Retrouver l’essence de soi dans  la philosophie yogique (1/2)Retrouver l’essence de soi dans la philosophie yogique (1/2)

Ne pas s’identifier à son statut, son travail ou son entourage

Dans la vie moderne, une question revient sans cesse, souvent de manière silencieuse mais persistante : qui suis-je ? Pourtant, au lieu d’y répondre depuis l’intérieur, nous cherchons généralement la réponse à l’extérieur. Nous nous définissons par ce que nous faisons, par ce que nous possédons, par les rôles que nous jouons et par la manière dont les autres nous perçoivent.

Nous disons : «Je suis entrepreneure», «je suis professeure», «je suis mère»,»je suis une personne ambitieuse», «je suis quelqu’un de stressé ou de calme». Et progressivement, sans même nous en rendre compte, ces définitions deviennent des prisons invisibles.
La philosophie yogique propose une vision radicalement différente : et si tout cela n’était que des couches superficielles? Et si notre véritable identité ne pouvait être réduite à aucun rôle, aucune fonction, aucun statut?
Le yoga ne cherche pas à ajouter quelque chose à ce que nous sommes. Il cherche à enlever ce que nous ne sommes pas.

L’identité moderne : Une construction fragile
Dans les sociétés contemporaines, l’identité est fortement externalisée. Dès le plus jeune âge, nous sommes conditionnés à nous définir par des critères visibles et mesurables :
• la réussite scolaire
• le métier exercé
• le niveau de revenu
• la reconnaissance sociale
• l’image projetée sur les réseaux sociaux
• les cercles relationnels
Cette construction est utile pour fonctionner dans le monde. Mais elle devient problématique lorsqu’elle est prise pour la totalité de notre être.
Car tout ce qui est construit peut être déconstruit.
Un poste peut disparaître. Une relation peut évoluer. Une réputation peut changer. Un statut peut être perdu. Et lorsque l’identité repose uniquement sur ces éléments, une fragilité intérieure s’installe.
On ne vit plus simplement une expérience humaine. On défend une image de soi. Dans le langage yogique, cela correspond à une identification excessive à l’ego (ahamkara), la fonction mentale qui construit une narration du «je».

Maya : L’illusion du permanent dans l’impermanent
La philosophie du yoga et des textes védiques introduit un concept essentiel : Maya, l’illusion.
Maya ne signifie pas que le monde n’existe pas. Elle signifie que nous prenons pour permanent ce qui est en réalité changeant.
• le corps change
• les émotions changent
• les pensées changent
• les rôles changent
• les relations changent
Et pourtant, nous cherchons une identité fixe dans ce flux constant.
C’est comme vouloir s’accrocher à l’eau d’une rivière en pensant qu’elle restera dans nos mains.
Le yoga nous invite à reconnaître ce mouvement permanent, non pas pour nous en détacher froidement, mais pour cesser de confondre le mouvement avec l’identité.

Le travail : Une action, pas une identité
Le travail occupe aujourd’hui une place centrale dans la définition de soi. Il devient souvent la première réponse à la question: «Qui es-tu ?»
Mais dans une perspective yogique, le travail appartient au domaine du karma, l’action.
L’action est nécessaire, naturelle, et même sacrée lorsqu’elle est consciente. Mais elle n’est jamais l’identité elle-même.
Un rôle professionnel est une expression temporaire de compétences, d’énergie et de circonstances. Il évolue, se transforme, parfois disparaît.
Le danger apparaît lorsque nous disons intérieurement :
«Je suis mon travail.»
À partir de ce moment, toute fluctuation professionnelle devient une fluctuation identitaire.
Le yoga, notamment à travers la voie du karma yoga, propose une autre posture : agir pleinement, avec présence, mais sans s’identifier à l’action.
Cela ne signifie pas être distant ou désengagé. Cela signifie être libre intérieurement.
Faire, sans devenir ce que l’on fait.

L’entourage : Reflet mais non définition
Nos relations jouent un rôle fondamental dans notre équilibre psychologique et émotionnel. Elles nourrissent, soutiennent, et reflètent souvent des aspects de nous-mêmes que nous ne voyons pas.
Mais elles peuvent aussi devenir un piège subtil lorsqu’elles deviennent la source principale de notre identité.
Se définir uniquement à travers :
• l’amour reçu
• la reconnaissance sociale
• l’appartenance à un groupe
• la validation extérieure
revient à confier son existence à des éléments instables.
Car les relations changent, évoluent, se transforment. Certaines disparaissent. D’autres naissent.
Dans le yoga, cela ne signifie pas se couper des autres. Au contraire. Cela signifie aimer sans dépendance identitaire.
Pouvoir être en lien profond avec les autres sans perdre le lien avec soi.

Les koshas : Les différentes couches de l’être
La philosophie yogique décrit l’être humain comme composé de plusieurs couches appelées koshas :
1. le corps physique
2. le souffle énergétique
3. le mental
4. l’intellect
5. la joie subtile
Ces couches montrent une vérité essentielle : nous ne sommes pas une dimension unique, mais une superposition de niveaux d’expérience.
Pourtant, aucune de ces couches ne constitue l’essence ultime.
• Le corps vieillit
• Le souffle fluctue
• Le mental change constamment
• L’intellect se développe ou s’égare
• Les émotions apparaissent et disparaissent
Si aucune de ces couches n’est stable, alors aucune ne peut être notre identité ultime.
Le yoga nous invite à observer ces couches sans nous y enfermer.

Le mental et la fabrication du «moi»
Le mental joue un rôle central dans la construction de l’identité. Il crée des histoires:
• «Je suis comme ça»
• «Je ne suis pas capable de…»
• «Les autres me voient ainsi»
• «Ma vie est définie par…»
Ces narrations deviennent si répétées qu’elles semblent vraies.
Mais le yoga nous invite à regarder une chose essentielle :
le mental parle, mais il n’est pas une vérité absolue.
Il est un outil de perception, pas une source d’identité.
Lorsque l’on commence à observer le mental plutôt que de fusionner avec lui, un espace s’ouvre. Un espace de liberté.

Le témoin intérieur : La conscience stable
Au cœur de la philosophie yogique se trouve une notion essentielle : le témoin (sakshi).
Ce témoin est la capacité à observer sans se confondre avec ce qui est observé.
• Je peux observer une pensée → donc je ne suis pas la pensée
• Je peux observer une émotion → donc je ne suis pas l’émotion
• Je peux observer une identité sociale → donc je ne suis pas cette identité
Ce témoin ne change pas. Il est silencieux, stable, constant.
C’est lui qui permet de dire : «je suis conscient de…», sans être absorbé par ce qui est vécu.
C’est ici que commence la liberté intérieure.

Par Mounia Hammouda
Professeure de Yoga | Méditation Zazen Thérapeute Yoga Hormonal & Coach de Vie. Fondatrice Studio Shido Mind YOGA.

Auteur: Hammouda Mounia
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