L’ancien président de la République, Abdelaziz Bouteflika, et son frère et ex-conseiller, Saïd, ne peuvent comparaître devant le tribunal de Sidi M’Hamed dans le procès de l’homme d’affaires Ali Haddad.    

«La défense des accusés n’a pas formulé une demande pour la convocation de l’ancien président et de son ancien conseiller, Saïd Bouteflika, à l’ouverture du procès. Le tribunal ne pouvait pas décider de son transfert pour son audition en tant que témoin. Les accusés n’ont pas déclaré, lors des auditions qu’ils ont reçu des instructions ou directives de Saïd Bouteflika», a précisé hier, le représentant du ministère public en réponse à un des avocats de la défense lors des plaidoiries, qui se sont poursuivies hier, dans le cadre du procès Haddad.

En effet, les avocats de l’ancien ministre des Transports, Amar Ghoul, se sont succédé à la barre pour plaider «non coupable». 

Me Mourad Zaïr, indique au début de sa plaidoirie : «Pourquoi n’a-t-on pas convoqué le citoyen Abdelaziz Bouteflika, qui a été cité tout le long de son procès ? Les accusés affirment qu’ils ont appliqué les décisions des Conseils des ministres présidés par Bouteflika.»

Il rappelle que l’ancien conseiller à la présidence, Saïd Bouteflika, a comparu dans le premier procès en tant que témoin. Le président de l’audience, le juge Abdelaziz Boudiaf intervient et fait remarquer : «Est-ce que vous avez déposé une demande à ce sujet ?»

L’avocat répond : «Non, mais vous avez le pouvoir pour le faire», et de préciser que Ghoul n’a signé aucun document ni au profit de Haddad ni de Tahkout.  «L’obtention des marchés par l’ETRHB est légale», précise Me Faden, dans son intervention.

Me Khaled Berghel évoque dans sa plaidoirie, une observation du juge d’instruction lors de l’enquête. «Il a dit à Amar Ghoul, pourquoi vous n’avez pas démissionné de votre poste ? Monsieur le président de l’audience, Monsieur le procureur de la République, qui osait démissionner à l’époque de Bouteflika ?» s’interroge l’avocat. Il soutient que «l’autoroute Est-Ouest demeure un projet historique. 

C’est Amar Ghoul qui a proposé la réalisation de cette infrastructure et le président a validé». L’avocat insiste sur la transparence dans la gestion. «Les ministres assistaient au Conseil des ministres et les projets sont soumis au président de la République. Ils sont également soumis à l’APN et au Conseil de la nation lors de plénières», insiste-t-il. L’avocat a également contesté le rapport de l’IGF. «Cette inspection n’a pas réagi durant 20 ans.

Elle n’a jamais saisi les responsables accusés dans cette affaire sur des anomalies», ajoute l’avocat. Il revient au dossier de Haddad. «Le département de Ghoul a octroyé 105 concessions aux entreprises publiques et 48 autorisations aux entreprises privées. Pourquoi, a-t-on juste poursuivi le patron de l’ETRHB ?»

Pour la nomination d’un administrateur, Me Berghel estime que «l’expérience avec le groupe Khalifa a démontré que c’est une mauvaise mesure». Et de conclure : «Si la condamnation de M. Ghoul permettra de sortir le pays de la crise, lui-même est prêt à l’être, car il était toujours au service de son pays.» 

Dans le box, Ghoul ne retient pas ses larmes. L’avocat d’Ahmed Ouyahia est longuement revenu sur l’octroi des marchés de gré à gré, rappelant au tribunal l’affaire de la société canadienne SNC Lavalin. «Aucun responsable ni fonctionnaire n’a été poursuivi dans cette affaire», dit-il, mettant l’accent sur le rôle du ministre des Finances lors des faits. La défense de l’ancien ministre des Transports et des Travaux publics, Abdelghani Zaâlane, composée de trois avocats, a mis en avant sa compétence dans la gestion durant 34 ans en tant que cadre supérieur d’Etat et wali à plusieurs reprises. «Il a fait l’objet de trois expertises mais aucune anomalie n’a été signalée. Monsieur le président de l’audience, jusqu’à aujourd’hui, l’acte de gestion n’est pas défini. M. Zaâlane est poursuivi pour avoir accordé une décision à Haddad. Donnez-nous la liste des bénéficiaires des décisions. Pourquoi n’y a-t-il que Haddad qui soit poursuivi et avec lui, mon client ?», insiste Me Nasri. L’avocat soutient que les procès de 2019 ont provoqué «un séisme en Algérie». Pour le financement occulte de la campagne présidentielle, il a rappelé que Zaâlane a bénéficié de la relaxe et de l’acquittement par la cour d’Alger lors du procès en appel.

Un ministre des Finances mis en cause par la défense 

De son côté, l’avocat d’Abdelmalek Sellal a estimé dans sa plaidoirie, que «Bouteflika était un président élu. Il avait un programme qui était adopté par les deux chambres du Parlement. Pourquoi les ministres n’ont-ils pas été soumis à l’audition par l’APN pour soupçon de corruption ? Qu’est-ce qu’on reproche à Sellal ? d’avoir exécuté le programme et les décisions du président ? Sellal est issu de l’école algérienne, c’est un cadre supérieur de l’Etat qui est juste poursuivi pour une déclaration lors d’une visite de travail en sa qualité de Premier ministre. Il est un homme d’Etat pas du pouvoir. 

Il ne peut pas être poursuivi pour des faits à caractère pénal. Monsieur le président de l’audience : Préservez l’image de l’Algérie pour une justice équitable et neutre», plaide Me Mourad Khader.  L’avocat a ajouté : «Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a ordonné l’élaboration d’un avant-projet criminalisant le discours de la haine et de l’incitation à la fitna (discorde), notamment à travers les réseaux sociaux. Nous saluons cette décision car nous sommes victimes. 

Ces responsables dans le box sont des citoyens qui bénéficient toujours de la présomption d’innocence», soutient-il. Me Khadir est revenu sur la responsabilité du ministre des Finances. «Rien ne passe sans lui», précise-t-il. Le procès qui a duré 5 jours s’est déroulé dans le calme sous l’œil vigilant du président, le magistrat Abdelaziz Boudiaf. Il a même remis un masque de protection à Amara Benyounès. C’est à 19h que le président de l’audience a annoncé que le verdict dans l’affaire Haddad sera rendu le 1er juillet prochain. Le procès a été clôturé après 5 jours de débats, d’auditions et de plaidoiries. 

Quand le juge a donné la parole aux accusés, Ali Haddad, l’accusé principal déclare : «Je suis en détention depuis 15 mois. Mon père n’a jamais pris de congé ou de repos. Il a toujours travaillé honnêtement et légalement. Je demande la justice», dit-il.  Ahmed Ouyahia a également clamé son innocence : «J’ai servi mon pays pendant 34 ans. Les correspondances constituent des preuves de transparence. Je suis innocent.» Abdelmalek Sellal a insisté : «Je ne suis pas corrompu, je ne l’ai jamais été. Rendez-moi ma dignité. On parle de l’Algérie nouvelle. Contribuez Monsieur le président de l’audience à la concrétisation de cette aspiration. J’ai travaillé pendant 45 ans au service de mon pays.» Zaâlane a assuré qu’il « a confiance en la justice». Ghoul déclare : «Je suis intègre et Dieu en est témoin.» 

De même Boudjemaâ Talaï, Mahdjoub Bedda et Youcef Yousfi ont insisté sur leur innocence alors qu’Omar Haddad, dit Rebouh, a mentionné qu’il n’est ni un corrompu ni un voleur».

Neïla Benrahal 

Auteur: elmoudjahid
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