Croissance prévue à 4,6%, inflation ramenée autour de 2%, déficit contenu à 3,5 % du PIB cette année et prévu à 3% en 2026: le gouvernement revendique une trajectoire budgétaire «saine et lucide». «Notre économie a fait preuve d’une grande résilience grâce à la solidité de ses institutions et à la stabilité de ses choix», a souligné la ministre.
Dans un environnement mondial encore chahuté entre une zone euro atone et un commerce international hésitant, le Maroc affiche une certaine résilience. «Notre économie s’est redressée grâce à la solidité de ses institutions et à la cohérence de ses choix», a souligné Nadia Fettah, ministre de l’Economie et des Finances lundi devant les deux chambre à l’occasion de la présentation du projet de loi de finances (PLF). La ministre a rappelé la trajectoire descendante du déficit budgétaire et un endettement ramené à 66 % du PIB. La consolidation de la croissance et l’ancrage du pays parmi les nations émergentes constitue un des axes du PLF 2026. Près de 380 milliards de dirhams d’investissement public sont programmés pour accélérer les chantiers structurants : extension du TGV vers Marrakech, renforcement du réseau autoroutier, mise en service des ports de Dakhla Atlantique et de Nador West Med, ou encore sécurisation de l’approvisionnement en eau via barrages et stations de dessalement. La transition énergétique reste un pilier majeur.
Deux nouvelles unités à gaz naturel verront le jour alors que les énergies renouvelables représentent déjà 45 % du mix électrique. L’offre Maroc en hydrogène vert doit transformer cette avance en avantage industriel.
Du côté du secteur privé, la dynamique ne faiblit pas: 250 projets d’investissement validés pour 414 milliards de dirhams et 65.000 emplois directs. La Nouvelle Charte de l’investissement et le Fonds Mohammed VI sont appelés à jouer un rôle moteur, tandis que 2 milliards de dirhams seront consacrés aux TPE-PME, lesquels constituent un «maillon vital de la création d’emplois». Ce projet de loi de finances fait de la territorialisation du développement un pilier important. Le gouvernement veut ainsi donner corps à une nouvelle génération de programmes intégrés dans les zones rurales et montagneuses.
Un compte spécial du Trésor garantira la convergence des financements avec un suivi numérique des projets. En 2026, 36 centres ruraux pilotes seront aménagés sur 542 identifiés pour un investissement initial de 2,8 milliards de dirhams. L’objectif: passer d’une planification administrative à une action mesurable sur le terrain: accès à l’eau, à la santé, à l’éducation.
AMO, éducation et santé
Sous la coupole du parlement, la ministre a insisté sur la poursuite du chantier de la protection sociale. Plus de 5,3 millions de familles sont inscrites au Registre social unifié et 11 millions de bénéficiaires couverts par l’AMO Tadamon, financée à hauteur de 10,5 milliards de dirhams. Les allocations familiales, élargies à près de 4 millions de ménages, mobiliseront 29 milliards de dirhams. A ce niveau, la contribution sociale de solidarité sera prolongée jusqu’en 2028. En tout cas, l’effort cumulé en faveur de la santé et de l’éducation atteint un niveau record : 140 milliards de dirhams, soit 21 milliards de plus qu’en 2025, et 27.000 postes budgétaires seront créés.
Dans la santé, les travaux du CHU Ibn Sina à Rabat et des centres universitaires d’Agadir et Laâyoune s’accélèrent, 90 hôpitaux et 1 600 centres de soins seront modernisés. Dans l’éducation, le préscolaire se généralise (4.800 nouvelles classes) et le programme «Écoles pionnières » s’étendra à 6.626 écoles primaires et 1.286 collèges.
Des réformes de fond pour la crédibilité budgétaire
La réforme de la Loi organique des finances s’annonce comme un tournant : une gestion axée sur les résultats, meilleure redevabilité, et territorialisation des politiques publiques. Le gouvernement compte aussi rationaliser les entreprises publiques, moderniser l’administration et réformer la justice, tout en préservant la soutenabilité.
Territoires, PME, classes moyennes
Le ton a changé : après les chiffres, le terrain. En présentant le projet de loi de finances 2026, Nadia Fettah, ministre de l’Economie et des Finances a placé les territoires, les ménages et les petites entreprises au cœur de la relance. Derrière les grands équilibres se dessine une ambition : un Maroc inclusif. Le gouvernement lance une nouvelle génération de programmes de développement territorial intégré conçus pour réduire les inégalités et revitaliser les zones rurales. Les centres ruraux émergents deviennent la pierre angulaire de cette stratégie : 36 sites pilotes seront aménagés en 2026 sur 542 pré-identifiés. Une gouvernance inédite est prévue : compte spécial du Trésor, critères fondés sur l’impact social et suivi numérique permettant aux citoyens de visualiser l’avancement des projets.
Ce recentrage territorial vise à rendre la croissance plus inclusive après une décennie dominée par les grands chantiers d’infrastructure. L’efficacité sera désormais mesurée à l’aune des résultats visibles dans la vie quotidienne. Dans le projet de loi de finances, les mesures sociales demeurent au cœur du budget. Le gouvernement maintient les subventions aux produits de base (14 milliards de dirhams), poursuit les aides directes et le programme de logement principal. Il compte déjà 68.000 familles bénéficiaires pour 5,6 milliards de dirhams mobilisés.
Nouvel étalon de mesure
Côté emploi, l’objectif du gouvernement est d’insérer 200.000 jeunes par la formation en alternance d’ici 2027 et d’ouvrir 27 nouveaux instituts de formation ainsi que trois Cités des métiers et des compétences.
Pour les TPE-PME, un appui de 2 milliards de dirhams est prévu pour accompagner la simplification administrative et facilité l’accès aux marchés publics. En fait, le PLF 2026 marque l’émergence d’un nouvel étalon de mesure pour l’action publique: la valeur sociale. Les dépenses seront évaluées selon leurs effets sur le terrain et non plus sur les montants engagés. Reste un défi de taille: comment contenir le déficit tout en finançant la montée en puissance de l’État social. Mais pour la ministre, la cohésion vaut autant que la discipline: «La soutenabilité ne se mesure pas seulement à l’équilibre des comptes, mais à la confiance qu’elle inspire», résume-t-elle.
Khadija MASMOUDI
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Auteur: Khadija MASMOUDI
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