Après le fort taux d’abstention au référendum sur la révision constitutionnelle

L’issue du référendum sur la révision de la Constitution est inédite. Le projet a été, selon les constitutionnalistes, rejeté massivement par les électeurs qui ont exprimé leur défiance de manière implicite.
La question demeure posée. Et c’est le président Abdelmadjid Tebboune et son pouvoir qui doivent apporter des réponses… adéquates.
Ils sont, en effet, face à un sérieux dilemme. L’issue du référendum sur la révision de la Constitution est inédite. Le projet a été, selon les constitutionnalistes, rejeté massivement par les électeurs qui ont exprimé leur défiance de manière implicite.
Le taux d’abstention record n’est pas un fait anodin. Pour les observateurs de la scène nationale, il ne peut être considéré comme un acte d’indifférence de la part des citoyens qui ont choisi de tourner le dos aux urnes.
Et pour cause, il intervient dans un contexte caractérisé par un éveil de conscience politique chez les Algériens qui, depuis le 22 février 2019, revendiquent la mise en œuvre des articles 7 et 8 de la Constitution. Par la magie du hirak, les citoyens ont pris conscience qu’ils sont le véritable «pouvoir constituant».
Et ils ne veulent plus céder ce droit qui leur a été confisqué depuis l’indépendance. Ils veulent l’exercer pleinement, désormais. Le régime continuera-t-il à ignorer ce fait politique important ? S’accrochera-t-il à cette notion de la «légalité», mise déjà en avant par le président de l’Autorité nationale des élections (ANIE), Mohamed Charfi ?
Lors de sa conférence de presse organisée, lundi dernier, pour annoncer les résultats du référendum, le premier responsable de l’ANIE a affirmé «qu’aucun seuil de participation n’est fixé par la Constitution pour valider le projet». «Sur le plan légal et au plan de la Constitution, le projet est adopté», déclare-t-il, en mettant en avant les 66,80% des voix exprimées en faveur de la révision de la Loi fondamentale du pays.
Mohamed Charfi évite ainsi de s’aventurer sur la voie de l’analyse du comportement des 76% des électeurs qui ont boudé les urnes. Mais il donne déjà l’état d’esprit qui règne au sommet du pouvoir qui semble vouloir prendre en considération, seulement, le nombre de votants et marginaliser le reste.
Même si ce «reste» représente la majorité écrasante. C’est du moins ce que l’on peut déduire du communiqué de la présidence de la République, rendu public mardi, en l’absence du chef de l’Etat qui se trouve dans un hôpital en Allemagne.
«Les résultats sont à la hauteur de l’attente dans un contexte particulièrement contraignant, marqué par les mesures préventives de lutte contre le coronavirus (Covid-19)», explique la Présidence dans son communiqué, en s’attardant sur la «transparence du scrutin».
«Les résultats ont démontré que la transparence et la probité de ce scrutin ont été totales», précise la même source, en affirmant que le président Tebboune «a tenu ses engagements pour qu’enfin soit entamé le processus permettant l’expression libre et démocratique du peuple algérien sur tout ce qui concerne son destin».
Ainsi le pouvoir est déterminé, à moins d’un changement de dernière minute, à promulguer ce projet adopté par seulement une minorité. Seuls les thuriféraires du régime, partis, organisation et opposition organique, ont pris part à ce référendum.
Mais ils n’ont réussi à mobiliser que 23,7% des électeurs, soit moins de 6 millions de votants sur un corps électoral composé de 24 millions d’inscrits. Est-il politiquement correct de maintenir un tel texte ? Quelles seront les conséquences d’un tel entêtement à refuser de faire les vraies lectures des événements politiques qui surviennent dans le pays ?
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Auteur: Anis Khecheba
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