La guerre au Moyen-Orient et ses répercussions sur le détroit d’Ormuz ont provoqué des perturbations majeures sur le marché mondial des engrais. L’arrêt de plusieurs complexes industriels dans le Golfe et les tensions sur les routes maritimes, ont provoqué une pénurie de l’offre et une flambée des prix des fertilisants. Cette pénurie renforce le rôle du Maroc en tant que fournisseur clé et stable des engrais et lui ouvre des opportunités s’il arrive à s’assurer des sources d’approvisionnement des intrants.
L’escalade des troubles géopolitiques au Moyen-Orient a provoqué un choc significatif sur les marchés mondiaux des engrais. D’une part, la production des fertilisants est fortement concentrée dans cette zone du monde, qui dispose d’importantes ressources en gaz et en phosphates. Les pays du Golfe arabo-persique assurent la production de près de la moitié du soufre commercialisé dans le monde, un tiers de l’urée et près d’un quart de l’ammoniac. Or dans la région, plusieurs complexes industriels qui produisent ces fertilisants ont dû interrompre leurs activités à la suite de frappes militaires. D’autre part, les hostilités ont provoqué la perturbation du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz qui est cruciale pour l’approvisionnement mondial en engrais, avec environ 30% des exportations mondiales d’engrais azotés qui transitent par ce détroit. « Une perturbation qui touche en premier lieu l’Asie et l’Afrique, mais qui fait peser, à moyen terme, une double menace sur la sécurité alimentaire mondiale à travers un rétrécissement de la disponibilité des engrais et une hausse de leurs prix », avertit le Directeur général adjoint de l’OMC, Jean-Marie Paugam.
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La fermeture du détroit d’Ormuz et l’arrêt brutal des exportations des pays, comme l’Arabie Saoudite, le Qatar et les Emirats Arabes Unis, a produit un effet de rareté immédiat et a entrainé une hausse des prix des engrais et du gaz qui reste un composant essentiel à la production d’engrais, notamment azotés. D’autres facteurs ont également contribué à cette crise, notamment les restrictions de la Chine qui utilise régulièrement des quotas et des contrôles pour limiter ses exportations d’urée ou de phosphates afin de garantir la disponibilité d’engrais sur son marché intérieur.
Face aux défaillances de certains fournisseurs, le Maroc est devenu une alternative fiable sur le marché mondial. Il a considérablement augmenté ses exportations vers plusieurs régions, notamment les États-Unis, l’Amérique du Sud, l’Europe, l’Afrique et certains pays d’Asie. De plus, sa situation géographique lui permet d’être un fournisseur sûr, sans avoir à traverser de zones de conflit. Cette crise est donc une véritable opportunité pour le Maroc de se repositionner sur le marché mondial des engrais en augmentant sa part de marché et en renforçant ses partenariats internationaux. Dans cette configuration, notre champion national, l’Office Chérifien des Phosphates (OCP), en disposant de 70% des réserves mondiales de phosphates, bénéficie d’un avantage comparatif direct et peut donc transformer cette ressource en un outil clé de la diplomatie économique et stratégique.
Selon le think tank américain The Middle East Forum, «Le Maroc, en tant que principal fournisseur mondial de phosphates de haute qualité, joue un rôle incontournable pour sécuriser les chaînes d’approvisionnement américaines et occidentales, notamment dans les secteurs agricoles et industriels sensibles ». La reclassification du phosphate et de la potasse sur la liste américaine des minéraux critiques confirme ce positionnement stratégique. «En intégrant ces ressources dans le cadre de la sécurité nationale et industrielle, les États-Unis reconnaissent l’importance de maintenir un lien étroit avec le Royaume », précise The Middle East Forum. Cette décision permet de sécuriser l’approvisionnement américain et, plus largement, de renforcer le rôle du Maroc comme partenaire fiable.
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Le Centre International de Développement des Engrais estime que le Maroc constitue une solution crédible face à cette menace, en raison de son statut de producteur majeur d’engrais phosphatés. Cette position stratégique lui confère un avantage important dans un marché sous tension. L’Inde, par exemple, a récemment conclu des accords à long terme portant sur l’importation d’environ 2,5 millions de tonnes (MT) d’engrais phosphatés auprès du Maroc, dans le cadre d’une stratégie visant à assurer la continuité de sa production agricole et à compenser la baisse des exportations chinoises.

La production d’engrais phosphatés par l’OCP repose sur une combinaison chimique où l’ammoniac et le soufre sont des intrants indispensables pour transformer le phosphate en engrais. Or, ces deux éléments clés sont massivement importés, en grande partie, depuis des zones aujourd’hui affectées par les tensions géopolitiques. En 2024, l’OCP a assuré auprès des pays du Golfe, 40% de ses besoins en ammoniaque (3 MT), et 48% de ses besoins en soufre (9 MT). Par conséquent, si la perturbation des flux d’ammoniac et de soufre se prolonge, la contrainte pèsera très lourd dans la capacité à garantir la continuité d’approvisionnement dans un marché sous tension. C’est dans cette perspective que s’inscrit l’accélération des projets liés à l’hydrogène et à l’ammoniac vert à Jorf Lasfar et Tarfaya (14 MM $ d’investissement) afin de sécuriser l’ensemble de la chaîne de valeur, en internalisant un intrant critique aujourd’hui exposé aux aléas géopolitiques.
Ainsi, pour le Maroc la situation présente à la fois des risques et des opportunités. D’un côté, la hausse des coûts énergétiques et du soufre peut renchérir la production d’engrais phosphatés. De l’autre, la tension sur les marchés mondiaux peut renforcer la valeur stratégique de l’offre marocaine. L’augmentation des recettes issues des phosphates et des engrais, tant en termes de prix que de volume, pourrait compenser, au moins partiellement, la facture énergétique. Elle renforcera également la position du Maroc en tant que partenaire clé de la sécurité alimentaire mondiale et consolidera ses relations avec des puissances majeures telles que les États-Unis, l’Inde et le Brésil.
Les agriculteurs américains exigent l’annulation des droits compensateurs à l’encontre des engrais marocains
Plus de 40 organisations agricoles américaines ont interpellé le secrétaire américain au Commerce, Howard Lutnick (photo), le 20 mars 2026. Elles exigent la révocation des droits compensateurs frappant les importations de phosphate en provenance du Maroc et de Russie. Les signataires, représentant notamment les producteurs de maïs, de blé et de soja, estiment que ces barrières douanières aggravent dangereusement la situation économique des exploitants locaux. Les signataires soulignent que restreindre l’accès à ces approvisionnements alternatifs provoque une pénurie artificielle qui fait mécaniquement exploser les prix.
Auteur: A. Maïssour
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