Par Hajar Bennar*

Nous pouvons nous targuer d’une croissance accélérée ou du moins honorable eu égard de la conjoncture actuelle (4,4%/an en moyenne entre 2000 et 2017), il n’en demeure pas moins que les bienfaits de cette éclosion touristique, des investissements étrangers ou encore de l’exportation de produits agricoles soient invisibles au citoyen lambda.

Les inégalités territoriales se creusent entre régions, les
inégalités se multiplient entre classes sociales à devenir le pays distribuant
le moins équitablement ses richesses sur toute l’Afrique du Nord. Si
l’ascenseur social dysfonctionne laissant place à une pauvreté et vulnérabilité
grandissantes, il serait temps de questionner notre modèle de développement
actuel tel qu’il a été ordonné par Sa majesté le Roi à l’occasion du discours
de la fête du Trône du 30 juillet 2019.  La régénérescence d’une vision à long terme
s’avère donc nécessaire afin de corriger la myopie qui brouille nos stratégies
sectorielles.

Nombreux sont les modèles de développement qui ont été adoptés au cours
des dernières décennies par des pays souhaitant rattraper l’industrialisation
de la triade en effectuant une refonte de leur stratégie productive et
commerciale; d’autres jugeant nécessaire une restructuration de leur économie
dans l’espoir de sortir de la crise et pour échapper à la faillite lors de
l’échappée d’investisseurs arrivés aux heures de gloires et vite repartis au
premier pépin rencontré (crise économico-monétaire au Mexique et effet Tequila
en Amérique latine); alors que certains autres plus contemporains estiment que
la transition écologique devrait représenter le socle de tout modèle de
développement.

Mais Bien qu’il existe des similitudes dans le mode de gouvernance,
la culture, et le positionnement géographique, chaque pays est unique et
détient sa propre empreinte biométrique.

Le modèle que nous proposons repose sur cinq axes de développement
transversaux représentant les piliers de la nouvelle articulation des
politiques publiques, le ‘backbone’ pour un futur quasi-dénudé de risque,
stable et honorable pour les générations actuelle et à venir. Ils forment une
tangente aux secteurs ministériels, aux institutions publiques et au domaine
privé en mettant l’Humain au cœur du processus de développement.

La co-construction comme nouveau mode de gouvernance

Les derniers mouvements sociaux conjugués à la baisse du taux de
participation des citoyens aux élections de 2016 marquent une détérioration du
climat de confiance associant les individus aux institutions publiques. Bien
que cela soit notifié au sein de la Constitution de 2011 et de mise en place de
canaux participatifs, le citoyen exige davantage de transparence et d’inclusion
au sein du processus décisionnel. En effet, le plus souvent les citoyens et la
société civile reprochent aux élus d’arriver avec une offre politicienne de
projets d’ors-et-déjà décidés s’inscrivant davantage dans une logique de
communication plutôt que de consultation ou de « co-construction ».

Vers une économie du savoir, une économie quaternaire

En pleine mutation, la société telle que nous la connaissons à ce
jour pâtit des conséquences de la quatrième révolution industrielle, dite 4.0. Dans
ce sillage, l’éclosion des NTIC est transversale se diffusant à l’ensemble des
secteurs de l’économie à travers la production robotisée et bouleverse
l’organisation du travail. Elle concerne également la santé et l’éducation
grâce au fleurissement de la nanotechnologie et des biotechnologies.

Cette révolution, à laquelle nous devons nous adapter, est
imminente et menace autant la pérennité des IDE (stock d’IDE en pourcentage du
PIB en 2016 s’élève à 52,9%) sur le territoire que notre compétitivité à
l’international. Au lieu d’en subir les retombées négatives, il serait
approprié de s’y adapter voire de profiter de ses bienfaits (opérations
chirurgicales assistées, etc).

La régionalisation avancée, levier d’une équité sociale et
territoriale

Amorcé en 2011, le chantier de la régionalisation avancée tarde à
prendre fin tout particulièrement les lois organisatrices y afférent,
handicapant ce qui pourrait être un levier majeur du développement, entravant une
gouvernance équitable. De prime abord, le principe de subsidiarité représente
le socle même d’une justice spatiale ou territoriale car permet aux régions les
plus défavorisées ou en retard de développement économico-social de bénéficier
d’une aide provenant des régions les plus performantes. Deuxio la
décentralisation octroie aux communes et à la région, à même de déceler leurs
propres ressources mais aussi de diagnostiquer leurs propres problématiques,
davantage de prérogatives pour une meilleure gestion au niveau local. Ainsi, il
n’est nul doute qu’un développement local ne peut que s’accompagner d’une
évolution social si les recettes fiscales régionales sont équitablement
redistribuées.

De la transition énergétique à la transition écologique

Le secteur énergétique marocain a connu un tournent majeur ces
dernières années, transformant le  mix
énergétique fondamentalement basé sur la production à partir de sources
polluantes –fossiles dont la quasi-totalité est importée- à une consommation
d’énergies renouvelables (52% d’électricité verte à l’horizon 2030).

Une réalisation nous attribuant l’éloge de la scène internationale
et réduisant gracieusement notre dépendance énergétique, qui toutefois devrait
représenter un socle sur lequel reposerait à l’avenir une vision
environnementale globale (appliquée à tous les secteurs) et globalisante
(incluant les différentes parties prenantes) dans l’espoir de parvenir à l’ancrage
d’une stratégie de transition écologique dont nous avons fort besoin et dont
les bénéfices aussi bien environnementaux, sociaux qu’économiques ne sont plus
à énumérer.

Education &
culture de civisme, de tolérance et de paix

L’éducation, matrice du développement économique, social et culturel, est également le talon d’Achille de notre société[1]. Le paradoxe en est que l’éducation conjuguée à l’encouragement de la recherche&développement constituent les variables mêmes d’une croissance économique réussie. La sectorisation scientifique, dans les domaines public et privé, devient inéluctable. Mais ‘science sans conscience n’est que ruine de l’âme’[2]. Dans ce sillage, l’éducation devrait être accompagnée d’une dissémination des valeurs de civisme, de tolérance et de paix qui s’amenuisent de plus en plus au sein de notre société.

*Docteur en économie et société,

chercheure associée au laboratoire

de recherche LiRIS de l’université Rennes 2

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Auteur: M’hammed rahal
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