Face à la contraction des recettes, aux exigences d’apurement de la dette et à la persistance des crises internationales, les pouvoirs publics veulent s’assurer que chaque franc investi conduise le pays vers une trajectoire plus sûre et plus performante.
Avant tout décollage, un pilote chevronné ne se contente jamais de vérifier la puissance de ses moteurs. Il observe les vents, analyse les perturbations atmosphériques, identifie les zones de turbulence et ajuste son plan de vol. Un exercice de lucidité auquel est confronté le Cameroun dans la préparation du budget de l’État pour l’exercice 2027.En ouvrant, le 28 juillet 2026, le séminaire consacré à cette préparation, le ministre des Finances, Louis Paul Motaze, a dressé un diagnostic sans détour. L’économie mondiale traverse une succession de crises qui ne se remplacent plus : elles s’additionnent. Aux séquelles des crises financières se sont greffées les crises sécuritaires, la pandémie de Covid-19, avant que les tensions géopolitiques et la flambée des prix de l’énergie ne viennent alourdir davantage l’horizon économique.

Dans ce cockpit budgétaire, les instruments affichent une réalité préoccupante. Les recettes publiques enregistrent pour le compte du premier trimestre de l’année 2026 un manque à gagner de 212,7 milliards de Fcfa, conséquence directe du ralentissement de l’activité économique. Simultanément, les dépenses poursuivent leur ascension. Au terme du premier trimestre 2026, elles culminent à 1 547,1 milliards de Fcfa contre 1 331,4 milliards de recettes, soit un déficit de 215,7 milliards. À cela s’ajoute le coût du maintien des prix des carburants à la pompe, dont la subvention oscille entre 250 et 350 milliards de Fcfa, afin de préserver le pouvoir d’achat des ménages.
Dans un tel contexte, engager le prochain budget sans réévaluer les priorités reviendrait à faire décoller un appareil malgré des alertes météo persistantes. D’où la volonté affichée par le gouvernement de revoir le plan de vol des investissements publics.Le constat posé par le ministre est sans équivoque : de nombreux investissements réalisés jusqu’ici peinent encore à transformer durablement le quotidien des populations. Routes inachevées, infrastructures sous-exploitées ou projets à faible impact économique interrogent la qualité de la dépense publique. L’enjeu est d’investir mieux.
Création de richesses
Cette nouvelle orientation repose sur une logique économique bien connue : un investissement public efficace ne crée pas uniquement une infrastructure ; il stimule l’activité des entreprises, génère des emplois, améliore la productivité, attire les capitaux privés et accroît à terme les recettes fiscales. Chaque franc engagé doit devenir un levier de création de richesses.Cette exigence suppose une meilleure discipline budgétaire. Le ministre des Finances a rappelé la nécessité d’apurer les restes à payer dus aux entreprises.

En honorant ses engagements contractuels dans des délais raisonnables, l’État contribue à préserver la trésorerie des opérateurs économiques, sécurise les emplois et entretient un climat de confiance indispensable à l’investissement privé. Là encore, il s’agit d’assurer la stabilité de l’appareil avant de lui demander de prendre de l’altitude.Le thème retenu pour le séminaire du 28 et 20 juillet à Yaoundé : « Le budget de l’État face au défi du renforcement de l’état de service des investissements publics, en vue de la stimulation de la croissance et de l’amélioration des conditions de vie des populations » – traduit cette volonté de transformer la dépense publique en véritable moteur de développement.À l’heure où les turbulences internationales demeurent imprévisibles, le Cameroun n’a guère le choix que d’affiner ses instruments de navigation. L’efficacité des investissements publics devient le compas de la politique budgétaire. Car, comme dans l’aviation, la réussite d’un vol ne dépend pas uniquement de la puissance des moteurs, mais de la qualité des décisions prises avant le décollage. C’est à ce prix que le budget 2027 pourra conduire l’économie nationale vers une croissance durable et offrir aux Camerounais les bénéfices concrets qu’ils attendent des politiques publiques.
Léon Mgba
Auteur: Diapason Media Group Diapason Media Group
Cliquez ici pour lire l’article depuis sa source.

