À travers le programme « Stay Cashless », Visa entend accélérer la digitalisation des paiements dans le tourisme et au-delà. Pour Sami Romdhane, Country Manager de Visa au Maroc, l’enjeu dépasse la modernisation des transactions : il s’agit d’ériger le paiement électronique en levier macroéconomique, au service de la compétitivité, de l’inclusion financière et de la transition vers une économie plus transparente et connectée.
Challenge : Visa vient de lancer le programme «Stay Cashless» pour accélérer la digitalisation des paiements dans le secteur touristique marocain. Comment cette initiative s’inscrit-elle dans votre vision plus globale d’accompagnement des secteurs stratégiques du Maroc, et de quelle manière Visa compte-t-elle soutenir, au-delà du tourisme, la transition vers des paiements digitaux plus inclusifs et sécurisés ?
Sami Romdhane : Notre vision au Maroc est très claire : le paiement électronique ne doit plus être perçu comme un simple service, mais comme une infrastructure économique de base.
Le programme «Stay Cashless» illustre parfaitement cette dynamique, fruit d’un partenariat stratégique signé entre le ministère du Tourisme, Attijariwafa Bank et Visa. Cette initiative vise à digitaliser l’expérience de paiement du touriste tout au long de son parcours, en garantissant des solutions sécurisées et universellement acceptées, au service de la compétitivité des opérateurs. Elle repose sur un partenariat public-privé innovant, avec un objectif clair : moderniser l’écosystème touristique et aligner l’expérience au Maroc sur les standards internationaux attendus par les visiteurs.
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Notre ambition s’étend bien au-delà du seul secteur touristique. Le Maroc est un marché prioritaire pour Visa dans la région. Aujourd’hui, une part importante des dépenses des ménages et des entreprises se fait encore en espèces, ce qui représente une charge logistique et un manque à gagner économique. Notre principal concurrent, c’est le cash. Pour accompagner la feuille de route « Maroc 2030 », nous travaillons avec l’ensemble de l’écosystème – banques, régulateurs, opérateurs – pour digitaliser d’autres secteurs névralgiques. En démocratisant des outils adaptés, nous transformons le paiement en un véritable levier macroéconomique favorisant la transparence, la productivité et l’inclusion économique de tous les citoyens. L’objectif est systémique : soutenir la formalisation, améliorer la compétitivité des entreprises et contribuer à une croissance durable, inclusive et connectée.
Challenge : L’acceptation des paiements digitaux est aujourd’hui un véritable pilier stratégique. Comment Visa travaille-t-elle à renforcer l’acceptation universelle et l’interopérabilité des solutions de paiement au Maroc, afin de garantir une expérience fluide aussi bien pour les consommateurs locaux qu’internationaux, tout en élargissant la couverture au-delà des grands centres urbains ?
S.R : L’acceptation universelle est un facteur clé de confiance, de performance et d’inclusion économique. Pour que celle-ci soit une réalité, il faut que le citoyen ou le visiteur puisse utiliser sa carte ou son portefeuille mobile absolument partout.
Un système digital n’est pleinement efficace que s’il est déployé massivement, fonctionne de manière fiable et respecte des standards reconnus. La récente ouverture du marché de l’acquisition au Maroc marque une nouvelle ère pour cette démocratisation. Notre rôle est d’accompagner l’ensemble de l’écosystème pour en renforcer la qualité et l’étendue. Nous travaillons en étroite collaboration avec les institutions financières et les nouveaux opérateurs afin d’améliorer la couverture territoriale et de garantir une interopérabilité fluide entre les solutions domestiques et internationales.
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La dynamique est d’ores et déjà engagée. Selon notre dernière étude Visa « Value of Acceptance », 55 % des commerçants fonctionnant encore exclusivement en cash prévoient d’acquérir un terminal de paiement dans les deux prochaines années. Par ailleurs, près de 70 % des PME déjà digitalisées projettent d’investir davantage dans de nouvelles technologies d’encaissement. Ces chiffres traduisent une volonté claire d’évolution, mais soulignent aussi un besoin d’accompagnement structuré. L’enjeu est d’assurer une continuité d’usage, qu’il s’agisse d’un consommateur marocain en dehors des grandes métropoles ou d’un visiteur international dans un hub touristique. Au-delà du simple équipement, il s’agit de bâtir un environnement cohérent, sécurisé et résilient. L’extension du réseau d’acceptation hors des grands centres urbains constitue ainsi un levier direct d’intégration économique et un véritable facteur d’équité territoriale.
Challenge :Les grands rendez-vous internationaux sont souvent des catalyseurs d’usage et des vitrines d’excellence en matière d’expérience client. Comment Visa se prépare-t-elle à tirer parti de ces événements pour renforcer les infrastructures de paiement et inscrire cette montée en puissance dans une dynamique durable d’adoption post-événement ?
S.R : Le sport a toujours été un accélérateur exceptionnel de transformation économique et technologique. En tant que partenaire historique des Jeux olympiques, de la CAF et de la FIFA, Visa possède une grande expertise de ces rendez-vous mondiaux. Nous abordons ces événements comme des accélérateurs structurels plutôt que comme des opérations ponctuelles. Notre préparation se concentre sur la robustesse des infrastructures, la coordination avec les partenaires locaux et l’accompagnement des commerçants vers une expérience d’encaissement optimisée.
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L’impact de ces compétitions ne se limite pas à la vitrine technologique ; il se mesure très concrètement dans l’économie locale. Un exemple particulièrement parlant est celui de la récente Coupe d’Afrique des Nations. Grâce à notre outil Retail Spend Monitor, nous avons pu analyser les flux de transactions durant tout le tournoi et sur différents corridors. Nous avons observé une hausse spectaculaire de plus de 190 % des transactions transfrontalières entrantes pendant la Coupe. Cette croissance a bénéficié directement au tissu local, avec une concentration très claire sur des villes hôtes comme Rabat (+70 %), Tanger (+55 %) et Casablanca (+50 %), ainsi que des hausses significatives dans des catégories clés comme les dépenses liées au sport (+45 %) ou l’alimentation et la livraison (+55 %).
La donnée issue des paiements devient alors un formidable outil de pilotage pour les stratégies du pays : elle permet de passer d’une logique d’intuition à une logique de décision pour optimiser les infrastructures. Avec la perspective de la Coupe du monde 2030, notre objectif est donc double. Il s’agit d’abord de déployer un maillage d’acceptation omniprésent, couvrant l’intégralité du parcours visiteur depuis son arrivée à l’aéroport jusqu’au stade. Mais le véritable enjeu, c’est l’héritage laissé au pays : l’ubiquité des paiements et les nouvelles habitudes digitales créées pendant ces pics d’activité s’inscriront durablement dans le quotidien des Marocains, accélérant ainsi la transition irréversible vers une économie plus digitale et inclusive.
Challenge : Dans un contexte marqué par l’essor des fintechs marocaines, quelle est votre approche pour nouer des synergies avec cet écosystème innovant, favoriser l’émergence de nouveaux cas d’usage digitaux et contribuer au développement d’un environnement de paiement plus agile et inclusif ?
S.R : L’innovation technologique ne peut réussir que si elle est collaborative. Notre approche consiste à allier la puissance du réseau mondial de Visa à l’agilité et à la parfaite connaissance du terrain qu’offrent les fintechs locales. Cette complémentarité nous permet d’avoir une compréhension fine des usages et renforce notre capacité à développer des solutions sur mesure. Nous apportons une infrastructure mondiale, des standards de sécurité éprouvés et une expertise approfondie en gestion du risque et en conformité, afin de permettre à ces innovations de se déployer à l’échelle locale tout en bénéficiant de notre savoir-faire international.
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Cette synergie avec l’écosystème local s’inscrit dans une démarche très concrète. Chaque année, nous organisons le Visa Fintech Day. Réalisé en partenariat avec l’Agence de Développement du Digital, le Technopark, le Morocco Fintech Center et l’UM6P, cet événement majeur contribue à structurer un dialogue constant entre acteurs publics, startups, banques et pôles R&D autour de thématiques clés comme l’intelligence artificielle et l’inclusion financière.
De plus, nous avons lancé à Marrakech, en juin 2023, le programme Visa Africa Fintech Accelerator. Aujourd’hui à sa 6e cohorte, il a accompagné plus de 60 startups, dont 9 fintechs marocaines. Dans ce cadre, nous avons par exemple scellé un partenariat stratégique de long terme avec Chari, une fintech issue de notre accélérateur, pour intégrer les petites épiceries dans l’économie digitale en remplaçant leurs transactions B2B en espèces par des paiements électroniques. Dans la même logique, notre récente alliance avec Attijari Payment et la jeune startup Woliz, un autre de nos lauréats, permet de proposer des solutions d’acceptation directement adaptées aux besoins des petits commerçants. C’est grâce à ces alliances que nous pouvons bâtir un environnement de paiement véritablement agile, inclusif et créateur de valeur pour l’ensemble du tissu économique marocain.
Auteur: Adama Sylla
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