Deux mois après le début du hirak, le pays est dans une impasse politique. Bien que plusieurs propositions aient été mises sur la table, aucune issue ne se dessine à l’horizon.

La classe politique semble acquise au principe de l’ouverture d’un dialogue pour dépasser cette crise qui risque de s’aggraver au fil des mois.

Le chef d’état-major de l’ANP, Ahmed Gaïd Salah, a mis en avant, dans son dernier discours, l’impérieuse nécessité d’aller vers le dialogue pour trouver une issue à la crise actuelle. «Je demeure entièrement convaincu qu’adopter le dialogue constructif avec les institutions de l’Etat est l’unique moyen pour sortir de la crise, étant conscient que le dialogue est l’un des moyens les plus civilisés et les plus nobles dans les relations humaines et la voie la plus judicieuse pour présenter des propositions constructives, rapprocher les points de vue et atteindre un consensus autour des solutions disponibles», a-t-il affirmé.

Si tout le monde est d’accord sur le principe du dialogue, les avis restent partagés sur sa nature et la manière de le mener.
Pour le parti de Ali Benflis, Talaie El Hourriyet, le dialogue est essentiel au règlement de la crise. «Le dialogue constitue l’essence de toute action politique responsable et constructive.

Il est, aussi et surtout, l’instrument devant être toujours privilégié dans le règlement des crises. Face à la crise exceptionnellement grave que connaît notre pays, cette conviction est partagée par tous et nul ne doute de sa nécessité impérieuse et urgente», estime-t-il.

Ce parti demande, par conséquent, que les conditions d’un dialogue sérieux et constructif soient réunies. «Tout l’enjeu du moment est de permettre au dialogue de s’enclencher en réunissant les conditions les plus favorables à son bon déroulement et à son succès», assure ce parti pour lequel il y a plus grave que la crise politique, constitutionnelle et institutionnelle à laquelle est confrontée l’Algérie : c’est cette «impasse totale qui se dresse sur le chemin du règlement de cette crise».

«La priorité de l’heure est donc de surmonter cette impasse pour ouvrir la voie à une entente sur le contenu d’un tel règlement», considère ce parti. Talaie El Hourriyet voit donc le dialogue en dehors du strict processus de l’application de l’article 102 de la Constitution.

Il estime nécessaire d’accéder aux «demandes légitimes de la révolution démocratique et pacifique en marche dans notre pays».

Le parti de Benflis ne voit pas le dialogue sous l’égide de Abdelkader Bensalah, décrié par la rue. Il propose donc l’exploration d’autres pistes afin de surmonter cette situation.

Le MSP se dit aussi favorable au dialogue.

Comme Ali Benflis, le président du MSP, Abderrazak Makri, estime que l’ouverture de ce dialogue doit passer par «la désignation d’une autre personne qui ne symbolise pas le système Bouteflika à la place de Bensalah».

A partir de là, M. Makri se dit prêt à dialoguer, précisant que son parti, ainsi que d’autres formations, a fait des propositions qu’il soumettra à débat.

Le Parti des travailleurs, quant à lui, tient à son projet d’une Constituante. Pour ce parti, aller vers une élection, même dans des conditions de transparence optimales, ne réglera pas les problèmes de fond liés à la refonte de l’Etat.

Le Front des forces socialistes (FFS) tient aussi à son projet d’une Assemblée constituante. Le plus vieux parti de l’opposition considère que la crise politique est profonde et appelle à un traitement de fond pour la régler définitivement.

L’ancien Premier ministre, Mouloud Hamrouche insiste sur le rôle de l’élite dans le règlement de cette crise. Il estime, dans une contribution dans El Watan, qu’il faut trouver «les voies et moyens pour rétablir la norme légale et instaurer la vérification et le contrôle». «Pour pouvoir prétendre modifier et remplacer des pratiques et des habitudes en vigueur, il faut les identifier, les corriger et les imposer.» D’autres formations appellent à une transition, avec l’ANP comme garante du processus.

C’est le cas du PLD qui pense que «l’ANP, l’unique institution nationale organisée, nourrie aux valeurs de Novembre et trempée dans le combat républicain contre l’hydre islamiste, a vocation d’accompagner ce mouvement révolutionnaire inédit dans le cadre d’une transition nationale, républicaine, démocratique en vue d’édifier l’Etat de droit».

Si les propositions diffèrent d’un parti à un autre, il est clair que rien ne pourra se faire sans le dialogue. Il reste donc à définir sa forme et ses contours. Tout cela en tenant compte des revendications du hirak.

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Auteur: Hicham Chouadria
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