Essaouira – L’espace de Dar Souiri à Essaouira s’est érigé samedi soir en véritable scène, le temps de l’interprétation de la pièce théâtrale « Lettres à Nour » de l’islamologue et chercheur Rachid Benzine, une bouleversante plongée dans le drame djihadiste.

Programmée dans le cadre de la 2è édition des Etats Généraux des Entreprises Citoyennes, événement initié conjointement par Thinkers and Doers et l’Association Essaouira-Mogador, « Lettres à Nour » se veut une véritable adaptation à la scène du roman épistolaire  »Nour, pourquoi n’ai-je rien vu venir ? » du même auteur.

La présentation de cette oeuvre artistique s’est déroulée en présence notamment de M. André Azoulay, Conseiller de Sa Majesté le Roi et président-fondateur de l’Association Essaouira-Mogador, de Mme Amandine Lepoutre, fondatrice de Thinkers and Doers, ainsi que d’un parterre de leaders, d’experts et de chercheurs marocains et étrangers participants à ces Etats Généraux.

La pièce théâtrale raconte l’histoire d’une jeune fille appelée  »Nour », âgée de 20 ans qui va disparaitre pour rejoindre l’Etat Islamique à Faloudja en Irak, où elle s’est mariée avec un Irakien du nom de  »Akram » dont elle a fait connaissance sur internet. Après deux ans de silence et d’absence, une communication va s’établir entre la fille et son père.

Le père, enseignant universitaire de philosophie et des sciences religieuses, veuf de son état, et terrassé par l’angoisse et l’ampleur de la nouvelle du voyage de sa fille aimée en Irak, tentera à travers un échange de missives de la convaincre de revenir à la maison parentale.

Dans cet échange de courriers entre la fille et son père, des mots bien choisis par l’auteur laissent transparaitre, à la fois, cette affection et cet amour si profonds qui les unissent tous les deux, mais aussi une forte conviction de  »Nour » d’accomplir l’éducation qu’elle a reçue d’un père si affectif, celle d’être libre, et de ne pas avoir peur  »de prendre le chemin de la subversion ».

L’aspect tout aussi magique qu’attractif dans cette oeuvre théâtrale c’est cette capacité à attirer l’assistance à mieux approcher, avec un style lucide et perspicace, la pensée et le drame djihadistes pour mieux les comprendre.

Un échange entre  »Nour », jeune et dépourvue d’expériences dans la vie, tombée sous le charme du discours obscurantiste et victime d’endoctrinement, et son père  »un brillant universitaire, épris de lumières et nourri la fois de raison, de pragmatisme et de spiritualité » qui tente de la convaincre et de lui ouvrir les yeux sur les atrocités commises par ceux autour de qui elle mène sa nouvelle vie.

Bref, l’histoire qui donne une leçon philosophique, de compréhension des mécanismes et méthodes utilisés par l’Etat Islamique, tourne autour de ce terrible et bouleversant échange entre Nour et son père qui, au-delà d’une imcompréhension totale au départ, et de l’horreur, garde intact ce mince filet que l’on appelle l’amour.

Approché par la MAP, M. Benzine a fait savoir que l’idée d’écrire cette oeuvre lui est venue après les attentats terroristes perpétrés en France, notant que pour concrétiser ce travail, il a dû faire des recherches universitaires et donc partir à la rencontre en prison, des jeunes qui sont revenus de Syrie et d’Irak, dont certains étaient intellectuellement brillants, comme Nour qui a fait de longues études et adhéré à une telle idéologie.

« Il était donc nécessaire de comprendre pourquoi ce discours extrémiste attire des jeunes du monde entier et de mettre la main sur les blocages que connaissent les sociétés », a-t-il dit, relevant que dans sa démarche d’appréhension de cette problématique, il s’est investi à trouver un autre langage (théâtre) que celui universitaire, souvent considéré comme abstrait et qui est finalement très peu accessible à beaucoup de gens.

Et d’ajouter qu’ »en passant par le théâtre et le fait d’avoir un père et sa fille, on peut s’identifier et quand on s’identifie on s’humanise, et on peut mieux comprendre le désespoir de ce père qui a tout fait et tout donné à sa fille : une très bonne éducation et des valeurs et voilà que cette fille, au nom de ces mêmes valeurs, va prétendre renverser le monde », avant de conclure que  »Lettres à Nour » est à la fois une pièce politique mais aussi scientifique puisqu’elle s’appuie sur un travail de recherche.

Auteur: Meriem IGASS
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