«L’idée qu’un peuple ayant vécu aussi longtemps l’oppression coloniale en reste marqué et réclame, comme réparation symbolique, la simple reconnaissance de la vérité – et non une «repentance» – échappe à beaucoup en France. Et, malheureusement, le climat politique, très marqué par le racisme et l’islamophobie, avec comme corollaire des tentatives de réhabilitation du colonialisme, est plutôt à la régression sur ces questions.»

– Comment faut-il comprendre l’annonce de la ministre de la Culture, Roselyne Bachelot, d’ouvrir par anticipation les archives sur la guerre d’Algérie ? Est-ce une bonne nouvelle pour les chercheurs et historiens ?

Ce qui a été annoncé sur un plateau de télévision n’est pas, contrairement à ce qui a souvent été compris par nombre de médias, l’ouverture pure et simple de toutes les archives françaises relatives à la Guerre d’Indépendance algérienne, sur le modèle de ce qui a été fait il y a 20 ans pour celle de la Seconde Guerre mondiale.

On peut le regretter. Et cette initiative intervient alors qu’en 2020 une refermeture massive d’archives, surtout militaires, au nom du «secret défense», avait été opérée par le gouvernement français, en contradiction avec les déclarations d’intention présidentielles.

Après l’annulation de cette mesure par le Conseil d’Etat, en juillet 2021, une loi a tout de même permis aux services de renseignement de rendre certaines archives incommunicables, à leur discrétion. Le moins qu’on puisse dire est que cette politique est assez illisible et qu’elle trahit sans doute des dissensions au sein du pouvoir actuel.

L’annonce récente de Mme Bachelot vise notamment à effacer l’effet désastreux de cette séquence. Elle concerne une partie des archives, les archives judiciaires, dont le délai légal de communication de 75 ans, plus long, au nom de la protection de la vie privée, que pour la plupart des documents (50 ans), est raccourci.

Cela facilitera bien sûr la recherche, puisque l’on n’aura plus à faire des demandes de dérogation, une démarche lourde et aléatoire, puisqu’elles n’étaient pas toujours accordées jusque-là. Et une partie importante des archives coloniales sera alors librement communicable.

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Auteur: Anis Khecheba
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