoque rien dans notre imaginaire de Nord-africains et musulmans sceptiques, chez les autres, il est porteur de malchance et de nouvelles funestes. Dans la culture occidentale, nous dit l’encyclo Wiki, le 13 vient rompre l’harmonie du 12, et on en veut pour preuve la fameuse cène des 12 apôtres, dont l’un, Judas, a pourtant trahi, mais. Mais avant Jésus, Aïssa, il y a eu le sixième jour de la Genèse, et donc le treizième, au cours duquel Adam a croqué la pomme et révélé à lui-même sa nudité et celle d’Ève, l’éternelle coupable. Ève, l’instigatrice du malheur féminin.
Chez les anciens Grecs et chez les Romains, ceux-là mêmes qui ont crucifié Jésus selon la foi chrétienne, ils étaient douze dieux qui résidaient sur les hauteurs vertigineuses de l’Olympe. Ces dieux étaient tellement attachés à leur chiffre douze, qu’ils ont chassé un treizième, Hadès, qu’ils ont envoyé boitiller en enfer, conséquence de sa chute brutale des monts divins. Il paraît qu’il en veut tellement à l’Olympe et à l’humanité, de son infirmité, jointe à une difformité congénitale, qu’il tourmente personnellement les damnés, en faisant des privilégiés. C’était aussi un vendredi 13 novembre 2015 que des attentats ont eu lieu à Paris, faisant 130 morts et 413 blessés, dans un pays qui voit encore l’islamisme par l’autre bout de la lorgnette. Quant aux musulmans de France et d’Europe en général, ils semblent observer et compter les points, sans intervenir, comme s’ils attendaient l’issue d’une bataille qui ne les concernait pas. Bien plus, certaines communautés se comportent même comme des alliés objectifs du terrorisme en apprenant à leurs enfants un islam intolérant qui en fait des citoyens à part. C’est à ces musulmans qui ne savent pas s’adapter à la citoyenneté des pays d’accueil et concilier leur foi avec les règles communes que s’adresse notre confrère koweïtien Ahmed Essaraf. «Revenez dans vos pays», leur crie-t-il.
Faisant comme s’il était un citoyen européen, excédé par le comportement des musulmans et qui serait qualifié d’islamophobe en France, le journaliste les invite donc à quitter l’Europe. Ici un large résumé : «Partez et emmenez avec vous vos écoles religieuses, car vous êtes sans doute lassés de la laïcité de nos écoles, emportez aussi vos idées, qui pourraient servir dans vos pays d’origine. Partez, après avoir arraché ce que vous avez semé, si tant est que vous ayez semé quelque chose, le soleil de vos pays a besoin de ses ombres, partez et laissez-nous à notre condition ! Quittez-nous, notre air ne vous convient pas, notre climat est froid, et notre brouillard démoralisant. Retournez au soleil ardent de vos pays, à vos déserts immenses, à vos vertes prairies, et à vos pâturages accueillants. Laissez-nous à nos pluies abondantes, à nos neiges épaisses, et à nos sautes de vent destructrices. Que voulez-vous de nous, pourquoi ne partez-vous pas ? Ne considérez-vous pas notre nourriture comme illicite, nos vêtements maculés et nos maisons impures ? Pourquoi ne retournez-vous pas à la viande ‘’halal’’, aux vêtements propres et aux maisons sanctifiées ? Vous détestez la laïcité dans vos pays et vous combattez son application, mais vous risquez vos vies pour venir dans nos pays et pour vivre à l’ombre de la laïcité.
Et dès que vous êtes stabilisés, vous en réclamez les attributions et vous revendiquez l’égalité des droits avec les autres citoyens. Vous empêchez les autres de construire des lieux de prière dans vos pays, vous rejetez la création de cimetières pour eux. Mais sitôt arrivés chez nous, vous demandez à l’État de vous construire des lieux de culte et de vous attribuer des terrains pour vos cimetières. Vous n’aimez pas notre musique, vous n’avez aucun penchant pour nos arts, et vous vous moquez de nos opéras, comme vous rejetez notre culture, en général. Mais vous vous obstinez à rejoindre nos terres, pourquoi ne pas rester là où vous êtes, et vous épargner toute cette charge de haine et de rancœur envers tout ce que représente notre culture ?»(*)
A. H.

(*) Cet article a déjà été publié en avril 2016, mais comme l’observe Ahmed Essaraf, rien n’a changé en quatre ans, sauf, peut-être, le regard des Européens non musulmans sur leurs concitoyens musulmans.

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