Le FMI a publié, le 15 avril, des prévisions pour l’Afrique du Nord, le Moyen-Orient et l’Asie centrale sous le titre «Faire face à la pandémie de Covid-19». Ses prévisions relatives à la région auraient été plus crédibles si elles ne chiffraient curieusement que l’Algérie. La démarche, qui fait la part belle aux thèses marocaines, atteste du caractère tendancieux de l’exercice. Le catastrophisme qui lui est attaché montre une nouvelle fois que l’Algérie est particulièrement ciblée. À quoi rattacher une telle hostilité ? En s’acquittant de la totalité du stock de sa dette par anticipation (soit l’équivalent de 12 milliards de dollars), l’Algérie a réaménagé sa relation avec l’institution financière. La plupart des pays épargnés par le dernier rapport du Fonds émargent, paradoxalement, à différents guichets du Fonds. Ce n’est pas le cas de notre pays. Le remboursement anticipé de la dette a permis à l’Algérie d’économiser près de 2 milliards de dollars au titre des intérêts, des commissions de service de la dette et des autres charges financières liées aux crédits contractés et qui devaient être remboursés entre 2006 et 2011. Cette décision s’est avérée payante. Cet effort d’anticipation a permis de contourner les avatars habituels liés aux parités monétaires et aux taux interbancaires. En effet, les mesures prises depuis 2004 pour la diversification des réserves de changes visaient également à faire face au risque de change. La dépréciation du dollar (monnaie de paiement de nos exportations) par rapport à l’euro (monnaie de décaissement de l’essentiel de nos importations, européennes pour l’essentiel) était de 16,3% entre juin 2007 et juin 2008. Le dollar devait se rattraper par rapport à l’euro avec pour effet mécanique d’appréciation du dinar par rapport à l’euro et ses conséquences sur les recettes. Depuis le remboursement anticipé, l’Algérie a reconquis la souveraineté de décision en matière économique et sociale, et par conséquent politique. Pour mieux apprécier le caractère stratégique d’un tel tournant, il faut revenir aux conditions d’accès aux ressources du Fonds. In fine, l’assistance graduée du Fonds emprunte les voies de tirages sur les tranches de crédit. Les procédures et les mécanismes établis vont permettre au Fonds de déterminer la nature du déficit afin de cibler les tranches de crédit requises, arrêter les conditionnalités correspondantes et mettre en place le suivi. Les matrices de l’accord de confirmation et de la facilité de financement élargie reprennent, dans le détail et dans les délais, les mesures prescrites au titre de la stabilisation et de l’ajustement. Le premier paramètre (l’ajustement) comporte quatre chapitres, alors que la seconde mesure (la stabilisation) en compte douze, qui énumèrent les mesures à mettre en œuvre, avec des échéances précises, trimestrielles dans le premier cas (accord de confirmation) et semestrielles dans le second (facilité de financement élargie).
Le Fonds consent à dire que l’accord de confirmation est une matrice (matrix) de mesures (policies) techniques dont la réalisation est soumise à son «contrôle périodique» sur les critères de performance. Ainsi, le Fonds refuse d’admettre que ses décisions (et non ses accords, au sens français) reposent sur des critères politiques. Dans la langue officielle du Fonds, qui est l’anglais, Policy désigne une ligne de conduite et non une politique liée à un exercice particulier du pouvoir, à des institutions ou à des mécanismes de pouvoir. Le pluriel de Policy – Policies – prend aussi un tout autre sens que le vocable de Politics.
Même s’il s’en défend, le Fonds ne néglige pas la noosphère et les considérations de pouvoir et d’administration de la vie sociale. Ses «matrices» sont de véritables cahiers des charges, comportant des objectifs (en termes de stabilisation sur le court terme et d’ajustement sur le moyen et long terme), des délais, des contrôles trimestriels et semestriels, et d’éventuelles sanctions (suspension des tirages).
En se déliant des conditionnalités antérieures draconiennes, l’économie algérienne passe sous la surveillance ordinaire qui pèse sur tous les pays membres, développés ou non.
Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, avait annoncé, samedi 11 avril, que la Banque mondiale et le FMI avaient proposé à l’Algérie un emprunt sans intérêts de 130 millions de dollars comme une aide dans sa lutte contre la propagation du nouveau Coronavirus.
«Que celui qui veut nous aider spontanément soit le bienvenu et ceci sera pour nous un geste d’amitié, mais nous ne demanderons pas l’aumône. Nous avons suffisamment de moyens», avait rappelé le président de la République, en assurant venir à bout de la menace virale quel qu’en soit le prix.
Par conséquent, l’Algérie, qui n’a rien demandé, a assez de moyens propres pour faire face aux conséquences de la propagation du Covid-19.
Messaoud Boularès
Auteur: elmoudjahid
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