Juste après la signature du 3e avenant de la convention d’investissement industriel entre le numéro 1 du constructeur Renault et le chef du gouvernement, en présence du ministre de l’Industrie, Ryad Mezzour, L’Economiste a échangé directement à Rabat avec le CEO, François Provost.

François Provost, CEO du Groupe Renault (au milieu), avec Katrin ADT, CEO Dacia
et Mohamed Bachiri, DG de Renault Maroc
Créations d’emplois, modernisation des process, renouvellement des gammes, sourcing local, R&D, logistique, technologie, offensive chinoise, réseau de fournisseurs, équipementiers de rang 1… Ce sont là autant de sujets auxquels le numéro 1 de Renault apporte des éléments de réponses et éclairages sur les enjeux pour le Maroc. Décryptage…
■ Chaîne de valeur Greenfield
«Notre présence industrielle au Maroc ne se résume pas uniquement à une usine et un réseau commercial… C’est plutôt une chaîne de valeur, avec le développement d’un réseau compétitif de 87 fourniseurs de rang 1, qui passeront à 100 équipementiers, essentiellement des greenfields. Aujourd’hui, les deux tiers de nos pièces sont localisées et fabriquées au Maroc. Plus de la moitié de nos composants fabriqués au Maroc sont exportés vers des pays européens, notamment la France, l’Espagne, la Roumanie… Aujourd’hui, le sourcing local a atteint 2,5 milliards d’euros. Initialement, ce montant correspond à notre engagement pour 2030. Nous sommes donc en avance par rapport aux objectifs initiaux pris avec l’Etat marocain», fait valoir François Provost.
■ Nouvelle génération de voitures multi-énergies
Dans le moyen terme, les deux usines du constructeur Renault au Maroc (Tanger et Somaca à Casablanca) devront accueillir de nouvelles gammes électrifiées, basées sur une nouvelle plateforme. Il s’agit là d’investissements lourds avec une montée en complexité et en capacités. «Aujourd’hui, l’écosystème automobile de Renault est en pleine maturité. Nous préparons l’avenir avec de nouvelles générations de voitures de la marque Dacia. Ce qui passe par de nouvelles technologies, notamment l’électrification. Pour rappel, nous avons déjà le Jogger hybride qui est fabriqué au Maroc. Dès l’année prochaine, nous allons produire le Sandero hybride… » En résumé, poursuit François Provost, une nouvelle génération de voitures multi-énergies sera produite au Maroc.
n Hybridation, batteries, procédés de presse à chaud…
Dans le sillage de cette transition industrielle, le constructeur Renault compte introduire de nouvelles technologies pour l’hybridation des véhicules produits au Maroc. De nouveaux procédés et installations sont programmés, notamment une presse à chaud qui permettra de gagner en légèreté et en fiabilité des composants, afin de produire des véhicules plus abordables.
■ Gros pari sur le digital
Selon François Provost, le Maroc est au coeur de la stratégie de transformation digitale du groupe. Il fera désoramis partie du trio France, Inde, Maroc. Ce qui permettra de créer des emplois avec plus de valeur ajoutée et plus de synergies dans l’écosystème digital du constructeur. Dans le prochain plan stratégique du constructeur, la première priorité est de produire plus de voitures. Sachant que dans l’industrie automobile, il y a souvent un cycle fort, suivi d’un cycle faible. «Notre obsession à travers le nouveau plan stratégique est d’arriver à alterner des cycles forts et réussis», insiste Provost. Pour y arriver, le CEO parie sur le management des trois marques du groupe qui sont clairement positionnées (Renault, Dacia et Alpine).
Ensuite, il y a la force du design et l’innovation qui doivent être des arguments forts de différenciation par rapport à la concurrence asiatique. Enfin, le constructeur a de gros challenges de transformation. L’enjeu est d’arriver à atteindre la compétitivité des concurrents chinois en termes de vitesse, d’innovation et de rapidité de développement. Ce qui passe par le raccourcissement des cycles de vie des modèles, de façon à passer de 5 à 3 ans, voire 2 ans. «Aujourd’hui, nous sommes capables de le faire», annonce le dirigeant.
■ Kardian: Somaca devra travailler l’export en dehors de l’Europe
Renault Kardian, qui est produit dans l’usine Somaca, est un véhicule qui fait partie de «l’International Game plan». Il s’agit d’une feuille de route ambitieuse avec le lancement de huit nouveaux modèles hors d’Europe d’ici à 2027. «Kardian fait partie des voitures, produites au Maroc, sur lesquelles nous devrions travailler pour multiplier les exportations en dehors du marché européen. De ce point de vue-là, Somaca qui est une usine plus petite et plus flexible que le site de Tanger, est appelée à saisir des opportunités en dehors de l’Europe», annonce François Provost.
«Nous ne souhaitons pas produire des batteries»
Dans le sillage de l’électrification tous azimuts de l’industrie automobile et du développement de filières batteries au Maroc avec des investissements massifs dans des gigafactories… le constructeur Renault précise qu’il ne souhaite pas fabriquer des batteries. En revanche, le Groupe Renault compte signer un gros contrat d’approvisionnement auprès de la gigafactory Gotion High Tech au Maroc. «Gotion est dans notre panel de fournisseurs pour développer l’écosystème des batteries au Maroc». Autrement dit, le premier contrat, qui sera signé avec Gotion au Maroc, se fera avec le constructeur au losange.
RH, formation, ingénierie, manufacturing 4.0
La transition vers la nouvelle phase industrielle de Renault au Maroc devra se traduire par la création de quelque 7.500 emplois directs et indirects. Mais désormais, les nouveaux emplois seront plus dans l’ingénierie, le digital, la data, l’IA, la robotisation, l’automatisation des process, l’industrie 4.0… Le fait que le Maroc dispose d’un bassin de compétences dans l’ingénierie, le digital, la technologie… permettra d’aller plus vite vers des emplois à plus forte valeur ajoutée. Ce qui se traduira forcément par des retombées positives en termes de qualité, de productivité, de maintenance prédictive… Ce virage vers plus de compétences RH fera que «Tanger sera dans les 2 à 3 prochaines années dans le Top 3 mondial du manufacturing 4.0», annonce François Provost. Depuis 2011 à aujourd’hui, l’institut de formation de Renault pour les besoins des écosystèmes de l’industrie automobile a totalisé «3 millions d’heures de formation», souligne Mohamed Bachiri, DG de Renault Maroc.
Amin RBOUB
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Auteur: Amin RBOUB
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