Alors que le mouvement populaire réussit magistralement son 12e vendredi consécutive, plusieurs questions se posent sur l’issue de la crise politique que vit le pays. Des analystes parlent actuellement de la position des partis politiques quant à la prochaine présidentielle.
L’accélération des événements, depuis l’installation, il y a déjà un mois, d’Abdelkader Bensalah comme chef d’État par intérim, illustre la dynamique des revendications populaires qui a évolué du refus du cinquième mandat du président sortant, à un rejet catégorique de l’organisation de la présidentielle, prévue pour le 4 juillet prochain.
Dans un entretien accordé au quotidien arabophone Echaâb, l’enseignant à l’École supérieure des sciences politiques d’Alger (ENSSP), Bouhidel Redouane, pense que le report de la prochaine élection «n’est pas contraire» à la Constitution, et estime que le contexte environnant «n’est pas favorable» à l’organisation de la présidentielle, vu les bouleversements dus à l’ouverture par la justice des dossiers de corruption. L’impact politique des récentes évolutions a poussé l’institution militaire à admettre que l’Algérie traverse une période de crise», affirme-t-il.
À ses yeux, l’ANP assure, par ses communiqués et ses intervention, son rôle de «communicant», afin «d’éclairer» l’opinion publique sur sa position par rapport aux manifestations, au moment où toute la sphère politique, partis politique et gouvernement, «a choisi de garder le silence».
L’analyse des interventions du chef de l’état-major de l’Armée nationale populaire et des différents messages provenant de l’ANP fait dire au chercheur que cette dernière joue son rôle que lui confère la Constitution, à savoir la «préservation» du caractère pacifique des manifestations et le «respect» des institutions de la République. Ainsi, l’ANP a réussi à désamorcer les mines posées par les comploteurs, considère Bouhidel qui affirme que le discours de l’institution militaire ne «s’écarte pas» du cadre constitutionnel. «Il explique que la recherche des solutions constitutionnelles se trouve dans l’appel à l’application de l’article 102 de la Constitution proposée par l’institution militaire, ce qui dénote l’engagement de l’armée à préserver la stabilité du pays», enchaîne l’enseignant à l’École supérieure des sciences politiques.
Ce dernier trouve que la communication institutionnelle accuse un «manque gravissime» en ces moments de crise. «Les ministres, même s’ils sont rejetés par un pan entier de la société, continuent d’activer et sont visibles sur le plan médiatique», souligne-t-il, en faisant référence aux décisions prises par plusieurs départements ministérielles, tels le plafonnement des prix des denrées alimentaires de large consommation durant le mois béni de Ramadhan, et sur le plan politique l’agrément de plusieurs partis politiques. «Il aurait été préférable, pour l’actuel ministre de la Communication et néanmoins porte-parole du gouvernement, de réduire l’écart, car la communication de crise permet de dépasser les lacunes», note Bouhidel.
S’agissant de la dynamique populaire, le chercheur trouve que la classe politique est «dépassée» par les événements et par le rejet du mouvement populaire de toutes les propositions de cadrage ou d’accompagnement de ses revendications. «Au lieu de jouer son rôle de catalyseur de la dynamique politique dans le pays, la classe politique est inerte depuis le déclenchement du mouvement populaire, le 22 février dernier», ajoute-t-il, affirmant que les partis politiques semblent «partagés» entre le silence, la complicité inavouée et le refus des solutions. «La classe politique a perdu son aura, à cause de l’absence d’une force de proposition», regrette le chercheur qui va plus loin quand il prédit la «disparition» pure et simple de plusieurs formations politiques, à l’issue de la crise actuelle.
Pour Bouhidel, l’analyse de la cartographie politique, axée sur la dichotomie entre l’opposition et les partis de la majorité au pouvoir, a «perdu» sa pertinence théorique et la transformation de la scène politique au niveau national s’est accompagnée d’un changement d’attitudes et de positions, «modifiant» ainsi les calculs politiques des rapports entre les deux sphères politique et populaire.
S’agissant des prochaines élections, l’enseignant des sciences politiques explique que le discours des formations politiques illustre le décalage entre les convictions idéologiques et les «intérêts mesquins» des partis. Et d’ajouter que les formations politiques refusent de participer aux élections pour «éviter» la confrontation «directe» avec le mouvement populaire qui gagne en notoriété de jour en jour, pour se présenter désormais comme une «force dynamique».
Tahar Kaidi
Auteur: elmoudjahid
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