Le phénomène est exacerbé en milieu rural, où le taux de NEET atteint 35,4% contre 32,6% en milieu urbain.
Profil statistique : Le Haut-Commissariat au Plan (HCP) vient de rendre public un rapport analytique sur les jeunes NEET au Maroc. Aujourd’hui, 2,9 millions de jeunes marocains âgés de 15 à 29 ans ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation. Derrière ce chiffre global, le rapport met en évidence des fractures profondes: près de 72 % des NEET sont des femmes, tandis que près de trois sur quatre ne disposent d’aucun diplôme qualifiant.
Le Haut-Commissariat au Plan (HCP) vient de publier un rapport analytique sur les jeunes NEET (ni en emploi, ni en études, ni en formation) au Maroc. Le document intitulé «Profil statistique des jeunes NEET au Maroc: analyse, déterminants et implications» mis en œuvre par l’Organisation internationale du travail (OIT) avec le soutien financier de l’Union européenne, propose un diagnostic approfondi de ce phénomène, en s’appuyant sur une analyse riche des enquêtes nationales sur l’emploi (ENE) de 2017, 2022 et 2023, complétée par une modélisation économétrique de ses déterminants. Les statistiques officielles révèlent une situation alarmante et durable: en 2023, le Maroc comptait 1,5 million de jeunes NEET âgés de 15 à 24 ans, soit un jeune sur quatre (25,6%, en référence à la population totale des 15-24 ans). En élargissant la focale, ce sont 2,9 millions de jeunes de 15 à 29 ans qui se trouvent en marge du système éducatif et du marché du travail, indique le rapport.
Les femmes représentent plus de 72% de l’ensemble des NEET
L’analyse menée dans ce rapport met en lumière quatre constats. A commencer par une inégalité de genre massive. Le statut de NEET est avant tout une réalité féminine. En 2023, le taux de NEET chez les femmes de 15 à 29 ans s’élevait à 49,1%, contre seulement 18,5% chez les hommes du même âge. Les femmes représentent plus de 72% de l’ensemble des NEET (15-29 ans, 2023) et leur probabilité d’être NEET est près de trois fois supérieure à celle des hommes. Le HCP précise que cette disparité est le reflet de la structure même du groupe NEET qui est composé à près de 70% d’inactifs. Au sein de ces inactifs, les femmes au foyer constituent la quasi-totalité des effectifs. L ’analyse économétrique confirme que l’éducation est le plus puissant rempart contre l’inactivité. Un diplôme supérieur réduit drastiquement le risque d’exclusion pour les jeunes femmes. Cela dit, pour les jeunes qui cherchent activement un emploi, un diplôme (notamment de la formation professionnelle) augmente significativement le risque de se retrouver au chômage de longue durée. «Le diplôme crée des aspirations que le marché du travail ne parvient pas à satisfaire, transformant la recherche d’emploi en une «trappe» de précarité» indique le rapport. L’effet protecteur du diplôme est conditionné par la capacité d’absorption de l’économie. Il appelle donc à des politiques actives agissant sur la demande, telles que les stages subventionnés ou les incitations fiscales à l’embauche des jeunes diplômés. Par ailleurs, le mariage et la présence d’enfants en bas âge sont des déterminants majeurs qui augmentent massivement la probabilité pour les jeunes femmes de basculer dans l’inactivité. Le risque d’être NEET explose après 24 ans, passant de 25,6% pour les 15-24 ans à 50,2% pour les 25-29 ans. L’autre constat qui ressort de ce rapport est que le phénomène est exacerbé en milieu rural, où le taux de NEET atteint 35,4% contre 32,6% en milieu urbain. Cet écart reflète les inégalités structurelles en matière d’accès à une éducation de qualité, à des formations qualifiantes et à des opportunités d’emploi décent, pénalisant durablement les jeunes issus des zones rurales. Ce diagnostic quantitatif révèle une situation alarmante. Le phénomène NEET au Maroc est un problème de structure, caractérisé par des inégalités profondes et persistantes liées à l’âge, au genre et au territoire.
76% des jeunes NEET n’ont pas de diplôme qualifiant
Le rapport révèle que plus des trois quarts (76%) des jeunes NEET n’ont pas de diplôme qualifiant. Ce chiffre massif se décompose en 31,3% de jeunes n’ayant aucun diplôme et 44,7% n’ayant pas dépassé le cycle secondaire collégial. Au total, ce sont plus de 2,2 millions de jeunes NEET qui se présentent sur le marché du travail ou dans la vie adulte sans les compétences certifiées minimales requises pour une insertion durable. À l’opposé, le diplôme de l’enseignement supérieur agit comme un bouclier puissant, bien que non infaillible. Les titulaires d’un diplôme de niveau supérieur ne représentent que 8,8% de l’ensemble de la population NEET. Ce contraste radical souligne le rendement de l’éducation comme principal rempart contre l’exclusion. En analysant le taux des NEET par niveau d’étude sur la période 2017-2023, on s’aperçoit que la situation des jeunes sans diplôme s’est aggravée au fil des ans, avec un taux de NEET passant de 53,9% en 2017 à près de 61% en 2023. D’où l’importance de lutter contre le décrochage scolaire. La forte concentration de NEET parmi les non-diplômés et les faibles niveaux d’instruction fait de la prévention de l’abandon scolaire précoce le levier d’action le plus fondamental et le plus rentable sur le long terme. Au-delà de la simple scolarisation, la qualité des apprentissages et l’acquisition de compétences certifiées et reconnues par le marché du travail sont cruciales pour que l’éducation joue pleinement son rôle de protection. Pour les millions de jeunes déjà sortis du système sans qualification, le renforcement et la généralisation de dispositifs de formation qualifiante et de remise à niveau sont indispensables pour briser le cercle vicieux de l’exclusion.
Profils sociodémographiques des jeunes NEET
Le rapport examine les profils sociodémographiques des trois principaux sous-groupes des jeunes NEET, à savoir : le chômeur de longue durée la femme au foyer et l’inactif pour des raisons de santé. Ainsi, le chômeur de longue durée, est un jeune homme (58,1%), âgé de 25 à 29 ans (60,5%), vivant en milieu urbain (65,2%) et possédant un niveau d’éducation secondaire (61,3%). Il ne s’agit pas d’un décrocheur précoce, mais plutôt d’un jeune qui a investi dans son capital humain sans parvenir à le valoriser sur le marché du travail. Sa problématique est celle de l’inadéquation des qualifications, du manque d’opportunités d’emploi décent et des défaillances des mécanismes d’intermédiation. S’agissant de la femme au foyer inactive, le profil dominant est celui d’une jeune femme de 25 à 29 ans (61,3%), dont la probabilité d’être NEET est fortement corrélée à un très faible niveau d’éducation (58,2% n’ont pas dépassé le primaire). Les contraintes sociales et familiales, à savoir le mariage et les tâches domestiques, sont souvent la principale raison de leur inactivité. Le profil de l’inactif pour raison de santé ou handicap se caractérise par sa jeunesse (51,7% ont entre 15 et 24 ans) et surtout par un niveau d’éducation extrêmement bas (71,3% n’ont pas dépassé le primaire). Ces jeunes subissent une «double peine» : une barrière liée à leur état de santé ou à leur handicap se superpose à un manque criant de qualifications, rendant leur insertion particulièrement complexe.
Recommandations
Trois pistes sont proposées pour lutter contre ce phénomène. Il est tout d’abord impératif d’intensifier la lutte contre le décrochage scolaire, en particulier celui des filles en milieu rural, via des programmes de soutien ciblés (transport, internats, bourses). Parallèlement, il est crucial de mettre en place un système d’orientation précoce et connecté aux réalités du marché du travail pour éviter d’orienter les jeunes vers des filières sans débouchés et de multiplier les parcours de «seconde chance» pour les décrocheurs. Pour les chômeurs diplômés, l’accent doit être mis sur des passerelles vers l’emploi qualifié (intermédiation renforcée de l’Anapec, stages de pré-embauche, soutien à l’entrepreneuriat à forte valeur ajoutée). Pour les femmes inactives, les leviers d’action doivent viser l’autonomisation : développement de solutions de garde d’enfants accessibles, formations qualifiantes de base adaptées aux contextes locaux, et soutien à la création d’activités génératrices de revenus. La réussite de ces actions dépend d’une coordination interministérielle efficace, pilotée au plus haut niveau, pour garantir la cohérence des interventions. Elle nécessite également une territorialisation des dispositifs, en renforçant le rôle des régions pour adapter les politiques aux spécificités locales, et en développant des plateformes de services de proximité («guichets uniques») pour atteindre les jeunes les plus vulnérables.
Auteur: Laila Zerrour
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