«Think global, act local» – René Dubos
Par Chokri Aslouj – Le nouveau plan de développement (2026 – 2030), récemment adopté, porte un concept résiliant, smart et durable. La vision d’un nouveau modèle de développement territorial résilient, articulé autour du nexus : Eau-Énergie-Alimentation et porté par la finance participative, les technologies numériques et une gouvernance coopérative, permettra de passer d’un modèle centralisé où quelques grandes infrastructures approvisionnent toute la population et donc d’un modèle vulnérable aux instabilités et crises de toutes sortes vers un modèle distribué, résilient, intelligent et coopératif. Chaque cellule de résilience qui peut être structurée en ménage, immeuble, quartier, exploitation agricole, complexe industriel, centre hospitalier, base militaire, village, île, oasis, etc., serait capable de produire une partie significative de ses besoins essentiels (énergie, eau, alimentation) tout en restant connectée au réseau national et aux chaines d’approvisionnement. Le but escompté dans cette nouvelle approche n’est certainement pas l’autarcie mais plutôt la résilience. Les cellules de résilience avoisinantes pourraient s’échanger le surplus de production pour créer ainsi une économie solidaire de proximité.
Dans ce nouveau modèle, le citoyen-consommateur qui ne faisait que subir les retombés néfastes des crises (pénuries des produits de base, hausse des prix, inflation galopante, coupures d’eau et d’électricité, etc.), des mauvaises décisions prises en son nom, des pratiques du cartel bancaire qui le fait saigner, de la gouvernance défaillante de l’administration et des aléas de l’ordre mondial, prendrait son destin à bras-le-corps pour se métamorphoser en: producteur, investisseur, copropriétaire, fournisseur, acteur de la transition, etc. La souveraineté du citoyen capable de subvenir à ses besoins essentiels et survivre à des crises majeures ne porte point atteinte à la souveraineté exercée par l’état, au contraire, elle ne fait que la renforcer devant les dangers venus d’outre-frontières.
Cette nouvelle approche pourrait être structurée autour de six piliers principaux suivants:
1. Production distribuée des ressources essentielles (énergie, eau, alimentation).
2. Intelligence distribuée, grâce à l’IA et aux objets connectés.
3. Financement distribué, via le crowdfunding, la fintech, les fondations traditionnelles (houbous, waqf…), etc.
4. Gouvernance distribuée, dans le cadre de Sociétés Populaires et d’autres formes de coopératives où les citoyens deviennent des codécideurs.
5. Économie circulaire, avec la valorisation locale des ressources et des déchets.
6. Résilience distribuée, permettant à chaque territoire de continuer à fonctionner malgré des crises climatiques, économiques, sociales ou géopolitiques.
Puisque la disponibilité de l’énergie conditionne l’accès à l’eau et que la disponibilité de l’eau conditionne l’accès à l’alimentation, il faudrait commencer par réformer le secteur de l’énergie en premier lieu et celui de l’électricité en toute urgence pour qu’il soit en diapason avec ce nouveau modèle de développement. La réforme doit commencer impérativement par le cadre réglementaire, qui régit le secteur de l’électricité et qui a été orienté pour éterniser le statuquo et le monopole historique de la STEG, nonobstant ses limites. L’autorisation par la STEG de stocker de l’électricité en réseau basse tension est un bon pas dans la bonne direction. Le Tunisien exige des solutions durables à ses doléances. Il est donc impératif de mettre tout sur la table pour en discuter sans tabous en mettant l’intérêt suprême au-dessus de toutes les considérations.
La vague de chaleur qui a envahi le pays et causé tant de souffrances et de dégâts, a mis à mal nos systèmes centralisés. Elle était prévisible dans son timing, son intensité et ses répercussions. Je pense qu’on serait bien loti de commencer sans délai à nous préparer pour nous prémunir d’être pris de court par des crises imprévisibles…
Chokri Aslouj
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