
«L’impact du renchérissement des inputs sur la rentabilité des entreprises sera différencié en 2022 et dépendra de leur capacité à imposer une hausse de leurs prix de vente par branche d’activité, dans un contexte de faible dynamique de la demande intérieure».
Après une période de fortes tensions sur la trésorerie des entreprises en 2020, celles-ci retrouvent un nouveau souffle en 2021. «La situation financière des entreprises s’est améliorée, et en conséquence les impôts collectés, basés sur l’exercice 2021, ont bondi. L’investissement des entreprises non financières s’est également redressé en 2021, bien qu’étant inférieur de 11% à celui réalisé en 2019 pour les produits industriels. La question centrale serait de savoir si la reprise de la FBCF est durable ou si de nouveaux facteurs empêchent une poursuite du redressement de l’investissement, notamment celui des entreprises», indique une analyse publiée par le HCP sur la contribution aux travaux préparatoires du budget économique prévisionnel 2023 intitulée «Investissement des entreprises : quelles perspectives pour 2022-2023 ?». Ce document décrypte également les méfaits de la conjoncture inflationniste et les difficultés auxquelles font face les entreprises en se basant sur les différentes notes de conjoncture du HCP. «Les entreprises sont confrontées depuis le deuxième semestre 2021 à des difficultés d’approvisionnement. Dans l’industrie manufacturière, 65% des entreprises ont déclaré à la mi-2022 que les problèmes d’approvisionnement constituent un frein à l’augmentation de leur production, au lieu de 15% à fin 2019. Les industries métalliques, mécaniques, électriques, électroniques et les industries des matériaux de construction sont les plus affectées», relève ladite analyse. Il en ressort également que les entreprises font face à l’insuffisance de la demande, en particulier les industries manufacturières où le taux des entreprises confrontées à ce problème est passé de 27% en 2019 à 45,7% à la mi-2022. Cette analyse dévoile également l’effet de la conjoncture mondiale affirmant que les perspectives d’un basculement vers une nouvelle récession mondiale en 2023 pèseraient sur les débouchés extérieurs et amortiraient la reprise de l’activité. «Les entreprises seraient plus prudentes en matière d’investissement, de façon à redresser leur situation financière interne afin d’être moins dépendantes des financements bancaires au moment où elles sont appelées à rembourser leurs dettes contractées dans le cadre des programmes de prêts garantis et de relance mis en place en période post-Covid. A cela s’ajoutent les effets du resserrement de la politique monétaire de nature à pousser les banques à durcir leurs conditions d’octroi des crédits. Les entreprises seraient de nouveau confrontées au frein de financement pour le développement de leurs activités, sur fond d’un retournement à la hausse des taux d’intérêt», argumente la même source. Parallèlement, les entreprises subissent aussi, selon la même source, les effets de l’inflation sur leurs coûts de production dans le sillage de l’augmentation des prix des matières premières importées amorcée à la mi-2021. «Sur l’ensemble de l’année 2021, leurs inputs intermédiaires se sont renchéris de 6,7%, en variation annuelle, au lieu d’une baisse de 0,6%, en moyenne, par an au cours de la période 2014-2020. Cette ascension avait marqué l’ensemble des branches d’activité. Toutefois, les entreprises étaient moins nombreuses à répercuter totalement ce choc inflationniste sur les prix de vente en 2021, sauf dans l’industrie chimique et les activités commerciales. En décomposant par catégorie, le choc des prix pénalise davantage les structures vulnérables dans les industries manufacturières, notamment les très petites entreprises, confrontées à une hausse des prix de leurs intrants de près de 7%, au lieu de +3,2% seulement pour les grandes entreprises», fait remarquer cette analyse. Et de poursuivre : «L’impact du renchérissement des inputs sur la rentabilité des entreprises sera différencié en 2022 et dépendra de leur capacité à imposer une hausse de leurs prix de vente par branche d’activité, dans un contexte de faible dynamique de la demande intérieure». Par branche d’activité, il s’avère que si les entreprises répercutent 25% de leurs charges financières, liées à la hausse des prix de leurs inputs, les branches des industries du textile et de la fabrication du bois seraient les seules qui verraient le taux de leurs marges s’améliorer de 1 à 2 points en 2022 alors que les autres branches connaîtraient une baisse de leurs marges par rapport à 2021. Le même document explique qu’en contrepartie, «une transmission totale du choc inflationniste sur les inputs aux prix de vente permettrait d’améliorer la rentabilité des branches industrielles et limiterait la baisse des marges pour les services» ajoutant que l’application des augmentations salariales dans le cadre du dialogue social prévu en cours de 2022 renforcerait encore la réduction des marges comparativement à 2021. Ainsi, cette analyse anticipe une faible croissance de l’investissement des entreprises en 2023 en raison de plusieurs facteurs économiques et financiers. Et de conclure : «Cela renforcera le déficit de l’accumulation de capital physique enregistré pendant la période 2016-2020 et pèsera sur la dynamique de la croissance économique sur le moyen terme. Si la crise inflationniste s’accentue et fait perdurer la récession, les défaillances des entreprises seront encore plus fortes. L’impact sur l’emploi, l’investissement et les impôts sera perceptible avec plus d’acuité à partir de 2023».
Auteur: Ouchagour Leila
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