Quand on n’a que le rêve

Par Fatima Makdad

«Cette bougie ne brûle pas pour nous, mais pour tous ceux que nous n’avons pas pu faire sortir de prison, tous ceux qui ont été abattus avant d’être incarcérés, tous ceux qui ont été torturés, enlevés ou victimes d’une “disparition”. Voilà à quoi sert cette bougie».

Peter Benenson, fondateur d’Amnesty International

Mohamed Amine Benyoub, critique d’art et dramaturge, est l’un des artistes marocains qui ont eu le courage de puiser dans l’une des périodes les plus sombres du Maroc, les années du plomb. Son souci n’est autre qu’un cri pour mettre au claire l’abus et l’injustice de cette période. Carnaval est une œuvre théâtrale qui se veut une critique donnant une existence à un sens, à une marche en avant.

Mohamed Soufi, lauréat de l’ISADAC, jeune metteur en scène a décidé cette année 2019, de ne pas passer à côté des supplices que les rêveurs d’une réalité autre, que celle imposé par le Makhzen, ont subit.

Il n’y a pas de rencontres au hasard, il y a que des rendez-vous

Et si nous souhaitons refaire le monde régulièrement, nous devons obligatoirement voir la vie et les gens d’une manière singulière et ouverte afin d’aller la rencontre d’un univers sensible et bienveillant au rendez-vous.

Notre jeune metteur en scène a bien tendu les passerelles les conduisant vers ce rendez-vous, et l’interaction s’est opérée.

Si la richesse de l’interaction humaine est toujours instructive, l’interaction artistique est beaucoup plus retentissante, vibrante et parfois légendaire.

La pièce de théâtre «Carnaval» mise en scène par Mohamed Soufi a bien su nous emporter dans un univers où l’art et plus spécifiquement le théâtre considéré comme un carrefour prémonitoire entre délation du passé, enseignement au présent et préservation du futur.

Tout au long du spectacle, nous avons vécu une énergie qui ne fait pas de la scène une simple caisse de résonance d’un passé ténébreux du Maroc, mais d’un air où la joie, les rires enfantins, les danses, la musique, les anecdotes racontent les agissements de l’Etat et les méthodes de tortures (comme les insultes, l’asphyxie, les agressions psychologiques, les simulacres de noyade, et ce, dans le but d’arracher des aveux).

La mise en scène a confronté la réalité à l’imagination. Une réalité des prisons où la cellule est un espace trop sombre, où est la monotonie est la maitresse des lieux et où est le poids des années fait ravage. Une imagination ambitionne pour élever les âmes abattues au rang des inventeurs afin de créer des moments, quoiqu’ils sont fugitifs, mais décore leur quotidien d’une ivresse garantissant l’espoir de survie dans le chaos.

Cette quête d’un bonheur quasiment périssable se fait sentir dans le jeu et l’interprétation des comédiens ; ils sont à la fois confrontés à leur réalité amère et à leur rêve salvateur sinon libérateur.

Les comédiens Rachida Nait Balaid, Noureddine Saadane, Issameddine Mohrim se sont emparés de l’âme des personnages, pour montrer une force qui a su captiver notre souffle. Leur jeu raconte «la désolation et la solitude humaine dans leur totalité, leur intégralité» * selon les mots de Yoshi Oida.  dans son livre «L’acteur invisible».

Un regard subjectif certes, mais il est aussi le nôtre puisqu’il est une partie de notre histoire.

Le temps de l’œuvre est une fraction de notre temps le jour de la représentation et pourtant les artistes ont obligé le public à prendre conscience de ce qui se tramait dans l’horreur le temps de plus de trois décennies (les années 60- 90 du siècle dernier).

Carnaval encore une fois, confirme l’ambition de l’art et surtout du théâtre à participer, à son échelle, aux redressements des torts et des préjudices que les citoyens subissaient un moment donné de notre histoire.

Carnaval, cette nouvelle création 2019, à été présenté le 22/07/2018 à la salle Bahnini à Rabat par l’Association Nawrass d’Art et Culture avec le soutien du ministère de la culture et de la communication.

Auteur: M’hammed rahal
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