S’il est un fait certain, c’est que nous ne sommes pas tous égaux face au confinement, durant cette crise sanitaire mondiale. Pendant que certains essayent de tromper l’ennui, que d’autres se lancent dans des journaux de confinement racontant leur quotidien douillet, que beaucoup essayent, tant bien que mal, de gérer une situation compliquée par une surpopulation, enfermés dans des appartements exigus… il existe des milliers de personnes, dont le seul souci est de trouver un abri.
Les sans domicile fixe sont très certainement la population parmi les plus exposées au Covid-19 et les plus vulnérables quant aux conséquences de la maladie. Parmi eux, des femmes, des jeunes mères célibataires, des hommes, des jeunes garçons et des jeunes filles ayant abandonné ou n’ayant jamais été à l’école, des enfants et des bébés, des personnes vieillissantes, souvent avec des maladies chroniques… Il est certainement très difficile de faire une estimation exacte de leur nombre, beaucoup d’entre eux n’ont même pas de papiers d’identité.
Si le Haut commissariat au plan, avait estimé leur nombre à quelque 7200 sans-abri, dont 250 enfants, selon les données issues du Recensement général de la population de l’habitat de 2014, le chiffre est reçu avec beaucoup de circonspection par la société civile et les acteurs sur le terrain.
Ces derniers estiment, en effet, entre 30.000 et 50.000, uniquement les enfants dans les rues, tandis que la seule ville de Tanger recense quelque 8.000 SDF adultes et enfants, locaux et migrants sur son territoire. Une population, touchée de plein fouet par l’instauration des mesures de confinement sanitaire et qu’il faut mettre d’urgence à l’abri.
«Si nous voulons vraiment dépasser ce cap et vaincre cette pandémie, il faut qu’il n’y ait plus une seule personne dans la rue», martèle Hind Laidi, présidente et fondatrice de «Jood pour la dignité des sans-abri». L’association se bat chaque jour depuis 2015 offrant d’abord des repas chauds, des vêtements, des couvertures, voire des médicaments aux pauvres miséreux de la rue citadine, mais également en accompagnant ces sans-abris dans leur prise de conscience d’une possibilité de réinsertion sociale.
A Casablanca, El Jadida, Marrakech, Tanger, les 3.600 bénévoles de l’association organisent des maraudes, distribuent des repas chauds, des vêtements, des couvertures… L’association aide également à l’insertion des familles vivant dans la rue. Prise de court par la décision du confinement obligatoire depuis le 20 mars, l’association a été obligée de suspendre les maraudes. Mais c’est sans compter avec l’obstination de la présidente et des membres de l’association.
«Nous avons essayé de parer au plus urgent. Nous avons tenté d’envoyer directement de l’argent aux sans-abris, mais nous nous sommes rendu compte très vite que tant qu’il y aura des personnes dans la rue, le virus continuera à circuler. Tant que le dernier Marocain n’est pas protégé, nos continuerons», affirme Hind Laidi. Depuis, l’association essaye de parer au plus urgent. «Nous essayons de nous organiser, nous travaillons d’une manière très artisanale, mais on se surpasse et on gère. On ne compte ni notre temps, ni nos moyens», précise-t-elle.
Depuis les bénévoles s’organisent en établissant des listes de sorties de la rue et redoublent d’ingéniosité. Contacté par Mohamed Sajid, l’un des chefs les plus réputés de la capitale économique, un challenge est lancé sur les réseaux sociaux pour mobiliser les chefs cuisiniers.
«Chef for good, chef for jood » est lancé et a réussi à fédérer plus de 54 chefs qui reçoivent des denrées et qui cuisinent quotidiennement, chez eux ou dans leurs établissements, des repas chauds, qui sont livrés dans plusieurs centres d’accueils ouverts depuis par plusieurs préfectures.
Des écoles, des centres sportifs ou sociaux culturels, qui ne sont pas toujours équipés. «Jood pour la dignité des sans-abri» met également à disposition des sanitaires mobiles au besoin, livre des vêtements neufs pour les pensionnaires, des gels désinfectants, des couvertures…
Pour la seule ville de Casablanca, quelque 350 repas sont ainsi livrés chaque jour. A Tanger, c’est une pension entière qui a été privatisée pour accueillir des sans-abris, alors que quelque 500 familles qui ont été réinsérées reçoivent une dotation de 1.000 DH.
Soutenir Jood
Bien que l’association ait remarqué que le nombre des sans-abris a sensiblement diminué, «un certain nombre d’entre eux, face à la gravité de la situation, se sont réconciliés avec leurs familles et y sont hébergés», il n’en reste pas moins que beaucoup vivent encore, dehors, dans la plus grande précarité. Les membres de l’association s’activent pour placer le plus grand nombre possible dans les jours à venir. Une urgence qui ne peut se résoudre sans un élan de générosité qu’implique le devoir national en pareille situation. Hind Laidi exhorte les citoyens, les entreprises et les fournisseurs à soutenir cette action «par des aides en direct ou même des ventes de matières premières, à moindre coût», précise-t-elle. Les coordonnées de l’association sont, par ailleurs, visibles sur la page facebook de l’association.
Amine BOUSHABA
Auteur: hlafriqi
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