Samira Messouci accueillie en héroïne à Tizi Ouzou

«C’était pour nous faire peur et nous pousser à arrêter notre révolution populaire, mais toutes ces tentatives ont été un échec pour eux
et une réussite pour nous», a déclaré Samira Messouci.

Je brandirai le drapeau amazigh dès que je sortirai de prison», a lancé Samira Messouci au juge d’instruction du tribunal de Sidi M’hamed, lors de sa présentation devant la justice en septembre dernier.

L’élue du RCD à l’APW de Tizi Ouzou, qui vient de purger sa peine de six mois, a mis sa promesse à exécution, hier, à son arrivée sur l’esplanade de la placette M’barek Aït Menguellet, militant nationaliste algérien assassiné par le FLN en 1957 pour berbérisme.

Vêtue d’une robe kabyle, la mine toujours joyeuse malgré ce qu’elle vient d’endurer pour «atteinte à l’unité nationale», elle a été accueillie en héroïne à sa descente de voiture, qui l’a amenée d’Alger, par une foule en liesse, laquelle reprenait en chœur les slogans du mouvement populaire lancé en février 2019.

Ses premiers pas de liberté retrouvée. Elle traverse l’esplanade du monument des martyrs de la Guerre de Libération, vers la tribune d’accueil située quelques mètres plus loin, sur un cheval, exhibant fièrement le portrait d’un autre symbole de la justesse des causes justes, Abane Ramdane.

«Algérie libre et démocratique !» «Mazalagh d’Imazighen !» (Toujours Amazighs), «Etat civil non militaire !» «Détenus, bravo alikoum, Djazaïr taftakhir bikoum !» (L’Algérie est fière de vous), scande la foule. Chaleureuses accolades, embrassades, youyous, klaxons, chants révolutionnaires entonnés par des femmes, l’ambiance est festive et revendicative.

Parmi les présents, nous avons remarqué des parents d’ex-prisonniers, des militants des partis démocratiques (FFS, RCD et PT), d’anciennes figures du combat identitaire et démocratique, Mouloud Lounaouci, Hend Sadi, Mahfoud Belabbas, entre autres, des avocats, des membres du Comité national pour la libération des détenus (CNLD) et des activistes du hirak.

Lors de sa prise de parole, Samira Messouci s’est dite heureuse de retrouver son peuple, qui l’a soutenue dans sa dure épreuve dans les geôles du pouvoir, qu’elle a surmontée grâce à la mobilisation de la rue. «C’est avec beaucoup d’émotion qu’on est venus vous voir.

On ne sait pas faire marche arrière, ni ressentir de la peur. Merci aux avocats qui ont fait un travail exceptionnel avec nous et aux différents collectifs en Algérie et à l’étranger, le CNLD, le Collectif des familles de détenus, le Réseau contre la répression et tous ceux qui se sont constitués ailleurs pour nous soutenir et exiger notre libération», a-t-elle déclaré. Pour Samira Messouci, leur incarcération avait un objectif pour le pouvoir d’Alger.

«C’était pour nous faire peur et nous pousser à arrêter notre révolution populaire, mais toutes ces tentatives ont été un échec pour eux et une réussite pour nous. L’histoire retiendra cela. Le combat doit continuer. Les juges qui continuent à condamner des personnes innocentes en piétinant les lois de la République doivent savoir qu’en agissant de la sorte, ils signent leur propre condamnation devant l’histoire. L’histoire ne pardonne pas et n’oublie pas.

La preuve, le 27 décembre, on a réhabilité un grand homme assassiné par le pouvoir, mais que l’histoire n’a pas oublié. Il s’agit de Abane Ramdane. Je tiens à remercier également la presse qui a fait le choix d’être libre et d’assumer notre combat pour la dignité, la démocratie, les droits et les libertés.» Un membre du collectif des avocats a fait observer que les détenus qui ont retrouvé les leurs n’ont pas été libérés par le pouvoir qui les a mis en taule injustement.

«D’autres jeunes croupissent encore en prison, leur seul tort est d’avoir porté leur étendard. Nous allons continuer à les défendre. On n’a plus confiance en ce pouvoir. On s’est dit qu’il y aura une nouvelle stratégie en faveur du peuple, mais il n’y a plus rien à espérer de sa part, puisque les arrestations et les descentes dans les lieux de résidence des activistes se poursuivent à ce jour.»

Un autre détenu qui fait partie des quatre «libérables», en l’occurrence Samira Messouci, Hadi Kichou, Mustapha Aouissi et Amokrane Chaâlal, a mis en avant dans son intervention le poids de la mobilisation populaire, des avocats et du CNLD depuis leur détention.

«Nous sommes sortis dans la rue pour changer l’Algérie, pas pour tamazight uniquement. Nous allons poursuivre notre combat jusqu’à l’aboutissement de toutes les revendications populaires», a-t-il soutenu. Selon le CNLD, plus d’une centaine de manifestants, militants et simples citoyens ont été arrêtés depuis le début du mouvement né le 22 février. 

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Auteur: Anis Khecheba
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