Essaouira- Les participants à un forum-débat, organisé samedi à Essaouira, ont plaidé en faveur de la promotion et de la valorisation de l’art gnaoui en tant que vecteur de coexistence et de vivre-ensemble, tout en s’intéressant à ses différentes dimensions soufie, musulmane ou judaïque.

« Le legs gnaoui, en tant que culture, art et mode de vie, incarne toutes ces valeurs de tolérance, de coexistence et du vivre-ensemble qui constituent l’ADN d’Essaouira, d’où la nécessité de promouvoir ce patrimoine en tant que tout indivisible où s’interfèrent et s’imbriquent toutes les dimensions soufie (celle des confréries), judaïque (esprits sabatiens), africaine, musulmane, arabe, amazighe et autres », ont ajouté les participants à ce forum placé sous le thème « rôle du patrimoine gnaoui dans la manifestation de la convivialité, l’harmonie et le dialogue interculturel et interconfessionnel ».

Dans la foulée, les participants à cette rencontre, initiée par l’Association Origines Gnaoua en partenariat avec l’Association Essaouira-Mogador, ont ajouté que l’art gnaoui au niveau d’Essaouira est l’un des espaces qui incarne cette capillarité entre musulmans et juifs qui, par le passé, prenaient part ensemble à des soirées gnaouies, où les invocations de Dieu et du prophète Sidna Mohamed (PSL) comme celles des esprits Sabatiens, se faisaient dans une convivialité absolue pour le bonheur et le bien-être de tous ».

Et de poursuivre que la ville d’Essaouira et les autres villes du Maroc ont été et resteront à jamais ce havre de paix, de tolérance, d’ouverture, de coexistence pacifique et de dialogue entre les cultures et les religions, faisant observer que la culture gnaouie tout comme la culture et les arts de manière générale ont largement contribué à la dynamique touristique culturelle et à l’attractivité de la ville.

La pérennisation de la culture gnaouie comme un tout indivisible relève de la responsabilité de tous car il y va de la conservation d’une partie du patrimoine national, ont-ils estimé, plaidant en faveur de l’implication de tous les acteurs dans cet effort de valorisation qui nécessite d’encourager les recherches dans ce domaine et d’immortaliser ce patrimoine à travers son enregistrement sonore.

Introduisant les débats, M. Ahmed Harrouz, au nom de l’Association Essaouira-Mogador, s’est félicité de l’organisation de ce forum-débat sur l’art gnaoui en général ainsi que sur le rituel des  »esprits Sabatiens » en particulier, insistant sur la nécessité de s’intéresser davantage à certaines questions qui risquent de disparaitre, en l’occurrence cet aspect judaïque dans l’art gnaoui.

Dans ce sens, il a mis en avant l’importance de s’intéresser davantage à la promotion et à la valorisation de la culture gnaouie dans son ensemble, d’encourager les jeunes à mener des recherches dans ce sens, de les accompagner, de les encadrer, et de mettre à leur disposition tous les moyens nécessaires car il y va de la transmission de cet art aux générations montantes et par là, sa préservation et sa pérennisation ».

M. Hassan El Ayach, chercheur et l’un des spécialistes de la mémoire collective de la ville d’Essaouira, s’est attardé, quant à lui, sur les aspects particuliers de la ville d’Essaouira-Mogador et les images que cette belle cité ne cesse de transmettre au monde sur ce que doit être la coexistence et le vivre-ensemble entre musulmans, juifs, chrétiens et autres.

Dans le même sillage, il a rappelé cette ambiance de convivialité et de fraternité dans laquelle vivaient musulmans et juifs ainsi que cette culture du partage et du vivre-ensemble qui caractérisait les relations humaines à Essaouira, rappelant que l’affluent hébreu constitue une partie intégrante de l’identité nationale et que le Maroc demeurera riche par la diversité de sa culture dans l’unité.

Les Grands Mâalems à savoir Hamid Dekkaki (Fès), Essadik El Aarch (Essaouira), et Saïd Bourlhimes ont, à tour de rôle, subjugué l’assistance à travers l’interprétation d’un florilège de morceaux tirés du répertoire gnaoui ancestral, en mettant en avant cette dimension judaïque riche et singulière telle qu’apparente via, par exemple, certaines chansons contenant les prénoms de célèbres commerçants ou saints juifs ayant vécu à Essaouira ou à Fès.

M. Anas Azza, président de l’Association « Origines Gnaoua Essaouira », a donné un aperçu sur son association et les missions qu’elle s’est fixées en vue de la préservation et de la promotion de l’art gnaoui dans son ensemble, insistant sur la nécessité d’encourager ce genre de rencontres et de débats destinés à mettre en lumière une partie de cette culture tombée en désuétude.

Tout en rappelant que Gnaoua est un style de vie et une philosophie, il a invité les jeunes à s’impliquer davantage dans tous les efforts visant d’abord à prendre connaissance du patrimoine existant y compris celui gnaoui, et de s’investir pleinement dans sa préservation car il y va de la préservation de l’identité nationale. M. Azza a estimé qu’un effort intellectuel considérable doit être consenti pour assurer une transmission « fiable » de ce patrimoine aux prochaines générations.

Baptisé  »Forum Patrimoine et Coexistence », cette rencontre coïncide avec la célébration à Essaouira, par la communauté marocaine de confession juive d’ici et d’ailleurs, de la Hiloula de Rabbi Haïm Pinto.

Dans l’esprit de l’association « Origines Gnaoua Essaouira », telle que fondée sur le désir de développer des liens de fraternité et de convivialité entre différentes cultures et religions, il a été décidé de commémorer, samedi soir une « Nuit Gnaouie » intégrant les rituels gnaouis juifs (des esprits sabatiens).

Auteur: Mohammed KOURSI
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