Photovoltaïque: Produire beaucoup plus, beaucoup plus vitePhotovoltaïque: Produire beaucoup plus, beaucoup plus vite

Le gap se creuse. Il est estimé entre 1 600 MW et 2 000 MW. La demande en électricité enregistre aux heures de pointe, sous forte canicule, des pics records de 4924 MW (sans compter les délestages) que la Steg ne saurait satisfaire. Nous en connaissons les conséquences. Maîtriser la consommation d’un côté, mais surtout accroître la production par des centrales privées à partir de l’énergie photovoltaïque de l’autre. Le nombre de nouveaux projets, leurs capacités et l’urgence de leur entrée en production relèvent d’un véritable défi national de toute urgence. Analyse.

Combien de nouvelles stations photovoltaïques seront mises en service? Lors d’un sixième round du régime des autorisations, 309 demandes ont été acceptées par le ministère de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie, pour une capacité totale de 455 MW. Il s’agit de 187 projets de la catégorie 1MW, 119 projets de la catégorie 2MW et de 3 projets de la catégorie 10MW. Le parcours du combattant ne fait alors que commencer, une véritable course d’obstacles contre la montre.

La production privée sous le régime des autorisations, outre celle dans le cadre de concessions, s’avère indispensable afin de combler une partie du déficit. L’objectif initialement fixé d’atteindre une contribution de l’énergie renouvelable, sous différents régimes, à hauteur de 35% de la production nationale, en 2030, reste difficile à atteindre. Un coup d’accélérateur est donné.

Si l’énergie photovoltaïque peut contribuer à répondre en partie aux pics de consommation en électricité le jour, il va falloir envisager des solutions de stockage pour le soir. De nouveaux pics importants interviennent en effet la nuit, notamment avec le recours à la climatisation énergivore et en raison d’autres tirages.Les résultats du 6e round sont significatifs : on relève un engouement des investisseurs pour l’implantation de stations photovoltaïques. Ils sont 309, contre 54 projets autorisés entre 2017 et 2020, et 184 accords en 2024. La puissance escomptée a presque doublé, passant de 288 MW en 2024 à 455 MW en 2026. Elle représentera 9.2% du pic de la demande en juillet 2026. «Plus de 95% des projets, relève un spécialiste, se concentrent dans 12 gouvernorats du sud tunisien qui offrent un ensoleillement meilleur que le Nord du pays, et sont plus productibles d’environ 15%. Pourtant, avec des saturations prévisibles des capacités de la Steg à recevoir l’électricité produite dans ses réseaux du Sud, il va falloir nécessairement envisager une montée vers le nord pour les nouveaux projets, quitte à prévoir des tarifs incitatifs.»

Le profil des investisseurs a lui aussi évolué : outre les entreprises du secteur, on retrouve des installateurs de systèmes d’énergie solaire, des investisseurs seuls ou accompagnés de Sicars et autres fonds d’investissement, des particuliers, notamment exerçant des professions libérales.

Le contexte ayant changé et la demande se faisant croissante, la rentabilité projetée promet de meilleurs retours sur investissement. Ces rendements ne sont pas cependant dissociés de risques quant aux équipements à acquérir, au rendement de la centrale et autres facteurs.

D’après certaines estimations, le coût de l’investissement serait de 2.2 millions de dinars pour une puissance de 1MW, sur un terrain de près de 1.5 ha, avec peu d’économie d’échelle en fait.

Deux partenaires stratégiques déterminants

La formulation de la demande d’autorisation, première étape, repose sur le concours de deux partenaires : les banques, et plus largement les institutions de financement, d’un côté, et, de l’autre, les EPC (Engineering, Procurement and Construction), ces entreprises spécialisées dans l’ingénierie, l’approvisionnement et la construction.

De leur côté, les EPC jouent un rôle déterminant : elles peuvent prendre en charge la réalisation d’une centrale photovoltaïque de bout en bout, ou couvrir des segments précis. Leurs missions commencent avec les études de faisabilité et les études techniques et sont bouclées par les essais, la mise en service et la réception de la centrale par la Steg. Le nombre d’EPC d’envergure est appelé à augmenter afin de pouvoir accompagner des investisseurs de plus en plus nombreux.

Un parcours du combattant

Si de prime abord tout semble fluide, avec l’obtention de l’accord, les formalités à accomplir s’avèrent ardues, compliquées et longues à effectuer. Outre le bouclage du financement et l’apurement de la situation foncière du terrain, les études hydrauliques et le permis de bâtir peuvent prendre plusieurs mois et retarder la finalisation du projet. Selon un expert interrogé par Leaders, les études techniques et les questions de financement prendraient généralement six mois, le reste des opérations s’étalerait sur plus de 18 mois, alors que le délai butoir est de 24 mois au total.

Un autre facteur s’y ajoute : la capacité de la Steg à répondre au quotidien à toutes les demandes d’éclaircissement présentées par les investisseurs. Puis, une fois le projet réalisé, l’affectation d’une équipe pour l’étude du raccordement et la réception de l’injection de l’électricité produite dans ses propres réseaux prend du temps. La taille des équipes de cadres spécialisés de la Steg dédiés à cette tâche est restreinte. En outre, les réseaux moyenne tension commencent à saturer dans certaines régions, d’où la nécessité de vérifier leur disponibilité et d’envisager de nouveaux investissements à entreprendre par la Steg.

Des recommandations pertinentes

Passer de l’acceptation de la demande à l’entrée en production dans les délais les plus brefs est un véritable défi à relever. «Il doit s’agir d’une priorité stratégique nationale, affirme un professionnel du domaine. L’implication en une task force opérationnelle des divers intervenants dans ce processus est indispensable, ajoute-t-il. Si nous voulons réussir, les pouvoirs publics doivent assurer un accompagnement personnalisé au quotidien, afin de fluidifier les circuits et débloquer les obstacles. Une plateforme numérique interactive, à l’instar de celle conçue par l’Anme, serait très utile.»

Pour les différentes autorisations et permis, un expert suggère l’octroi aux investisseurs d’un Golden Pass afin de réduire les formalités et les délais. Il cite l’exemple d’un même permis de bâtir accepté par une municipalité et rejeté par une autre, une simple rectification de données demandée et effectuée immédiatement qui prendrait des semaines pour être validées, etc.

La Steg est sollicitée de son côté pour implanter un département photovoltaïque dans chaque district. Cette unité, qui doit s’inscrire dans une décentralisation effective, est à doter d’effectifs et de moyens appropriés afin d’assister les investisseurs dans le secteur, veiller à l’avancement de la réalisation, et entretenir une bonne gestion des relations entre les deux partenaires.

Agir tant qu’il est encore possible

Une prise de conscience collective est indispensable. L’urgence de la transition énergétique en Tunisie relève d’une préoccupation individuelle et nationale majeure. Les coupures d’électricité n’ont épargné personne. Passer à des centrales de production photovoltaïques de plus grandes capacités, promouvoir l’autoproduction industrielle et individuelle, favoriser des solutions de stockage, réviser la fiscalité sur les importations d’équipements et de panneaux et accélérer les formalités: autant d’atouts majeurs à déployer.

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