L’annonce d’un chantier de réforme du secteur de la communication, annoncée par la tutelle, ne laisse pas indifférents les spécialistes. «Sans une réelle volonté politique, l’amélioration de la qualité du service public ne sera pas réalisée», indique Wissam Boukelmoune, chercheuse en communication politique. Pour cette spécialiste, le respect des règles élémentaires de la pratique journalistique est ce qui «fortifie et consolide la pratique démocratique et l’accès équitable des citoyens à un espace public élargi». Aussi, relève-t-elle, «il est important de mettre en place une plateforme juridique adaptée au nouveau contexte marqué par une métamorphose profonde du monde des médias». «Nous assistons à un changement de paradigmes et nous parcourons des territoires médiatiques inexplorés jusque-là et qui se distinguent du monde des vieux médias», souligne Mme Boukelmoune. Forte d’une expérience de recherche sur la communication politique en Algérie, la chercheuse, qui avait réalisé une étude analytique sur «les vitrines web», constate que l’écosystème médiatique en formation «s’inscrit dans la promesse de l’ouverture et de la transparence». Elle explique que «les contraintes de la censure ou de la production hiérarchisés des contenus ne se posent guère dans la planète web». Cependant, cela pourrait créer, selon elle, de nouveaux problèmes liés notamment à «l’effondrement de l’autorité journalistique» et à «l’émergence du journalisme citoyen», qui, même s’il peut être considéré comme une valeur ajoutée à la liberté d’expression, pourrait menacer «la cohésion sociale et la naissance de phénomènes liés à la polarisation et à la propagation des discours de la haine». «Il est important d’associer les professionnels des médias et les spécialistes pour réfléchir sur les meilleurs mécanismes et outils pour l’amélioration de la qualité du produit médiatique et surtout la régulation et l’encadrement juridique de la presse électronique», explique Mme Boukelmoune qui estime que la présence de la presse écrite publique sur internet devait être réfléchie «comme une stratégie de diversification, tant sur le plan rédactionnel que de la gestion».
«Ce n’est pas uniquement une question d’extension de la presse écrite sur de nouvelles plateformes en ligne, mais la création d’un environnement propice à l’émergence d’un journalisme 2.0», notera-t-elle. La presse électronique est le fruit d’une double évolution : la première au niveau des supports de diffusion de l’information, avec le passage du support papier aux plate-formes numériques, et la seconde au niveau du contenu en lui-même, à savoir l’information de presse et ses modes d’organisation et de présentation, soutient-elle. L’autre facteur sur lequel insiste la spécialiste est la formation des journalistes pour l’acquisition de nouveaux savoirs liés à la vérification de l’information et au journalisme d’investigation.
«L’information journalistique est le fruit de la valeur ajoutée par un journaliste à des données afin de les rendre accessible à un large public», rappelle-t-elle, insistant sur le fait que le service public «signifie de s’ouvrir davantage à l’ensemble de la société pour garantir le droit à l’information à tous les citoyens». Mme Boukelmoune indique, par ailleurs, que «l’interférence politique ou financière attente à la crédibilité des médias, et ébranle la confiance des citoyens».
Tahar Kaidi

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Auteur: elmoudjahid
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