Neuf semaines d’un mouvement populaire toujours aussi dynamique et qui ne semble pas près de s’essouffler. Au fil des slogans brandis de semaine en semaine, force est de constater que l’expression populaire est non seulement lucide, mais aussi consciente des différents enjeux et défis qui s’imposent pour réussir une transition démocratique sereine. La «dynamique populaire» observée dans le pays chaque vendredi rythme la vie politique depuis un peu plus de deux mois. Plusieurs questions se posent aujourd’hui sur les mécanismes d’amorçage d’un processus pacifique vers une deuxième république. Politologues, experts militaires et analystes s’attellent à répondre à la problématique du rôle joué par l’institution militaire dans l’accompagnement du mouvement populaire.
L’expert en questions de sécurité, M. Ahmed Kerrouche, analyse le rôle prépondérant de l’ANP, en réfutant catégoriquement l’hypothèse selon laquelle «le pays va sombrer dans un système militaire». Pour cet ancien officier supérieur, «ceux qui avancent de telles analyses calquent ce qui se passe en Algérie, sur des expériences de transition échouées de la vague de ce qui a été qualifié auparavant de «printemps arabe». «Contrairement à l’expérience égyptienne, c’est le retour des islamistes qui a provoqué des remous dans la société et contraint l’armée à prendre l’initiative, ce qui n’était pas dans le même sens de l’aspiration à un changement démocratique dans ce pays», a indiqué l’expert, qui a estimé qu’en Algérie, «l’institution militaire est restée à l’écart des tractations politiques», en refusant de s’impliquer directement dans la sphère politique. Dans ce contexte, celui-ci a avancé le fait que devant le blocage politique, les discours du chef de l’armée étaient considérés comme «des gages de garantie», dès le début des manifestations, le 22 février dernier. «En insistant sur le respect de la Constitution, le chef d’état-major de l’ANP a épargné cette institution des dérapages qui risquaient de déboucher sur des résultats importuns, en raison d’une situation régionale explosive», a-t-il affirmé. Pour l’expert, la proposition, émanant de l’ANP pour l’application des articles 102, 7 et 8 de la Constitution, était aussi la preuve que «l’armée a choisi le camp du peuple», insistant sur «le respect de la souveraineté populaire» et sur «la légitimité des revendications politiques des manifestants qui sont d’ordre démocratique».
Les menaces d’ingérence, la désinformation liée à la propagation des fausses nouvelles et aux manipulations médiatiques étaient largement relayées, notamment à travers les réseaux sociaux, et les risques de l’instrumentalisation étaient aussi bien présents, mais, commente l’expert, les discours et mises en garde de Gaïd Salah vis-à-vis de ceux qui «conspiraient contre la transition» étaient des réponses claires aux sceptiques, au fur et au mesure que le mouvement populaire s’agrandissait et s’inscrivait résolument dans la durabilité. S’agissant du rôle que peut jouer l’ANP à l’avenir, au regard de nouveaux éléments politiques, tels que la démission d’Abdelaziz Bouteflika, de celle du président du Conseil constitutionnel, de la désignation du chef d’État par intérim et l’annonce d’élection présidentielle, M. Kerrouche affirme que l’engagement de l’armée à l’accompagnement du processus de transition se fait dans l’objectif de «la concrétisation des revendications populaires sans concessions», et ce à travers «le contrôle des appareils et institutions de l’État, afin de ne pas franchir la barrière de la légalité». L’expert indique qu’«en réaffirmant sa position, l’institution militaire joue le rôle d’observateur, en protégeant les frontières du pays, et en garantissant les meilleures conditions pour les prochaines élections». Pour l’universitaire, Lahouari Addi, «le peuple veut le transfert de la légitimité militaire, héritée des inconstances de l’histoire, à la légitimité populaire véhiculée par l’alternance électorale». Face à la revendication exprimée par des millions d’Algériens depuis le 22 février, «le général Gaïd Salah a même affirmé son attachement à l’article 7 de la Constitution stipulant que le peuple est la seule source du pouvoir». En faisant barrage aux agendas qui se préparaient sans leur consentement, «les Algériens sont décidés à entrer en possession de ce qui leur appartient : l’État et l’armée», analyse M. Addi. La semaine dernière, l’ANP a affirmé encore que «toutes les tentatives désespérées ciblant la sécurité et la stabilité de notre pays ont échoué, et vont encore échouer dans l’avenir». Le vice-ministre de la Défense nationale a relevé que «les enjeux majeurs qui nécessitent des efforts inlassables de la part de l’ANP sont ceux liés à la sauvegarde de l’indépendance de l’Algérie, à la consolidation des fondements de sa souveraineté nationale et de son intégrité territoriale, et à la préservation de la force et la solidité des liens de son unité populaire». En somme, un constat indéniable s’impose : «Le mouvement populaire est sur la bonne voie» .
Tahar Kaidi
Auteur: elmoudjahid
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