La wilaya d’Alger a interdit une rencontre des Forces de l’alternative démocratique. Peu avant, c’était le RAJ qui avait été empêché à Béjaïa de tenir son université d’été. Les partis et organisations luttant pour la «transition» subissent de plus en plus la pression.

Une atmosphère qui ne plaide pas en faveur d’un dialogue «serein et inclusif» auquel appelle pourtant le pouvoir en place. A moins que l’objectif est de faire taire tous ceux qui n’adoptent pas la feuille de route relative à l’organisation d’une élection présidentielle dans les plus brefs délais.

Les Forces de l’alternative démocratique se sont vus signifier, avant-hier, par les services de la wilaya d’Alger, l’interdiction de tenir leur «convention nationale», devant avoir lieu le 31 août, avant qu’elle ne soit avancée au 28 pour indisponibilité de salle. Une réunion qui devait aboutir à l’adoption d’une feuille de route de sortie de crise. Quelques heures auparavant, c’est le RAJ (Rassemblement Actions Jeunesse) qui avait été empêché de tenir son université d’été, prévue les 28, 29 et 30 août, dans la wilaya de Béjaïa.

Dans les deux cas, aucun motif n’a été notifié aux organisateurs de ces événements. Cette attitude de l’administration renseigne, à tous points de vue, sur l’entêtement du pouvoir en place à vouloir reproduire les réflexes et la manière de faire dénoncés justement par les Algériens chaque mardi et vendredi depuis maintenant six mois. Mais au-delà de cet aspect de la gestion des «affaires politiques» par les autorités, il est question a priori d’un musellement de toute voix discordante par rapport à la feuille de route que le pouvoir en place espère mettre en œuvre.

D’autant plus que ces deux interdictions sont survenues au lendemain du discours prononcé par le chef d’état-major de l’ANP, Ahmed Gaïd Salah, dans lequel il avait fortement critiqué les partisans de la transition. «Ces interdictions répétées d’activités de partis politiques et d’associations de la société civile qui militent pour une transition démocratique coïncident avec le discours virulent des tenants du pouvoir qui ne tolèrentaucune voix discordante», ont indiqué les Forces de l’alternative démocratique dans un communiqué.

Le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) – l’un des partis composant cette alternative, en compagnie du Front des forces socialistes (FFS), du Parti des travailleurs (PT), du Parti socialiste des travailleurs (PST), du Parti pour la laïcité et la démocratie (PLD), de l’Union pour le changement et le progrès (UCP), le Mouvement démocratique et social (MDS), de la Ligue algérienne de défense des droits de l’homme (LADDH), ainsi que des personnalités – a estimé, par le biais de son secrétaire national à la communication, Atmane Mazouz, que «les menaces de Gaïd Salah contre la majorité des Algériens qui revendiquent une période de transition viennent d’être relayées par le refus de la wilaya d’Alger d’autoriser la tenue de la convention des Forces de l’alternative démocratique». Des «atteintes aux libertés» qui, faut-il le préciser, interviennent à un moment où le pouvoir en place ne cesse de multiplier les appels pour un «dialogue inclusif».

A moins que le dialogue «souhaité» ne soit autre que celui qui aboutira forcément à la feuille de route relative à l’organisation d’une élection présidentielle le plus tôt possible, et avec les mécanismes actuels. Ce qui est, selon toute vraisemblance, refusé par la rue, puisque les manifestants réitèrent chaque semaine, et avec de plus en plus de détermination, leur rejet du «dialogue avec la bande» et d’«élection avec la bande». Pas de place donc pour ceux qui plaident pour un autre point de vue.

Comment le pouvoir en place compte-t-il convaincre les uns et les autres de la sincérité de sa démarche, alors qu’il empêche des partis politiques de se réunir pour la simple et unique raison qu’ils appellent à une transition ou à un processus constituant ? «Le pouvoir qui t’empêche d’exprimer ton avis en toute liberté ne te laissera jamais l’exprimer via des élections.

C’est pour cela que nous voulons une période de transition afin de changer le système», a déclaré, à cet effet, Saïd Salhi, vice-président de la Ligue algérienne de défense des droits de l’homme (LADDH). Cette «pression» sur les partis politiques de l’opposition va donc beaucoup plus les pousser à s’en tenir à leur option, la seule, d’après eux, qui pourrait garantir le passage vers une IIe République.

Dans le même ordre d’idées, ce verrouillage compliquera davantage la mission du panel de médiation et de dialogue, que coordonne Karim Younès, qui subit déjà des attaques virulentes par rapport à ce qui est considéré comme un «abandon» de la question des préalables, dont la libération des détenus d’opinion.

Après six mois de grandioses manifestations, la classe politique et la société civile, de l’opposition bien évidemment, font toujours face aux mêmes contraintes pour ce qui est de l’exercice des libertés. Ceci en plus de la fermeture du champ médiatique.

La courte «ouverture partielle», observée au début du hirak dans les médias lourds, n’a duré que quelques jours. Tout ceci ne plaide pas, de l’avis de beaucoup de politiques, en faveur du lancement d’un dialogue «serein et inclusif». Bien au contraire…

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Auteur: Hicham Chouadria
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