Publié le 18.05.2019 à 18h50 par AFP

Les discussions entre le Conseil militaire au pouvoir au Soudan et les leaders de la contestations doivent reprendre dimanche à Khartoum où des centaines d’islamistes manifestent samedi contre un abandon éventuel de la charia.

Les représentants de la mouvance islamiste ne font pas partie des forces politiques rassemblées au sein de l’Alliance pour la liberté et le changement (ALC), fer de lance de la contestation, qui négocient avec les militaires les contours de la période de transition, après la chute du président Omar el-Béchir le 11 avril.

L’armée a annoncé la « reprise dimanche des discussions avec l’ALC au palais présidentiel ».

Les militaires au pouvoir avaient suspendu mercredi soir le dialogue avec les meneurs de la contestation au sujet de la transition politique en réclamant la levée des barricades installées par les protestataires à Khartoum.

Des manifestants les ont démantelées vendredi mais ont menacé de les rétablir si les généraux ne reprenaient pas les négociations.

Les deux parties doivent désormais s’entendre sur la composition d’un Conseil souverain, institution-clé de la transition. Les militaires veulent qu’il comprenne une majorité des leurs tandis que l’ALC exige qu’elle soit dominée par les civils.

La communauté internationale appelle à une « reprise immédiate des pourparlers » pour parvenir à une transition « vraiment dirigée par les civils », a déclaré vendredi sur Twitter un haut responsable américain au terme d’une réunion à Washington.

– « Non à l’athéisme ! » –

Composée de forces de tendance laïque qui vont du Parti communiste aux nationalistes arabes en passant par les courants du Baath arabe, l’ALC ne comprend pas les islamistes qui avaient soutenu le coup d’Etat de 1989 par lequel Omar el-Béchir était arrivé au pouvoir.

Discrets depuis le 11 avril, les islamistes ont appelé à une manifestation samedi à Khartoum pour dire non à un éventuel abandon de la charia –voulu par l’ALC– et au processus politique visant à transférer le pouvoir aux civils, proches des laïcs.

Ces deux éventualités ouvriraient les « portes de l’enfer pour le Soudan », a averti Al-Tayeb Moustafa, l’un des leaders de cette mouvance qui a soutenu Omar el-Béchir pendant 30 ans et qui se sent aujourd’hui marginalisée.

Des centaines de manifestants ont répondu à l’appel en se rassemblant devant le jardin du palais présidentiel, selon un journaliste de l’AFP.

Cette manifestation « sera une mobilisation contre la nouvelle dictature civile parce que l’ALC a volé la révolution », a déclaré à l’AFP M. Moustafa, chef d’un groupe d’environ 20 mouvements islamistes.

« La solution réside dans la religion ! », « Non au communisme, non à l’athéisme ! », ont scandé des manifestants.

« Nous sommes ici pour soutenir la charia et dire non à un pouvoir laïc », a déclaré l’un d’eux, Younous Ali.

Le Conseil militaire lui-même avait reproché à l’ALC de ne pas avoir fait référence à la charia comme source de la législation dans ses propositions sur la période de transition.

L’ALC avait répliqué en qualifiant cette question de secondaire et en estimant qu’elle pourrait être discutée après la période de transition.

Le régime du président déchu appliquait la charia, ce qui avait donné lieu, selon les défenseurs des droits humains, à des abus comme la flagellation de femmes pour « comportement indécent ».

– « Grande erreur » –

Au-delà de la question religieuse, M. Moustapha a estimé que les militaires au pouvoir ne devaient pas avoir comme seul interlocuteur l’ALC.

Allant dans le même sens, un autre religieux islamiste, le radical Mohamed al-Jazuli, a affirmé à l’AFP qu’un accord entre l’armée et l’ALC reviendrait à « éliminer les autres forces » politiques.

Sur la question de la place de la religion dans les nouvelles institutions, un des principaux leaders de l’opposition Sadek al-Mahdi a également fait entendre sa voix.

« L’islam fait partie de l’identité de la majorité des Soudanais. Ainsi ça a été une grande erreur, au sein des forces d’opposition, de parler de laïcité », a déclaré cet ancien Premier ministre, chassé du pouvoir par le coup d’Etat de 1989, et dont le parti Oumma fait partie de l’ALC.

L’annonce le 19 décembre du triplement du prix du pain par le gouvernement avait provoqué des manifestations à travers le pays, en proie à une grave crise économique.

La contestation s’est ensuite transformée en un mouvement réclamant le départ du président Béchir, puis le transfert du pouvoir aux civils.

Pour maintenir la pression, des milliers de Soudanais observent depuis le 6 avril un sit-in devant le QG de l’armée.

Selon une association de médecins proche de l’ALC, 90 personnes ont été tuées par les forces de l’ordre depuis le 19 décembre. Les autorités parlent de 65 morts.

Auteur: AFP
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