Par : Omar Er-rouch
Marrakech – Déterminé à honorer ses engagements à l’international dans moult domaines, le Maroc a consenti des efforts considérables en matière de protection de l’enfance, à travers une politique publique intégrée visant à renforcer la protection des droits de cette frange de la société et la préserver contre toutes les formes de maltraitance.

Et pour preuve : cette politique volontariste a permis au Royaume de cumuler un ensemble d’acquis dans le domaine des réformes législatives, outre l’harmonisation des lois nationales avec les conventions internationales, notamment la Convention relative aux droits de l’enfant et la Convention du Conseil de l’Europe sur la protection des enfants contre l’exploitation et les abus sexuels, également appelée « la Convention de Lanzarote », ainsi que le développement de stratégies et programmes publics et la création de nouvelles structures pour la protection de l’enfance.

Néanmoins, malgré cet engagement indéfectible du Maroc et sa détermination à garantir à son enfance toutes les conditions du bien-être et de l’épanouissement personnel, plusieurs défis persistent et requièrent de ce fait, la fédération des efforts de l’ensemble des parties prenantes dans le cadre d’une approche intégrée et basée sur des résultats plausibles.

« Durant les deux dernières décennies, notre pays a réalisé des avancées importantes en matière de droits de l’enfant que le Maroc s’est engagé pleinement à respecter », a souligné la présidente de l’Association Al- Karam et membre du Conseil Économique, Social et Environnemental (CESE), Mme Karima Mkika, dans un entretien accordé à la MAP, à l’occasion de la célébration de la Journée internationale des enfants victimes de maltraitance.

Malgré ces efforts, trop d’enfants restent exposés à toutes formes de violences parfois, particulièrement extrêmes et ne trouvent aucun recours ni prise en charge si ce n’est celui de la société civile appuyée par les autorités publiques (….) », a déploré cette militante associative, appelant à agir avec tant de pragmatisme pour atteindre les réalisations escomptées.

« Pour y parvenir, nous avons émis plusieurs recommandations essentielles dans le cadre des travaux menés au sein du Conseil Economique, Social et Environnemental dont, la nécessité d’inscrire la politique publique intégrée de protection de l’enfance dans une loi-cadre, afin de lui garantir la continuité et la cohérence nécessaires et de redéfinir, clairement, les responsabilités et missions du département de la jeunesse et des sports en matière de protection de l’enfance », a-t-elle expliqué.

Dans le même sillage, Mme Mkika n’a pas manqué de plaider pour la mise en œuvre d’une politique judiciaire adaptée aux mineurs, à même de prévoir des mesures alternatives aux peines privatives de liberté et au placement en institution, la protection effective contre l’intimidation, outre l’adoption de sanctions lourdes contre les auteurs de violence et d’exploitation des enfants.

Au-delà des aspects réglementaires, c’est la prise en charge effective de l’enfant qui importe depuis l’accompagnement au sein des familles jusqu’à la prise en charge complète et multidimensionnelle intégrant les aspects psychologique, matériel, éducatif, sanitaire, culturel et, last but not least, affectif.

« Aujourd’hui, il est impératif et urgent de mettre en place un dispositif intégré et complet sur toute la chaine de protection de l’enfance », a souligné Mme Mkika, ajoutant que ce dispositif doit être piloté par les autorités publiques et s’appuyer sur l’expérience et la capacité d’action des acteurs de la société civile ayant fait leurs preuves et qui doivent être soutenus pour prendre une dimension nationale.

Dans ce sens, la présidente de l’Association Al Karam, a relevé que la société civile est « la locomotive » des progrès réalisés dans le domaine de la protection de l’enfance, en faisant participer toutes les ONGs travaillant sur l’enfance de manière à promouvoir la Convention des droits des enfants, la vulgariser et pouvoir interpeller les politiques publiques.

Cette mission, a-t-elle enchainé, s’appuie nécessairement sur les nouveaux rôles des organisations de la société civile en matière de plaidoyer politique et d’engagement du public, estimant que l’engagement de la société civile « demeure insuffisant face à la détresse des enfants maltraités ».

Dans le cadre des efforts consentis par la société civile dans ce domaine, Al Karam a procédé, récemment, au lancement, en partenariat avec l’ONG MekkiL’, du projet « Jamais sans mon alarme », une campagne qui se concentre sur l’amont, pour tenter de dissuader le passage à l’acte.

Le principe consiste à équiper chaque enfant d’un porte-clef alarme de poche d’autodéfense, un dispositif simple qui peut épargner des traumatismes et même sauver des vies.

En cas de danger, l’enfant pourra tirer sur le porte-clef et déclencher une sirène de 120 db, audible à plus de 600 mètres, avec pour objectif d’alerter l’entourage et de faire fuir l’agresseur mais surtout d’avoir à terme, un effet dissuasif et ainsi réduire le nombre d’agressions.

La première phase-test de cette opération a eu lieu, récemment, dans trois établissements primaires à Marrakech. « Nous avons ciblé le milieu scolaire parce que c’est un lieu propice, où la violence sévit et où, le cadre permet de mieux sensibiliser et éduquer les enfants face aux actes de violences et à leurs conséquences », a relevé Mme Mkika.

C’est une nouvelle brique qui s’ajoute à l’édifice dans l’attente d’un dispositif intégré et complet sur toute la chaine de protection de l’enfance pour faire face à un fléau qui prend en otage l’avenir d’enfants innocents qui ont besoin d’un coup de pouce pour réussir dans la vie.

Auteur: Meriem IGASS
Cliquez ici pour lire l’article depuis sa source.