En actant la candidature de Bouteflika pour un 5e mandat après de laborieux conciliabules et arbitrages politiques entre les clans du pouvoir, les décideurs avaient la conviction que le scrutin allait être une partie de promenade pour le Président sortant et son équipe de campagne.
Sur le papier, tout était ficellé pour faire de ce rendez-vous électoral un nouveau plébiscite pour Bouteflika. La maladie du Président – qui est au cœur de la contestation du 5e mandat et qui aurait dû inviter à la sagesse et à la retenue ceux qui sont derrière cette candidature pour ne pas franchir ce pas de trop – est évacuée du discours de campagne de Bouteflika au profit de promesses virtuelles de réformes politiques auxquelles personne ne croit. Pas même son entourage.
Convaincus que la rente est la clé du succès d’un scrutin, les animateurs de la campagne électorale de Bouteflika, sa direction de campagne et ses relais composés des partis et organisations satellitaires du FLN (dites «de masse») qui ne sont plus que des miettes depuis la fin de l’ére du parti unique, se sont déjà mis à surenchérir sur les millions de voix alimentées par les perfusionnés du système qui tomberont naturellement, jurent-ils, dans l’escarcelle de Bouteflika le 18 avril prochain.
Quand on entend le patron de l’Ugta vanter «les acquis sociaux des travailleurs» réalisés sous Bouteflika en matière de revalorisation des salaires, d’amélioration du pouvoir d’achat, de création d’emplois et de richesses, de stabilité sociale, pour faire la difficile promotion de la candidature de Bouteflika auprès des travailleurs, un tel discours peut-il convaincre les travailleurs réduits au chômage, payés au smic et tous ceux, de plus en plus nombreux, à attendre leurs salaires depuis plusieurs mois ?
Lorsque le secrétaire général de l’Union nationale des paysans algériens (UNPA) promet 5 millions de voix des agriculteurs qui sauront, dit-il avec assurance sur un plateau de télévision, être «reconnaissants à Bouteflika» pour le soutien qu’il a apporté aux fellahs et au secteur de l’agriculture, il ignore ou feint d’ignorer que le vote rural acquis au pouvoir central et au candidat du système à l’époque du parti unique a fait son temps.
Idem pour les autres organisations : des femmes, des étudiants, des moudjahidine et des enfants de chouhada, des organisations professionnelles et syndicats qui gravitent autour du parti Fln et du pouvoir et dont on bat le rappel pour appuyer le 5e mandat.
Ces organisations, reliques du parti unique, que le pouvoir convoque pour remplir les salles des meetings de la campagne électorale, ne sont plus que des sigles désertés par leurs adhérents qui ont rejoint d’autres organisations corporatistes autonomes. Prises individuellement, ces organisations seraient incapables de remplir une salle de moyenne capacité.
Le constat vaut aussi pour cette noria de petites formations politiques (une vingtaine) lesquelles, exclues de la cour des «grands électeurs» de Bouteflika que sont les partis de la majorité présidentielle, se sont constituées en comité de soutien à Bouteflika en espérant avoir une part du butin, comme l’a publiquement revendiqué sans la moindre pudeur le président du parti El Karama.
La vérité, et cela se constate aisément, c’est que ces structures n’ont aucune existence sur le terrain. Minées par des dissensions internes, elles n’activent que lorsqu’elles sont actionnées par le pouvoir pour relayer son discours et exécuter sa feuille de route.
Le principal soutien au candidat du pouvoir c’est le parti de l’administration et la fraude.
Tout le reste, toutes les clientèles du pouvoir, des coquilles vides, qui se sont discréditées au même titre que le système au service duquel elles se sont mises, n’ont aucun poids électoralement parlant pour peser sur le terrain.
Quand on analyse le taux élevé de l’abstention aux derniers scrutins, on mesure le poids réel de ces troubadours, intermittents de la politique. Les millions de voix promises à chaque fois au candidat du pouvoir ne sont que des chimères.
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Auteur: Hicham Chouadria
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