Depuis quelques années le secteur bancaire tunisien est de plus en plus sous la loupe à cause des bons résultats qu’il est en train d’enregistrer dans un contexte de conjoncture économique morose.
En effet, selon le dernier rapport de la BCT sur la supervision bancaire, le secteur bancaire a dégagé un résultat net exceptionnel de 1 142 millions de dinars en 2018, contre 1059 MD en 2017. Le rapport a noté que 18 banques ont affiché, en 2018, un résultat bénéficiaire avec un bénéfice cumulé de 1 227 MD. Alors que cinq banques ont affiché un résultat déficitaire s’élevant à 85 MD. En 2019, les résultats continuent aussi sur cette même lancée. Mais le client, que ce soit simple consommateur ou entreprise, est il en train de tirer bénéfice de cette performance du secteur ? Somme-nous dans un secteur bancaire concurrentiel, qui offre plus de choix pour le consommateur ? La réponse à ces questions n’est pas aussi évidente.
Les signes d’un marché atomisé :
Le secteur bancaire tunisien est très atomisé, avec plus de 23 banques onshore et 7 banques offshore. Les banques publiques représentent près de 40% du marché, les banques filiales de banques étrangères 27%, et les banques tunisiennes privées 33%. Les parts de marchés des différentes banques ne sont pas très différentes, avec une dominance de la BIAT que ce soit au niveau des dépôts que le PNB. Le secteur est aussi composé de grandes banques privées ou publiques, et aussi de « petites banques ».
Le secteur présente des ratios importants depuis des années grâce à des circonstances favorables : hausse des taux d’intérêt, les marges sur bon de trésor, meilleure supervision bancaire et réduction des risques.
L’examen des différents ratios des banques de la place, laisse dégager des ressemblances importantes au niveau des rendements des différents acteurs.
Cette ressemblance, qui témoigne d’une homogénéité dans le secteur, laisse entendre l’absence de concurrence entre les différents acteurs. Chacun a sa part de marché propre à lui, qui lui assure une certaine rentabilité, et une stabilité financière acceptable. Plusieurs acteurs de la place se sont confinés dans leurs coins ne cherchant pas à innover ou augmenter leurs parts de marché.
Plusieurs signes attestent de ce constat :
- Il n’existe pas aucune banque qui se distingue par une stratégie ou un produit spécifique qui le distingue des autres,
- Dans un sondage récent réalisé l’Institut National de la Consommation, les critères de choix d’une banque sont en premier lieu la proximité géographique, l’existence d’une connaissance à la banque, et en dernier lieu la qualité des services bancaires et les coûts des opérations.
- On reconnait la physionomie d’une économie à travers la répartition des investissements publicitaires par secteur. Selon les derniers chiffres, sur les 235 millions de dinars d’investissements publicitaires enregistrés en 2019, le secteur finance et banque n’a investi que 10% seulement. Un niveau qui n’a pas enregistré aucune hausse depuis des années. Il n’est pas difficile de constater qu’on a des publicités dans le secteur de télécoms, de l’alimentaire et la distribution ou du voyage et hôtels, de loin plus que ceux enregistrés dans le secteur finance et banque. Cette situation témoigne qu’il n’existe pas de concurrence entre les banques ou d’offre variées pour les consommateurs.
- Depuis 2011, les coûts des services bancaires enregistrent une hausse importante, atteignant +65% en 2017. Dans une situation de concurrence ou d’innovation dans un secteur les prix ont tendance à baisser profitant ainsi aux consommateurs. En effet, selon la règle générale, plus il existe d’opérateurs, plus la concurrence serait vive, et plus les prix baissent.
Beaucoup de signes attestent de l’absence de concurrence ardue entre les différentes banques de la place et que la situation semble confortable pour tous, et chacun tire son épingle du jeu.
Posez la question à un n’importe quel client d’une banque, il vous affirmera qu’ils se ressemblent tous.
A qui peut profiter la concurrence ?
La concurrence peut profiter à tout le monde :
- Elle peut profiter aux banques avec l’amélioration de leur rentabilité,
- Elle peut profiter aux consommateurs, avec une amélioration de la qualité des services et une baisse des prix,
- Elle peut profiter à l’économie nationale avec une meilleure inclusion financière,
La concurrence dans le secteur bancaire peut être boostée par une meilleure règlementation bancaire qui laisse un peu de liberté d’innovation pour les différents acteurs.
L’arrivée de la technologie est également un élément important qui va certainement développer l’innovation et varier l’offre bancaire. Malgré quelques tentatives audacieuses de certaines banques tunisiennes, la digitalisation du secteur n’est pas réellement considérée comme un vecteur de concurrence. Elle est considérée par certains comme un effet de mode. En tout cas le consommateur n’est pas vraiment impliqué dans cette vague.
Le secteur de l’épargne est aussi un terrain propice pour les banques pour introduire plus de concurrence entre elles. Développer une offre variée et adaptée au niveau de l’épargne peut drainer des dépôts plus importants pour les banques. En tout cas sur ce terrain les choses semblent stables et on ne sent pas une grande variété sur le marché, ni au niveau du rendement ni aux conditions d’épargne.
Sans être dans une situation d’entente ou d’absence totale de concurrence, le secteur bancaire tunisien a besoin d’une dose d’innovation et de compétition afin de faire profiter tous les acteurs.
Auteur: L’expert
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