Invité à s’exprimer sur plusieurs aspects de l’actualité politique, le professeur des sciences politiques à l’université d’Alger, Redouane Bouhidel, a estimé que la persistance à garder le gouvernement Bedoui, dont l’avènement est intervenu en des circonstances particulières, est «vaine», même si le texte fondamental ne prévoit pas d’autres cas de figure, si celui-ci venait à partir.

Au cours de son passage à la chaîne I, de la radio nationale, le politologue s’est montré également sceptique sur la suite qui pourrait découler de ce départ, car, selon lui, «il y a une différence entre le vide constitutionnel et la période de transition», et évoqué à cette occasion la dynamique des revendications populaires. 

Il dira à ce propos que celle-ci a «énormément évolué» au fil des semaines, allant du refus du cinquième mandat du président sortant, à un rejet catégorique de l’organisation de la présidentielle, prévue pour le 4 juillet prochain. 

Il a tenu à affirmer que le report de la prochaine élection «n’est pas contraire» à la Constitution, et estime que c’est même une «nécessité», au regard du contexte environnant qui «n’est pas du tout favorable» à l’organisation d’une consultation présidentielle. 

L’enseignant expliquera que le sentiment d’opposition et de refus «ne concerne pas directement la tenue ou pas des présidentielles, mais le refus de ceux qui auront à organiser, à encadrer et à gérer tout le processus électoral». Pour lui, «même si tout le monde est unanime que pour aller aux présidentielles, il faut d’abord assurer les conditions nécessaires, afin de garantir la transparence, notamment le corps électoral», le politologue estime que «le report des élections peut être envisagé si toutes les parties se mettent d’accord sur des mécanismes pour une sortie de crise», et si dans ce cas, le Conseil constitutionnel pourrait proposer des solutions juridiques pour permettre de dépasser le blocage actuel. 

Celui-ci a évoqué également l’instauration d’une instance de surveillance des élections, et suggère que celle-ci «doit être complétée par d’autres mesures comme la suspension de l’application de la loi sur les élections adoptée en 2016», et ce dans l’objectif d’élargir ses prérogatives pour lui permettent d’exercer son rôle comme une institution indépendante. 

Le politologue pense que l’instauration de l’instance de surveillance des élections est ce qui pourrait être considéré comme «la dernière chance aux mains des dignitaires du pouvoir», afin de réussir l’organisation des présidentielles «sans que les figures et résidus de l’ancien système y soient associées de près ou de loin».

Selon l’invité de la radio, les prochaines élections ne peuvent constituer qu’un «premier pas pour opérer d’autres changements dans la nomenclature des lois, et probablement l’émergence d’une nouvelle Constitution». Lesquels changements, ajoute M. Bouhidel, «ne peuvent se produire du jour au lendemain», mais nécessitent un temps d’adaptation pour qu’ils soient un peu plus mûrs. 

L’analyste a expliqué que «l’institution militaire tient à respecter ses engagements et est fermement résolue à épuiser toutes les solutions constitutionnelles», c’est d’ailleurs, ce qui confirme que l’Armée préserve le pays contre toutes les ingérences étrangères.

En commentant la lettre d’Ahmed Taleb Ibrahimi, le politologue estime que celle-ci « n’apporte rien de nouveau, car le report des élections est une exigences de la population qui manifeste dans la rue», et avance qu’elle «ne peut être considérée comme une initiative politique, mais seulement un appel signé par des personnalités ayant une certaine présence sur la scène politique algérienne». 

Cela dit, a-t-il ajouté, «les initiateurs de cet appel ne représentent pas toute la diversité des opinions et positions politiques, en Algérie, c’est pourquoi la réponse du chef de l’Armée, dans son dernier discours, à propos de la tenue des élections, et dans lequel il a affirmé que c’est une démarche décisive pour l’avenir du pays, est venue couper l’herbe sous les pieds» des enchérisseurs. Reste qu’à son avis, le politologue a indiqué qu’au vu de la situation actuelle, où aucune condition pratique n’est réunie, les élections du 4 juillet seront certainement reportées à une date ultérieure.

Tahar Kaidi

Auteur: elmoudjahid
Cliquez ici pour lire l’article depuis sa source.