Comment oublier qu’il avait été fermé au public au tout début des années 90 ? On avait, alors, jugé tellement urgent de mettre à l’abri ministres, députés, sénateurs et autres personnalités dont on estimait la vie plus précieuse que celle d’une majorité, livrée aux assauts de terroristes investis dans les massacres à grande échelle.
Maintenant que l’on a décidé d’en rouvrir les portes au public, ceux qui n’ont pas forcément envie de se ruer sur les lieux devenus mythiques par la force des comportements qui leur ont été réservés, se demandent quand même ce qu’il reste du Club-des-Pins d’antan. Un site à la fois sobre, chic et populaire et, surtout, à la portée de qui voulait s’y rendre soit pour y piquer une tête, soit pour y déjeuner ou dîner entre amis ou en famille, soit pour y faire une simple balade en bord de mer ! Ils auront subi un apartheid que l’on aurait envie de décrire autrement mais qui, pourtant, n’en était pas moins un. Durant près de 30 ans, les Algériens ont été privés d’y pénétrer. Peu à peu, les lieux, privatisés, ont été interdits à ceux qui, selon un pouvoir qui avait décidé de le réserver à ses protégés, n’avaient rien à y faire. Pendant des années, pour ne pas dire depuis l’indépendance, on a raconté à tous les Algériens, ceux d’en haut et ceux d’en bas, que l’on travaillait pour eux. Pour leur permettre de jouir, enfin, d’une indépendance méritée.
Arrachée à coups de lourds sacrifices humains. En réalité, on a travaillé pour ceux d’en haut bien plus que pour ceux d’en bas. Même si on ne peut pas dire que ceux d’en bas aient été totalement abandonnés, il n’en demeure pas moins que les mises à l’écart ont augmenté au fur et à mesure que les mentalités ont mué, que les engagements ont abandonné les intérêts collectifs pour les individuels. Au fur et à mesure que se sont imposés les rapaces impossibles à dénombrer, au regard de l’allure à laquelle ils se sont multipliés. Au fil des ans, les Algériens, mis à l’écart, ont eu le temps de se construire un roman, autour d’une résidence, d’où transpiraient des anecdotes peu glorieuses. Il en faudra du temps pour restituer, au lieu, son ancien cachet.
M. B.
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