Par Hédi Béhi – Dix ans après la révolution, la Tunisie n’arrive pas à retrouver ses marques, affligée comme elle l’est aujourd’hui d’une classe politique incompétente. Et dire qu’elle était un véritable vivier de cadres de haut niveau que les organisations internationales s’arrachaient. Souvenez-vous de Mongi Slim, premier président africain de l’Assemblée générale de l’ONU, qui avait failli devenir secrétaire général des Nations unies n’eût été la jalousie de Bourguiba, de Mohamed Ezzedine Mili, secrétaire général de l’Union internationale des télécommunications de 1965 à 1982, de Chédli Klibi, secrétaire général de la Ligue des Etats arabes pendant une dizaine d’années, et bien d’autres personnalités moins connues.
Depuis, la Tunisie n’arrive plus à placer ses candidats à la tête d’institutions internationales. Un haut cadre tunisien pourtant appuyé par son gouvernement avait brigué il y a quelques année le poste qu’avait occupé naguère son compatriote à la tête de l’UIT dans les années 70. Il recueillera une seule voix, la sienne. Quant aux institutions arabes basées en Tunisie, elles sont désormais dirigées par des non-Tunisiens.
L’historien Fethi El Yasir a publié il y a quelques années un livre sur les deux ans de gouvernance de la Troïka au début de la révolution qui porte le titre :
L’Etat des amateurs. Il compare l’équipe au pouvoir sous cette troïka à un vaisseau spatial dont le pilotage a été confié à un groupe qui, ignorant tout de cette tâche, s’est mis avec une frénésie juvénile à appuyer sur tous les boutons de commande à l’aveuglette jusqu’à la chute du vaisseau.
Cet amateurisme est particulièrement parlant dans la nouvelle classe politique.Nos élites on pris large.Ce qui a permis à une poignée d’exaltés de faire main basse sur le pays, le plongeant dans un abîme de désespoir. D’ailleurs,les Tunisiens sont témoins des frasques des députés grâce à la retransmission des séances plénières de l’Assemblée, transformée pour l’occasion en foire d’empoigne. Pour faire parler de lui, un groupuscule très proche d’Ennahdha s’est particulièrement distingué ces derniers temps par ses motions en veux-tu, en-voilà. Aujourd’hui, c’est la France qui est dans leur collimateur. Le texte bâclé et peu argumenté demande à la France de s’excuser auprès des Tunisiens pour les crimes commis contre le peuple tunisien.Heuresement que l’assemblée ne les a pas suivis.
Loin de moi l’idée de minorer les exactions commises lors de la période coloniale et même après comme le ratissage du Cap Bon où les troupes du général Garbay, le commandant en chef de l’armée d’occupation, ont commis des atrocités, notamment à Tazerka en 1952, mais aussi, la réaction disproportionnée de l’armée fançaise aux tentatives de récupérer de la base de Sidi Ahmed en 1961.
Mais comme l’a dit le président de République Kaïs Saïed : «Sur ces questions-là, on ne discute pas avec la France à coup de motions».Il faut tenir de la dictature de la géographie.Ce pays est notre voisin, notre premier partenaire économique et qui, au surplus, abrite plus d’un million de Tunisiens, sans compter les illégaux.
Quant à la colonisation de la Tunisie,il faut se mettre dans le contexte de la fin du 19 siècle où il n’était nullement question des droits des pays à disposer deux-mêmes. C’était une étape de l’histoire de l’humanité où tout était permis aux puissants comme s’il relevait de l’ordre naturel des choses.
Lorsque le 12 mai 1881 la colonne du général Bréart s’est présentée devant le palais du Bardo, le pays était en pleine déliquescence. Sans se faire prier, le bey régnant signa le traité du protectorat dans lindifférence générale.
La Tunisie était tout simplement colonisable. Le pouvoir n’était pas à prendre mais à ramasser.
Hédi Béhi
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