
Saïd Salhi, vice-président de la LADDH : «Les poursuites sélectives sont une diversion»
«Au moment où nous avons applaudi la vague de libération des magistrats et du bâtonnat vers une justice indépendante et équitable, la voici encore dangereusement instrumentalisée dans une guerre des clans au sein du système, alors que notre révolution revendique clairement le départ de tout le système en dehors d’une transition clanique dans le même système. Les poursuites sélectives sont une diversion pour diviser, ou à défaut dévier la révolution de sa trajectoire pacifique et résolue pour le changement. Restons sereins, unis et surtout pacifiques. Le 10e vendredi sera un autre rendez-vous avec l’histoire. Notre révolution se poursuit.»
Mohamed Adimi, porte-parole de Talaie El Hourriyet : «Le plus urgent est de régler le problème du pouvoir»
«Aujourd’hui, le plus urgent est de régler le problème du pouvoir lui-même, et de répondre à l’appel du mouvement populaire (hirak), alors que Abdelkader Bensalah continue toujours à gérer le pays. Ensuite, nous irons vers le jugement des personnes corrompues. Mais la justice ne devrait pas être sélective, ni revancharde. Nous avons, nous-mêmes, beaucoup souffert du système politique. Il faut bannir tout esprit revanchard.
Nous devons d’abord bâtir un Etat de droit et des libertés, qui passera par une véritable transition. Celle-ci ne peut pas se faire avec Bensalah et les résidus du pouvoir. Dans un Etat de droit, seule une justice indépendante pourrait juger les personnes corrompues. Je rappelle que le peuple réclame que la justice s’attaque à des responsables qui sont en sommet de la pyramide. Par exemple, Saïd Bouteflika qui a confisqué le cachet de l’Etat pendant au moins sept ans alors que son frère est malade.»
Djelloul Djoudi, député du PT : «La justice ne doit pas subir de pressions»
«La lutte contre la corruption est l’un des combats du PT depuis plusieurs années. Nous sommes favorables à ce que tous ceux qui ont siphonné les fonds publics et ceux qui ont bénéficié de choses indues soient poursuivis en justice. Quand on parle de corruption, il y a aussi des lois sur mesure, votées par l’APN, telles que la loi sur l’investissement et certaines dispositions des lois de finances, qui ont profité aux oligarques. Nous sommes dans un processus révolutionnaire depuis le 22 février.
Le peuple veut le départ du système avec ses symboles. C’est la première des revendications du peuple. Nous aspirons à un Etat de droit, qui va consacrer l’indépendance de la justice et la séparation des pouvoirs. C’est dans ce cadre que tous les symboles du système doivent être jugés sur un pied d’égalité et dans le respect de la présomption d’innocence.
La justice doit faite son travail sereinement. La conscience du juge sera la loi et ne doit pas subir des pressions. Ceci dit, nous sommes inquiets que la mise en branle de la justice ne dévie les Algériens de l’objectif essentiel de la révolution, à savoir le départ de toutes les figures du pouvoir.»
Zoubida Assoul, présidente de l’UCP : «La justice ne doit pas subir la pression d’agenda politique»
«Le peuple est sorti dans la rue pour réclamer une période de transition, et a refusé le processus électoral tel que proposé dans l’agenda du pouvoir. En tant que politique, la priorité est de régler le problème de l’impasse et la légitimité politiques. Après neuf semaines de manifestations pacifiques, on s’attendait à ce que tous les ‘‘B’’ partent. Or, aujourd’hui, on assiste à une mise en branle de la justice. Cela me choque que la justice puisse travailler sous injonctions. Le citoyen veut que la justice soit indépendante et qu’elle ne travaille plus sous injonctions de qui que ce soit. Ni de Bouteflika, qui est parti, ni de l’armée.
La justice doit d’abord faire sa mue. Il faut attendre un autre pouvoir, qui dirigera la transition, et qui va montrer sa feuille de route relative à la réforme de la justice et le renforcement de son indépendance. Si la justice doit traquer les gens qui ont commis des infractions punies par la loi, elle doit le faire dans la sérénité, encore moins si c’est une manœuvre pour détourner les citoyens des vraies revendications politiques.
Aujourd’hui, on a l’impression que ce sont des règlements de comptes entre les clans du pouvoir. Vis-à-vis de nos partenaires étrangers, mettre des hommes d’affaires en prison n’est pas un bon signe, d’autant plus qu’il y a de nombreuses entreprises qui font nourrir des milliers, voire des dizaines de milliers de familles. Ce n’est peut-être pas le moment de parler de cela. Même s’ils ont commis des infractions, le code pénal permet des procédures, comme le contrôle judiciaire, pour essayer de faire toute la lumière sur ces affaires. Moi, je me méfie toujours des opérations spectaculaires. La justice ne doit pas subir la pression de la rue ou d’agenda politique.»
Samir Bouakouir, ancien porte-parole du FFS : «Rebrab est un justiciable comme les autres»
«Rebrab est un justiciable comme les autres. S’il est coupable de faits délictueux, il en répondra devant une justice indépendante, celle d’un Etat de droit à construire, et non devant une justice aux ordres, instrumentalisée par un Gaïd Salah, loin d’être au-dessus de tout soupçon, pour régler ses comptes avec ses adversaires, dont le supposé parrain de Rebrab, Mohamed Mediène, dit Toufik.
Ceux qui se solidarisent, exclusivement par esprit communautaire, avec Rebrab parce qu’il est Kabyle ou ceux qui le condamnent pour cette même raison par antikabylisme primaire ne font qu’attiser les passions et nourrir les divisions entre les Algériennes et les Algériens. Ils font, les uns comme les autres, le jeu d’un système militaro-policier, certes ébranlé mais disposant encore de quelques ressources pour tenter de se régénérer.»
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Auteur: Hicham Chouadria
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