La Commission parlementaire chargée de l’évaluation du Plan Maroc Vert accélère son travail. Depuis avril 2025, ce groupe de travail, dirigé par le député Abderrazzak Ahlouch du groupe Istiqlalien de l’unité et de l’égalitarisme multiplie les auditions. La dernière séance date du mercredi 15 octobre.

Dépendance accrue aux importations, fragilisation de la souveraineté alimentaire, dégradation avancée des ressources productives de base… Le Plan Maroc Vert soulève de nombreuses critiques
Le président de la Confédération marocaine de l’agriculture et du développement rural (Comader) a été entendu par la Commission. En fin de matinée, c’était autour du DG de l’Agence marocaine de développement des investissements et des exportations de répondre aux questions des parlementaires.
«Nous avons rencontré le président de la Comader et les fédérations des filières. Ces réunions s’inscrivent dans le cadre de l’évaluation du Plan Maroc Vert», souligne, dans une déclaration laconique à L’Economiste, Rachid Hamouni, du groupe Progrès et Socialisme, à qui a été confiée la vice-présidence de la Commission parlementaire. Ce député brandit la carte de la confidentialité des informations échangées lors de cette séance. «Le contenu des réunions est confidentiel», lance-t-il avant d’ajouter que «la commission a commencé ses travaux il y a 5 mois. La première réunion a été tenue avec le ministre de l’Agriculture. Le groupe de travail a ensuite rencontré les dirigeants de plusieurs institutions publiques».
Auditions reprises en septembre
En effet, les parlementaires ont auditionné les DG de l’Agence pour le développement agricole (ADA), de l’Office national du conseil agricole (ONCA), de l’irrigation et de l’aménagement de l’espace agricole, du développement des filières de production et de l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (Onssa).
En juillet dernier, les parlementaires ont entendu la directrice de l’Institut national de la recherche agronomique (Inra). Après un mois de vacances, les auditions ont repris en septembre. Ont été entendus le président de la Fédération des chambres d’agriculture du Maroc, le directeur de l’Institut agronomique et vétérinaire Hassan II, et le directeur de l’Industrie au sein du ministère de l’Industrie et du Commerce. Des séances ont été aussi tenues avec la directrice de l’Agence nationale pour le développement des zones oasiennes et de l’arganier et le président de l’Ordre national des vétérinaires.
Les auditions s’enchaînent et se poursuivront les mois prochains. L’étape suivante sera celle des visites de terrain pour aboutir à l’élaboration d’un rapport final, précise Rachid Hamouni.
Les critiques fusent de partout
Lancé en 2008 et arrivé à terme en 2019, le Plan Maroc Vert suscite les critiques. Cette stratégie avait l’ambition de relancer le secteur agricole et d’en faire un moteur de croissance de l’économie nationale. Le Plan visait à renforcer la souveraineté alimentaire du pays en augmentant la productivité agricole, en améliorant les revenus des agriculteurs et en assurant la sécurité alimentaire du Royaume. Des voix se sont élevées toutefois pour dénoncer sa dépendance accrue aux importations pour l’approvisionnement intérieur de produits de base comme le blé, et la fragilisation de la souveraineté alimentaire, malgré l’augmentation des exportations de produits agricoles. Elles pointent également du doigt la surexploitation des ressources naturelles, comme l’eau.
En 2024, l’Institut royal des études stratégiques (IRES) a alerté, dans un rapport, sur la situation alarmante de l’agriculture. Dégradation avancée des ressources productives de base (eaux, sols, parcours, forêts, biodiversité), accentuation de la dépendance vis-à-vis de l’étranger… Des dégâts dus au changement climatique, mais aussi «aux politiques publiques poursuivies», souligne l’analyse de l’IRES.
Des travaux mis en stand-by pendant 3 ans
La polémique s’est invitée au Parlement. Un groupe de travail chargé de l’évaluation du Plan Maroc Vert a été ainsi institué en 2022. Il a tenu sa première réunion le 9 mars 2022, sous la présidence de Rachid Talbi El Alami, président de la Chambre des représentants. Cependant, cette commission n’a pas pu accomplir sa mission. Ses travaux ont été mis en stand-by pendant 3 ans. Le 23 avril 2025, le président de la Chambre des représentants a convoqué une réunion pour la restructuration de ce groupe de travail.
Le député Abderrazzak Ahlouch du groupe Istiqlalien de l’unité et de l’égalitarisme a été ainsi nommé président de cette commission parlementaire. La vice-présidence a été confiée à Rachid Hamouni du groupe Progrès et Socialisme. Pour leur part, Abdessamad Haiker du groupement Justice et Développement et Abderrahim Bouazza du groupe Authenticité et Modernité ont été respectivement désignés rapporteur et vice-rapporteur. La Commission comprend aussi près d’une dizaine d’autres députés.
La Commission devra, à la fin de sa mission, rendre ses conclusions et formuler aussi des propositions susceptibles de contribuer à l’amélioration et au redressement des politiques publiques relatives au secteur agricole.
Khadija SKALLI
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Auteur: Khadija SKALLI
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