Dans une déclaration accordée à Tunisie Numérique ce mardi 17 mars 2026, l’ancien ministre et diplomate tunisien Ahmed Ounaies a commenté les récents développements au Liban, après l’annonce par le ministre israélien de la Défense, Israel Katz, du lancement d’une opération terrestre et de nouvelles instructions données à l’armée israélienne pour frapper et détruire des cibles du Hezbollah.
Cette décision, qui a suscité de nombreuses réactions et condamnations internationales, soulève la question de savoir si cette incursion sera limitée dans le temps et dans l’espace, ou si elle pourrait marquer le début d’une expansion militaire israélienne plus large au Liban.
Un tournant potentiellement dangereux pour la région
Pour Ahmed Ounaies, ce mouvement militaire constitue l’un des développements les plus dangereux de la période actuelle, car il ne se limiterait pas uniquement au Liban.
Selon lui, cette dynamique pourrait révéler des ambitions plus larges visant à redessiner les équilibres stratégiques dans la région, y compris par des actions susceptibles de viser ultérieurement des territoires iraniens.
« La question du Hezbollah au Liban est connue et bien identifiée, mais elle sert aujourd’hui de prétexte pour tenter de créer une nouvelle réalité stratégique au Moyen-Orient », a-t-il déclaré.
Il a également souligné que toute atteinte à la stabilité du Liban représente un risque majeur pour la sécurité et la paix à long terme dans la région.
Le projet d’« Israël élargi » toujours contesté
L’ancien diplomate estime que l’élargissement du conflit pourrait être lié à une vision stratégique plus large, parfois associée à l’idée d’un « Grand Israël », un projet qui, selon lui, n’a pas obtenu jusqu’à présent le soutien des pays européens.
Toutefois, Ounaies souligne que le soutien général aux politiques israéliennes reste une priorité pour plusieurs puissances occidentales, même si la légitimité de l’État israélien demeure contestée dans une grande partie de la région.
Il considère également que la conjoncture politique actuelle, notamment la présence de Donald Trump à la tête des États-Unis, pourrait encourager certaines initiatives visant à achever le processus de normalisation avec Israël.
Selon lui, l’argument de la lutte contre le Hezbollah dans le sud du Liban ne serait qu’une justification, l’opération s’inscrivant dans un cadre stratégique plus large.
Une résistance sans avancées décisives
Ahmed Ounaies a par ailleurs estimé que, face à cette expansion israélienne, la résistance n’est pas parvenue à obtenir des résultats décisifs en matière de libération des territoires occupés.
Il a rappelé que le retrait israélien au sud du fleuve Litani avait suscité des espoirs d’une solution durable, notamment dans le contexte des processus de paix engagés à l’époque. Toutefois, ces espoirs ont rapidement été déçus, Israël ayant, selon lui, repris ses pressions sur plusieurs régimes arabes pour favoriser la normalisation.
Les États arabes entre prudence et contraintes politiques
Interrogé sur l’absence de réactions fortes de certains pays arabes face à ces développements, Ahmed Ounaies estime que cette position relève d’un calcul stratégique prudent.
Selon lui, plusieurs États arabes se trouvent aujourd’hui pris entre deux risques majeurs.
Le premier serait un risque à long terme, susceptible d’avoir des conséquences négatives dans l’avenir, notamment après un éventuel changement de leadership à Washington.
Le second, plus immédiat, serait le risque d’une confrontation politique directe avec l’administration de Donald Trump, si ces pays adoptaient une position ouvertement hostile aux actions d’Israël et des États-Unis.
« Pour plusieurs États arabes, le danger le plus immédiat reste aujourd’hui une détérioration de leurs relations avec Washington », a conclu l’ancien ministre tunisien.
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Auteur: Yassine Atoui
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