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Après plusieurs mois d’arrêt technique, la Société Tunisienne du Sucre (STS) relance officiellement ses activités dans son complexe industriel de Béja, à la faveur d’une injection financière de 16 millions de dinars destinée à remettre en marche un site stratégique pour l’approvisionnement du marché tunisien.

Cette enveloppe a permis de financer l’acquisition d’équipements industriels, la réalisation de réparations urgentes sur les installations et la constitution d’un fonds de roulement garantissant une reprise immédiate de la production. Dans un contexte marqué par la volatilité des marchés internationaux des matières premières, la remise en activité de cette unité constitue un signal fort en faveur de la sécurisation de la chaîne d’approvisionnement en sucre.

La ministre de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie, Fatma Thabet Chiboub, a effectué le 19 février une visite de terrain au sein de l’usine afin de constater l’achèvement des essais techniques et confirmer le lancement d’un programme de restructuration industrielle intégrant les nouvelles exigences environnementales.

Fondée en 1962, la STS demeure aujourd’hui l’un des symboles du patrimoine industriel public tunisien et un acteur central dans la stratégie nationale visant à renforcer la souveraineté alimentaire du pays.

Un arrêt technique révélateur des fragilités de la filière

L’arrêt de la production intervenu en juin 2024 résultait d’un ensemble de contraintes structurelles accumulées au fil des années. Les installations industrielles, dont certaines remontent aux années 1980, souffraient d’une usure avancée provoquant des pannes récurrentes et des performances de raffinage en déclin.

Parallèlement, la qualité des matières premières disponibles localement – notamment les betteraves et la canne à sucre – ne répondait plus régulièrement aux normes techniques exigées par les procédés de transformation, aggravant les difficultés opérationnelles du site.

Cette interruption prolongée a mis en évidence la forte dépendance de la Tunisie aux importations pour satisfaire la demande intérieure. Selon les estimations, la consommation nationale de sucre atteint environ 420 000 tonnes par an, dont près de 70% sont importées sous forme de sucre brut ou raffiné.

Dans ce contexte, l’usine de Béja occupe une position stratégique puisqu’elle constitue le seul site public de raffinage du pays, assurant traditionnellement près de 40% de l’approvisionnement domestique, grâce à la transformation du sucre brut importé et à l’exploitation de ressources agricoles régionales.

La reprise progressive de l’activité, avec une capacité initiale estimée à 600 tonnes par jour, intervient à un moment clé de la demande, à l’approche du Ramadan, période durant laquelle la consommation nationale du sucre connaît une hausse significative.

Un plan d’investissement de 56 millions de dinars

Au-delà de la remise en marche immédiate des installations, les autorités publiques ont engagé un programme d’investissement structurant de 56 millions de dinars sur trois ans destiné à moderniser en profondeur l’outil industriel. L’objectif affiché est de porter la capacité de production de l’usine à 1 000 tonnes par jour d’ici 2027, soit une augmentation de près de 70% par rapport au niveau actuel.

Ce plan comprend la rénovation complète des lignes de raffinage, l’intégration de technologies automatisées et l’optimisation énergétique des processus industriels, ce qui devrait permettre une réduction des coûts d’exploitation estimée à près de 25%.

La transition environnementale constitue également un volet central de cette stratégie industrielle. Les investissements incluent la mise en place de stations de traitement des eaux usées, la valorisation des sous-produits industriels tels que la mélasse et la bagasse, ainsi que l’amélioration du recyclage des effluents.

Un levier pour sécuriser l’approvisionnement national

La relance de la production à Béja s’inscrit dans une stratégie plus large de régulation du marché intérieur du sucre. La coordination entre la STS et l’Office du Commerce de Tunisie (OCT) doit permettre d’injecter progressivement les volumes produits dans les circuits de distribution afin de stabiliser l’offre et de limiter les tensions sur les prix.

À terme, l’entreprise ambitionne également d’obtenir des certifications internationales de qualité telles que ISO et HACCP, ouvrant la voie à une éventuelle présence sur certains marchés régionaux.

La feuille de route industrielle prévoit notamment l’acquisition de 12 raffineurs automatisés, la mise en place d’une station d’épuration d’une capacité de 5 m³ par heure, la formation de 150 opérateurs spécialisés et le renforcement des partenariats avec les producteurs betteraviers de la région de Béja.

Au-delà de la seule dimension industrielle, la reprise de la STS met en lumière l’importance stratégique de la filière sucrière pour l’économie nationale. Dans un pays où la dépendance aux importations alimentaires demeure élevée, chaque capacité locale de transformation représente un levier essentiel de résilience face aux fluctuations des marchés internationaux.

Le redémarrage de l’usine de Béja illustre ainsi la volonté des pouvoirs publics de préserver les infrastructures industrielles historiques tout en les adaptant aux exigences contemporaines de compétitivité, de durabilité et de sécurité alimentaire.

Si les objectifs du plan de modernisation sont atteints, la STS pourrait redevenir d’ici mi-2027 un pilier central de la politique agroalimentaire tunisienne, contribuant à réduire la dépendance aux importations tout en consolidant la stabilité du marché intérieur du sucre.

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Auteur: Mohamed Ben Abderrazek
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