La première hausse du prix de la baguette de pain validée le 15 mars dernier par le ministre du Commerce (Mincommerce), Luc Magloire Mbarga Atangana, sous la pression des boulangers a été une pilule amère pour les consommateurs camerounais. Près de 3 mois après cette décision difficile qui en rajoutait au mécontentement des ménages au sujet de la hausse généralisée des prix des denrées de grande consommation, les arguments économiques, notamment la guerre en Ukraine qui a totalement déstructuré la chaîne d’approvisionnement en blé, provoquant une hausse de 5000 Fcfa sur le prix du sac de farine de blé, restent valables et plaident pour un nouveau réajustement du prix de la baguette.
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Depuis le 15 mars 2022, au Cameroun, le sac de farine de 50 kg est passé de 19.000 à 24.000 Fcfa. Entre temps, le cours du blé ne cesse de connaître une montée fulgurante. Le 26 mai dernier sur le marché international (Matif), le prix de la tonne de blé tendre s’est envolé à un niveau historique de 438,25 euros la tonne contre 326 euros il y’a seulement 3 mois, soit une augmentation de plus de 25%. Ce prix est plus du double de ce qui se pratiquait à la même période il y’a exactement un an (197.5 euros la tonne). Afin de mesurer l’incidence de cette envolée des prix sur le marché local de la farine et du pain, EcoMatin s’est rapproché des minotiers qui expliquent que cette envolée des prix a provoqué une baisse drastique de leurs ventes. « Cette baisse est plus prononcée chez nos clients boulangers dont certains ont réduit de moitié les volumes de sacs de farine habituellement commandés » confie un minotier. Les boulangers confirment aussi la baisse de leurs quantités de farine commandées à cause des prix jugées trop élevés. Certains vont même jusqu’à avouer que pour tenir, ils ont dû diminuer le volume de la baguette de pain de 20 à 30 grammes.
Subvention
Cette hausse historique du cours du blé tendre, qui n’est pas prête de redescendre devrait très logiquement conduire à une 2e augmentation du prix de la farine et de ses produits dérivés, dont la baguette de pain. Joint par nos soins, le Groupement des industries meunières du Cameroun (Gimc) ne préfère pas envisager cette option(ultime), même s’il avoue que la situation devient de plus en plus intenable. « Les surcoûts qui deviennent difficiles à supporter pour les acteurs de la filière. Toutes les offres que nous recevons depuis quelques jours, de nos fournisseurs pour ravitailler le marché en juillet sont impossibles à valider. Sur le court terme, la pénurie frappe à nos portes. Mais au lieu d’envisager directement une augmentation du prix du pain, qui asphyxierait davantage le consommateur, nous avons préféré nous rapprocher des autorités pour trouver une solution » confie Alfred Momo Ebonguè, Secrétaire Général du Gimc.
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Les acteurs de la filière meunière ont, en effet, rencontré le 18 mai dernier, le Ministre du Commerce pour lui faire part de la situation. Comme solution, ils sollicitent que le gouvernement leur accorde un accompagnement financier qui leur permettrait de supporter les surcoûts induits sur le marché international. Dans le détail, ils se disent prêts à payer jusqu’à 420 euros la tonne et que le surplus soit supporté par le gouvernement. La subvention pourrait se faire directement auprès des entreprises importatrices ou alors sur présentation de facture. Par contre si rien n’est fait, en urgence, les meuniers redoutent une pénurie de cette denrée d’ici le mois de juillet à défaut d’une nouvelle hausse du prix.
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Face à la hausse du prix de cette matière première, plusieurs Etats africains ont déjà pris des mesures de soutien visant à réduire l’impact sur les consommateurs. C’est le cas par exemple de la Côte d’Ivoire où le gouvernement a, le 27 mai dernier, accordé une subvention de 6,4 milliards aux meuniers, en plus de l’exonération de droit de douanes déjà consentie sur l’importation de blé. À travers cette subvention, le gouvernement ivoirien rembourse aux meuniers la différence entre le prix du blé acheté et le prix de référence de 350€/t. Un mécanisme similaire est en gestation au Sénégal avec un prix de référence de 325€/t.
Collectif budgétaire
Pour le moment, le gouvernement n’a pas encore répondu de manière précise à la demande des acteurs de cette filière. Mais le 2 juin dernier, le président de la République a signé une ordonnance qui modifie les grandes masses du budget de l’Etat de l’exercice en cours. Paul Biya y autorise son gouvernement à relever le plafond des prêts non concessionnels de 200 milliards de FCFA, pour le porter à 350 milliards de F. Des ressources additionnelles qui, de bonnes sources devraient permettre au gouvernement d’engager des mesures de lutte contre la vie chère à travers la subvention de divers secteurs.
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Auteur: Cedrick JIONGO
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