Des écrivains à l’heure du Covid-19

Devenir en l’espace d’un temps spectateurs impuissants à l’annonce de cette crise sanitaire, voilà ma première pensée ! La vie me parait subitement si fragile et à la fois si puissante, nous reliant tous les uns aux autres, en un instant.

Subitement nous
nous rappelons cela : qu’il faut être lié les uns les autres pour
survivre. Un mot m’apparaît alors comme une
évidence : l’interdépendance, une nécessité absolue d’être altruiste pour
survivre. Comment réapprendre le silence et l’immobilité liés à ce confinement? Il
y a des évènements qui nous transforment plus que d’autres car ils disent de
nous quelque chose de plus profond, ils révèlent cette part d’indicible. Des lieux
entremêlant passé, présent et futur qui ont cette capacité de nous faire
revenir à nous en un instant. Revenir à sa part d’humanité.  C’est cela que je recherche tous les jours
dans mon écriture.

L’écriture me paraît au départ comme une fuite, s’imposant ainsi
comme un refuge. Petit à petit l’écriture, la création, me parait comme un
hommage à la Vie, une forme de résistance de ces temps incertains et violents. L’agitation
de toutes nos émotions est palpable, nous guettons chacun d’entre nous cette lumière,
remplissant chaque jour nos âmes de sourires éternels. Les sourires de ces âmes
invisibles en d’autres temps. Nous sommes projetés en un instant hors temps,
l’insaisissable s’emparant de nous : les hommes planifient, construisent,
oubliant l’essentiel… L’homme qui écrit, réfléchit à comment rester serein,
cherchant à transformer ses inquiétudes en voyage intérieur.

C’est mon cas
aujourd’hui, vivre, écrire dans cette brutalité la plus douce, les mots déposés
dans cette frénésie de l’attente agissant comme rempart. Nous nous posons les
mêmes questions partout dans le monde : cette crise, ce virus est-il un
avertissement, un rappel, un signal voire même un message mais lequel ? La peur
de la maladie nous faisant ressortir les choses les plus primaires de nous-mêmes, cultivant altruisme, partage et
compassion.

La peur de la
maladie à cette faculté de nous isoler tout en nous réunissant tous. Les
premiers temps, je me suis sentie un peu bousculée dans mon quotidien car je
suis de ceux qu’on appelle les blouses blanches, de ceux qui sont passés
d’invisibles à héros.  Mon planning prend
soudainement l’aspect de celui d’un ministre me dira-t-on, mais sans le
salaire. Les heures s’accumulent jour après jour, la fatigue aussi. Il y a donc
le temps des confinés et des autres imposant de la même manière rigueur, endurance
et solitude. Le mental est mis à rude épreuve, combien de temps cela va
durer ? Les applaudissements de 20h n’arrivent pas à me consoler chaque
jour des pertes humaines.

Dans mon
quotidien de blouses blanches, le lieu dans lequel je suis affectée prend des
allures de cellule de crise tous les jours. Du personnel soignant à suivre, à
écouter, à dépister et redéployer ce personnel dans les différents services
d’un hôpital de l’ouest parisien. Le temps persiste, se
ressent intensément pour nous permettre à tous de toucher la vie chaque jour
d’un peu plus près.  Pour les blouses
blanches où le respect du confinement est devenu vital, on compte les jours
mais aussi les morts parmi nous. Cette crise aura eu raison des plus fragiles. Nos
émotions, nos peurs suspendues, ressemblent à la voix d’une femme qui répète
sans cesse : respire, laisse, libère…

Comme pour nous
rappeler que le cycle de la vie nécessite un lâcher prise même celui du temps. Être
capable de ce temps contemplatif, d’en faire un temps de création, de
construction de valeurs plus solides et plus authentiques. Il y aura le
déconfinement politique dans chaque pays, chaque région. De plus, il y aura celui de l’esprit propre à chacun
d’entre nous.  Celui-ci prendra plus de
temps laissant parfois plus de séquelles. Chaque jour ma blouse blanche laisse
la place à ma plume, le soir le plus souvent, après une séance de méditation.

C’est aussi le
moment où je prends des nouvelles de ma famille et mes amis. Parfois
enregistrant de la poésie pour des médias, participant à des ateliers
d’écriture à distance, et continuant l’écriture d’un autre roman. Un roman bien
loin du thème du COVID-19. Mes deux garçons
ayant pris pour habitude de m’entourer de baisers, ont instauré d’autres
rituels comme pour s’assurer de ma présence.

Chaque matin, je
pense à ceux qui sont partis subitement laissant
des âmes esseulées mais aussi des souvenirs comme des étoiles de vie.  Aujourd’hui, il est opportun de faire,
d’aider, de vivre intensément comme l’amour n’a d’exigence que l’instant. Sortir
de ce confinement, c’est aussi s’engager et être capable d’en extraire des
leçons collectives. Le ciel n’est pas sans mémoire, nos vies l’emplissent de
notre courage intense et de notre humanité. Il n’y aura pas de nouveau monde,
il y aura celui-ci, à réinventer chaque jour face à l’adversité même invisible.
Alors vivons et aimons.

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Auteur: M’hammed rahal
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