Si l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) s’ouvre aux journalistes algériens, c’est manifestement pour certifier du rôle «très actif» de l’Algérie dans l’évolution du processus de partenariat et de dialogue avec les pays de la Méditerranée, initié il y a un quart de siècle.
L’Algérie a adhéré en 2000 à ce processus, ont rappelé les responsables de l’OTAN aux représentants des médias algériens accueillis, la semaine dernière, en son siège à Bruxelles, qui constitue à la fois le centre de ses décisions politiques et le véritable état-major de toute sa stratégie militaire. En effet, tout au long des sessions qui nous ont réunis avec les représentants des différents départements de cette organisation, ces derniers ont reconnu que c’est aussi grâce à l’Algérie que la coopération avec les pays de la rive sud de la Méditerranée s’est traduite par «des résultats accrus».
D’entrée, ils ont qualifié les relations OTAN-Algérie de «véritable culture de partenariat» qui sert, de surcroit, d’exemple à promouvoir sur la scène internationale. Les sessions d’entretiens à l’OTAN, ayant eu lieu sous forme de tables-rondes traitant des enjeux d’ordre sécuritaire à l’échelle universelle et des menaces diverses qu’ils charrient, ont été initiées à l’invitation de l’Organisation dans le cadre d’une mission de diplomatie publique coordonnée avec nos ministères des Affaires étrangères et de la Communication.
Il a été requis, en la matière, le principe de non-attribution nominative des propos recueillis auprès de nos interlocuteurs de l’Organisation.
Aucun des intervenants ne sera donc cité nommément. A bâtons rompus, les discussions se voulaient «à cœur ouvert» sur l’engagement de l’Alliance occidentale. Un engagement sur le plan de la coopération internationale pour défendre des valeurs de «démocratie, d’Etat de droit et de libertés individuelles», indiquent les représentants de cette organisation politico- sécuritaire dont l’avènement de son 30e allié (la Macédoine) est attendu dans le cadre de la commémoration du 70e anniversaire de sa création correspondant à la date du 4 avril 1949.
Vraisemblablement, en ces mêmes circonstances, et sans doute eu égard à une conjoncture géopolitique à travers laquelle les alliés occidentaux croisent le fer ouvertement avec la Russie dont les relations se sont tendues par une multitude de sujets qui fâchent, depuis 2014 à ce jour, l’OTAN tend à prioriser le partenariat avec les Etats de la rive sud de la Méditerranée. Dans cette équation, l’Algérie, qui jouit d’un contexte de stabilité mis en relief dans les propos de ses représentants, se distingue en tant qu’«interlocuteur incontournable».
Un partenaire de dimension continentale pour l’OTAN
Aussi, du côté de son nouveau siège à Bruxelles, «l’Algérie est un partenaire d’une dimension continentale pour l’OTAN», a affirmé un membre de sa section contre le terrorisme de la Division des défis sécuritaires émergents.
Les deux partenaires convergent en outre dans leur vision en faveur de l’émergence de la paix dans le monde. En effet, par-delà la contribution reconnue et saluée de l’Algérie, notamment à travers sa politique étrangère dans la résolution des conflits régionaux, au Mali et en Libye plus particulièrement, nos interlocuteurs ont relevé qu’ils partagent avec l’Algérie le même principe de non-ingérence dans les affaires internes d’un pays. «L’on ne souhaite rien imposer à nos partenaires de la Méditerranée», affirme en effet un autre membre du département Moyen-Orient et Afrique du Nord et qui relève, lui, de la division des Affaires de politique de sécurité. Ceci en plus d’une vision commune dans la compréhension du fléau du terrorisme et de l’extrémisme violent, de même qu’en matière de traitement qui leur est réservé. «Avec chacun des pays partenaires des alliés de l’OTAN, les relations bilatérales tissées par cette Organisation se déclinent sous forme d’un programme ‘‘individualisé’’ de coopération», explique notre interlocuteur. Avec l’Algérie, poursuit-il, la coopération est structurée, d’une part, par la mise en place, côté algérien, d’un comité intersectoriel dont l’action est coordonnée par les ministères des Affaires étrangères et incluant notamment de hauts cadres de la Défense et des services de renseignements et, d’autre part, par la création au sein de l’OTAN d’un conseil de coopération dédié à sa relation avec notre pays. «L’Algérie a participé à tous les dialogues politiques de l’OTAN, autant au niveau bilatéral que multilatéral» souligne le même intervenant. De son côté, l’Organisation nord-Atlantique ne ménage aucun effort, selon lui, pour apporter des réponses aux besoins de l’Algérie dans le domaine de la sécurité et celui de la lutte antiterroriste, plus particulièrement. L’OTAN, qui se dit consciente que son rôle dans ce domaine de lutte ne saurait être efficace «sans la contribution de la communauté internationale» pour paraphraser un de ses responsables, apprécie fortement la volonté de l’Algérie de partager son expérience en la matière. La coopération entre les deux parties, qui traite de la lutte antiterroriste et d’autres domaines d’intérêt commun, telles la prolifération des armes légères dans la région de la Méditerranée, la sécurité des frontières, la cybercriminalité et la sécurité énergétique, a même été élargie aux académiciens et universitaires algériens. Des projets de coopération sont d’ailleurs en cours d’identification sur le plan académique. Dans ce cadre, notons que la première délégation algérienne reçue par l’OTAN pour une visite de diplomatie publique était celle composée d’ universitaires et académiciens, suivie d’une autre délégations de parlementaires des deux Chambres puis d’un groupe de représentants de médias algériens dont El Moudjahid.
L’appui des chercheurs et des scientifiques
Les relations bilatérales entre l’OTAN et l’Algérie émergent aussi comme étant les plus privilégiées dans le cadre de l’exécution du programme scientifique et sécuritaire SPS (Science partnership Security). Investir dans les sciences est «une veille tradition» de l’organisation de l’Alliance occidentale qui remonte à la fin des années 50 du siècle dernier où ce domaine de l’intelligence et du savoir a été mis à profit «en réaction au lancement par les Russes, en 1958, de leur satellite Spoutnik», rappellent ses représentants rencontrés à Bruxelles.
Autres temps, autres mœurs, le contexte de guerre froide est à jamais révolu, et le monde d’aujourd’hui est face à une conjoncture où tous les Etats sont engagés, à des degrés divers, pour la promotion de la paix. Sa prise de conscience n’a jamais été aussi manifeste quant au fait que seule une coopération internationale optimisée est à même de garantir le démantèlement des noyaux durs et foyers de menaces terroristes et sécuritaires. «Après la guerre froide, l’OTAN est passée de la confrontation à la coopération progressive», indiquent ses hauts représentants à partir de Bruxelles.
Dans la même veine, le programme SPS dédié aux 41partenaires de l’OTAN se déploie en outre sous forme de réseau de coopération sécuritaire «unique en son genre» impliquant quelque 70 pays. Concrètement, ce programme se matérialise par des projets pluriannuels, des stages de formation et ateliers de réflexion autant sur les défis sécuritaires émergents, la prévention des crises que sur d’autres sujets en rapport direct avec la sécurité de l’Alliance, ses objectifs à moyen et long termes.
La quasi-majorité des centres d’excellence dont dispose l’OTAN à travers le monde sont aussi sollicités pour le succès de ce programme, à l’exception de celui basé en Estonie, spécialisé dans la cyber-défense, et qui n’est réservé qu’aux 29 pays de l’Alliance. En outre, «dans le cadre du programme SPS, des fonds financiers sont mis à la disposition des chercheurs et des spécialistes des pays partenaires pour la réalisation de projets sur mesure et en fonction de leurs besoins spécifiques», expliquent nos interlocuteurs de l’OTAN. Ils ont précisé que l’Algérie a présenté deux projets qui ont été approuvés par le Conseil scientifique de l’Alliance, alors que sept autres initiatives algériennes sont en cours d’examen. A relever qu’en vertu d’une règle basique du programme SPS, toute demande de projet formulée par un pays partenaire de l’OTAN nécessite, pour son exécution, l’implication d’un de ses Etats membres qui n’est ni désigné, encore moins «imposé» par l’Organisation. Sur les 400 demandes de projets réceptionnés annuellement, la moyenne de validation par le Conseil scientifique de l’OTAN avoisine les 40%
K. A.
L’OTAN salue
les manifestations pacifiques et démocratiques en Algérie
Eu égard à ses relations de partenariat privilégiées avec l’Algérie, l’OTAN, par la voix de ses représentants, a bien pondéré sa réaction en rapport avec les manifestations en cours dans le pays. Tout en saluant le caractère pacifique et civilisé des manifestants, nos interlocuteurs ont estimé que « ce qui se passe en Algérie démontre qu’il y a une démocratie qui progresse en Algérie, où les institutions sont aussi consolidées». Et d’enchaîner : «On a vu des images de jeunes Algériens qui nettoyaient les voies publiques après les manifestations, c’en est là une preuve de civisme de bonne facture».
K. A.
Libye, Irak, Afghanistan et Russie
Les éclaircissements et engagements de l’OTAN
A une question traitant de l’intervention militaire des forces de l’OTAN en Libye (2011), ses représentants disent avoir agi en vertu d’un mandat des Nations-Unies et à la demande de la Ligue arabe. «L’erreur avec la Libye, c’est de ne pas avoir attribué à l’OTAN un second mandat de stabilisation de ce pays», affirment nos interlocuteurs. Sur l’Irak et l’Afghanistan, l’engagement de l’Organisation, notamment en matière d’assistance militaire au profit de ces pays, est qualifié «d’important». Un engagement qui se poursuivra dans les années à venir et dont l’objectif est de permettre autant aux forces irakiennes qu’à celles de l’Afghanistan une meilleure maîtrise des menaces sécuritaires, y compris celles émanant des organisations terroristes.
«Nous resterons en Afghanistan jusqu’à ce que les conditions politiques le permettent. Pour l’Irak, dans les deux prochaines années, l’OTAN fera le bilan de son action menée dans ce pays, et éventuellement sa mission pourrait aboutir à terme», a-t-on affirmé. L’Otan, soit dit en passant, ne s’intéresse qu’aux groupes terroristes qui «ont des agendas internationaux», pour paraphraser ses représentants, précisant n’avoir aucun lien ni avec la Palestine ni avec le Liban. Concernant la Russie, les reproches de l’OTAN ne se comptent plus. Pour autant, cette Organisation indique qu’elle demeure «ouverte au dialogue et qu’elle ne considère pas la Russie comme ennemi». Ses représentants ont soutenu que le fait que «la Russie ne respecte pas le droit international est un défi pour l’ OTAN (…) Nous n’allons certainement pas accepter une situation où notre organisation ne pourrait pas se défendre, c’est la conduite de la Russie qui définira, à l’avenir, l’action de l’OTAN».
K. A.
Auteur: elmoudjahid
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