Cet article traite du langage des images.
L’auto-victimisation est une stratégie politique connue par laquelle le personnage politique construit et fonde son image et son identité auprès de son public. Ce personnage est perçu par la majorité comme étant persécuté, oppressé et menacé. L’auto-victimisation est une stratégie communicationnelle articulée autour d’un appel émotionnel qui touche l’inconscient collectif. Ainsi, ce même personnage public se présente constamment comme étant visé et alarmé, il est sujet d’une cible d’attaque la plupart du temps indéfinie et floue. D’un autre côté, l’image inconsciente et « populaire » d’une victime est celle d’une personne plus faible, plus vulnérable, inférieure à « son agresseur ». Or, plus la « victime » se montre résistante, forte et essaye d’être d’égale à égale avec son agresseur, plus l’indice de l’auto-victimisation augmente aux yeux de la collectivité et par conséquent, la sympathie augmentera aussi.
Partant de là, le discours du personnage politique victimisé peut être construit sur des notions d’oppositions qui le rendent encore plus crédible dans son auto-victimisation : le danger venant de l’agresseur s’oppose à la résistance de la victime, le chaos à l’espoir, l’antipathie à la sympathie, le trouble à l’apaisement et ainsi de suite. Le mécanisme qui se met en marche dans ce cas de figure, ce type de communication, est celui de l’affect. Toute image communiquée dans ce sens est un excellent vecteur d’émotions dégagées dans une situation particulière, dans un timing particulier et adressées à une cible particulière. Observant le paysage audiovisuel de la scène politique tunisienne, je constate qu’Abir Moussi, présidente du PDL applique à la lettre cette stratégie de communication. Ces images de mégaphone, de casque, de gilet pare-balles et de tenue de combat militaire illustrent toutes un personnage politique en danger, victime d’un autre parti politique qu’elle désigne clairement et fortement à savoir La Nahdha (parti islamiste).
Fort est de constater que Abir Moussi arrive à toucher « l’autre » par des stratégies en apparence discursives, se basant sur le sentiment, l’affect et l’émotion : c’est le pathos politique. En terme sémantique, la dimension de la dramatisation du discours politique de Moussi véhiculée par l’image est en train de monter crescendo. Plus la dramatisation est forte, plus la charge émotionnelle est prépondérante, plus l’adhésion passionnelle est importante. Evidemment, ce type de communication engendre deux identifications diamétralement opposées : l’une de séduction et l’autre de répulsion. Dans ce sens, plus la crise sociale est forte et prononcée, (la situation actuelle de la Tunisie) plus le populisme s’enracine; de ce fait, la masse est régie par l’émotionnel et la séduction fonctionne.
Aujourd’hui, la politique la plus efficace demeure alors celle de se faire passer pour victime. Plus ça hurle et ça se fait à corps et à cris, plus ça marche. Les exemples sont nombreux en Tunisie : Il y a l’émotionnel religieux (Parti Nahdha) , l’émotionnel télévisuel/familial (Parti Qalb Tounes), l’émotionnel patriotique (PDL), et bien d’autres, tous victimes de quelques choses, d’un complot qui enclenche la sympathie et l’identification dans une société où le populisme fait ravage.
Henda Haouala
Maitre de conférences en techniques audiovisuelles et cinéma
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Auteur: Tunisie Numérique
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