Au cours du 1er trimestre 2026, les recettes fiscales ont globalement progressé, malgré la baisse graduelle du « taux normal » de l’IS (22,75% en 2025 et 20% en 2026). Une lecture analytique permet un regard critique.
A fin mars 2026, les recettes fiscales ont globalement atteint un montant de 114,18 Milliards de dirhams (MMDH) dont 43,04 % de recettes provenant des impôts indirects (II), y compris les droits de douane et les droits d’enregistrement et de timbre (DET), et 56,96% provenant des impôts directs (ID). C’est une bonne nouvelle, car auparavant, les II étaient constamment supérieurs aux ID. Une situation qui était contraire à l’esprit et à la lettre de l’article 39 de la Constitution qui consacre les principes fondamentaux de légalité de l’impôt et d’équité fiscale.
Dans le détail, c’est l’impôt sur les sociétés (IS) qui est en tête avec des recettes d’un montant de 44, 90 MMDH (à fin mars 2026), avec une hausse de + 21,9%, par rapport au premier trimestre 2025. C’est une hausse exceptionnelle, malgré la baisse graduelle du « taux normal » de l’IS, pour passer de 31%, en 2022, à 20%, en 2026. L’explication principale ne peut être que l’amélioration de la gestion technique et administrative de l’impôt. C’est surtout le cas du système de contrôle fiscal qui est devenu plus performant et donc plus dissuasif. En 2ème position, figurent les recettes TVA, avec un montant de 27,80 MMDH dont 49,17% pour la TVA à l’intérieur et 50,83% pour la TVA à l’import. C’est donc presque fifty-fifty. En 3ème position, l’IR, avec un montant de recettes de presque 19 MMDH. Le taux de réalisation est de 29,4%. C’est un bon signe pour un impôt dont les recettes sont assez régulières, provenant néanmoins principalement de la retenue à la source sur les revenus salariaux. Toutefois, la baisse est de – 9,7%. Pourquoi ?
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D’après la Trésorerie Générale du Royaume (TGR), dans son «bulletin mensuel», les recettes de l’IR, à fin mars 2026, ont enregistré une baisse de – 9,7% par rapport à leur niveau à fin mars 2025 (18.996 MDH contre 21.028 MDH), soit -2.032 MDH. Cette évolution s’explique par le fait que les recettes de l’IR à fin mars 2025 comprennent un montant de 3,8 MMDH provenant de l’opération de régularisation volontaire de la situation fiscale du contribuable, mesure instituée par la loi de finances pour l’année 2024. Les recettes de l’IR prélevé par la Direction des Dépenses de Personnel ont enregistré une augmentation de 7,4%. En 4ème position, la Taxe intérieure à la consommation (TIC) a rapporté 9,34 MMDH dont 60,69% pour les produits énergétiques et 32,43% pour les tabacs manufacturés. La hausse, par rapport au 1er trimestre 2025, a été respectivement de + 26,6% et de + 9,7%.
Les vieux impôts que sont les droits d’enregistrement et de timbre (DET), en 5ème position, ont rapporté des recettes d’un montant de 8,28 MMDH, avec une progression de + 9,6%. Un bon signe pour le secteur immobilier, «secteur locomotive» pour l’économie. Enfin, les droits de douane (DD) arrivent en 6ème position, avec 3,72 MMDH, et une petite baisse de – 2,1%, par rapport au 1er trimestre 2025, traduisant ainsi une tendance inverse à celle préconisée par un D. Trump, nouveau Jésus autoproclamé.
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Dans ce tableau, ce qui attire l’attention, ce sont les recettes TVA à l’import, en particulier celles spécifiques aux produits énergétiques. Les recettes provenant de la TVA à l’import (tous produits confondus) ont atteint, à fin mars 2026, un montant de 14,13 MMDH, soit une hausse de 3,3% par rapport au 1er trimestre 2025. Spécifiquement, les recettes TVA à l’import sur les produits énergétiques, à fin mars 2026, n’ont réalisé qu’une modeste progression de 0,5%. Or, le bombardement unilatéral des Etats Unis d’Amérique et d’Israël contre l’Iran a eu lieu le 28 février 2026. Et quelques jours après, les prix du gasoil et de l’essence ont commencé à augmenter à l’intérieur. Comment se fait-il que la hausse des prix des produits pétroliers sur le marché international n’apparait pas au niveau des recettes TVA relatives aux importations de ces produits, puisque la hausse des recettes TVA sur ces mêmes produits n’a été que de + 0,5% (???).
Quant aux recettes de la TIC sur les produits énergétiques, calculées sur le volume importé et non sur le prix, elles ont connu une hausse de + 26,6% par rapport au 1er trimestre 2025. Logiquement, cela veut dire que, au 1er trimestre 2026, les produits pétroliers importés ont été achetés à un prix inférieur à celui en cours au 1er trimestre 2025. Ainsi, le bombardement de l’Iran a été suivi par un «bombardement des poches des citoyens». Les chiffres le confirment.
Auteur: Mohamed Amine
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