À 3 semaines du vote du Conseil de sécurité de l’ONU sur le renouvellement du mandat de la MINURSO (Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental), la sérénité n’est plus de mise à Rabat. Beaucoup de certitudes ont volé en éclats au palais royal. Le premier coup de canif a été donné par Washington, il a réduit la voilure et nuancé fortement sa posture sur le Sahara occidental, après avoir adoubé le plan marocain (en échange de la normalisation entre Rabat et Israël). Maintenant l’administration de Donald Trump dit que rien ne se fera sans les Sahraouis, rien ne leur sera imposé, tout devra être négocié.
Trump a tourné casaque, re-tourné casaque…
Mais en même temps vous me direz que ce n’est pas la première fois que la Maison-Blanche tourne casaque, elle avait donné des sueurs froides au roi Mohammed VI en avril 2025. Un autre front s’ajoute aux cauchemars du souverain : la Mauritanie, un pays « ami ». Le roi du Maroc a été rattrapé par le discours emphatique du 31 octobre 2025, au lendemain de l’adoption de la résolution 2797 du Conseil de sécurité : «Il est venu le temps du Maroc uni qui s’étend de Tanger à Lagouira : celui dont nul ne s’avisera de bafouer les droits, ni de transgresser les frontières historiques».
Lagouira citée dans la même phrase que les «frontières historiques» du royaume, ça avait fait tiquer à Nouakchott, même si les Mauritaniens n’en ont rien montré dans les mois qui ont suivi. Entre temps la Mauritanie et son voisin ont développé des liens très solides, alors que les relations avec l’Algérie traversaient une zone de turbulences (les choses sont rentrées dans l’ordre). Mais alors pourquoi Nouakchott se cabre des mois après les propos de Mohammed VI sur Lagouira ?
Parce que les Mauritaniens sont convaincus – ils ont tort – que toute cette agitation diplomatique autour du Sahara occidental débouchera rapidement sur l’adoption définitive du plan marocain et que Rabat pourrait profiter de la dynamique pour faire main basse sur des morceaux du pays voisin. Pour éviter le fait accompli Nouakchott a formellement demandé la création d’une commission chargée d’établir, de «manière consensuelle», les frontières internationales permanentes du territoire que se disputent le Maroc et le Front Polisario.
Les frontières définitives du Sahara occidental sur la base de la souveraineté marocaine, on n’y est pas, on en est même très loin au regard du repositionnement des USA, qui n’est pas sans rapport avec le développement spectaculaire des relations avec l’Algérie, le principal soutien des indépendantistes sahraouis. Le processus politique certes semble s’accélérer mais rien n’est gravé sur le marbre, cela n’empêche pas la Mauritanie de paniquer.
Pourtant Rabat et Nouakchott avait un « deal » en 1979
Nouakchott a cessé depuis 1979 de lorgner le Sahara occidental, mais pour Lagouira c’est une toute autre affaire car il le contrôle de fait. Le but des Mauritaniens est de faire en sorte que le statut quo demeure dans cette localité stratégique, pas question qu’un nouvel accord territorial remette en cause les équilibres autour du port de Nouadhibou, un site névralgique. Lagouira est nichée sur la partie occidentale de la péninsule de Ras Nouadhibou, à quelque 13 kilomètres de Nouadhibou…
Géographiquement la péninsule est scindée en deux : la Mauritanie à l’est et le Sahara occidental à l’ouest. Nouadhibou est tout simplement le poumon maritime et économique du nord mauritanien (entre autres l’une des côtes les poissonneuses au monde). Alors une décision de cette ampleur aura forcément un impact sur les plans portuaire, touristique et logistique. On comprend la nervosité des Mauritaniens.
En février 2026 des sources avaient ébruité des programmes marocains à Lagouira avec des partenaires émiratis, principalement dans le tourisme, l’hébergement et le développement urbain. Abou Dhabi a un gros appétit pour cette région, mais il n’est pas le seul, la France et l’Union européenne également, les USA frappent aussi à la porte avec des méga projets. Mais jusqu’ici les chantiers marocains dans cette partie du Sahara se limitent au nord, essentiellement autour de Dakhla et Guerguerat…
Mais ça ne change rien à la volonté des Mauritaniens de sécuriser leurs arrières en mobilisant une commission internationale pour tracer les frontières. L’extrême vigilance est de mise face à des enjeux économiques de cette importance. Parallèlement Nouakchott soigne ses relations avec le voisinage, à équidistance entre le Maroc et l’Algérie. La Mauritanie n’a pas bougé sur la reconnaissance de la République arabe sahraouie démocratique (RASD), idem pour les liens avec le Front Polisario…
La seule petite reculade : le président… a rogné la visibilité institutionnelle du Polisario pour épargner la susceptibilité de Rabat. Pour le reste rien n’a changé sous le soleil mauritanien, tout le monde y est très bien reçu.
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Auteur: Souleymane Loum
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