Cette année, le 1er mai s’est inscrit dans un contexte particulier, celui du Hirak, un mouvement populaire qui réclame le départ de toutes les personnes qui faisaient partie de l’ancien système politique. Aussi, hier encore, des centaines de travailleurs syndicalistes se sont rassemblés devant le siège national de l’UGTA, pour réclamer le départ d’Abdelmadjid Sidi Saïd, et le changement radical et rapide du système.

Il est peine 9h, lorsque  les hélicoptères de la police nationale survolent Alger-Centre, et plus particulièrement les lieux privilégiés du Hirak. À la  place du 1er-Mai, des travailleurs et syndicalistes, venus de plusieurs wilayas, se sont rassemblés pour réclamer le départ immédiat de secrétaire général de l’UGTA.
Organisée suite à l’appel de Confédération des syndicats algériens (CSA), cette marche se veut un appui au mouvement populaire né le 22 février dernier réclamant le «départ du système» et l’amélioration de la situation socioéconomique du travailleur  algérien.  
Très concernés par le Hirak, les syndicalistes ont brandi des pancartes revendiquant une situation meilleure pour les travailleurs. On pouvait d’ailleurs lire des slogans comme : «Vous avez trop parlé, écoutez-nous maintenant !», «Le 1er mai : défi, résistance, et militantisme», «L’UGTA n’est pas une propriété privée», «La centrale syndicale n’est pas à vendre», «Rendre l’UGTA aux vrais  travailleurs» Signalons cependant que la marche qui devait être entamée depuis le siège de la Centrale syndicale jusqu’à l’esplanade de la Grande- Poste a été transformée finalement en simple sit-in, puisque les manifestants n’ont pas franchi le cordon de sécurité déployé sur place.
Approchés par El Moudjahid, de dizaine de manifestants ont fait montre d’une détermination sans égale de voir une réponse positive à leurs revendications, surtout celle qui concerne le départ du SG. Ils envisagent, d’ailleurs, de hausser le ton, à travers l’organisation de grèves cycliques jusqu’au  départ de Sidi Saïd. «Nous allons poursuivre ce mouvement jusqu’à son départ», a scandé avec force un groupe de syndicalistes de la SNAPAP.
L’exigence d’une transition démocratique réelle était, il faut le souligner, au cœur des slogans des travailleurs. «Un mois après la démission de Bouteflika, aucune des revendications populaires n’a été satisfaite», regrette Abdeslam, enseignant à l’université de Bab Ezzouar. Il considère qu’il est aujourd’hui impératif que les anciennes têtes se retirent de la scène politique, cédant ainsi la place aux plus jeunes ; une jeunesse prometteuse, pleine d’énergie et qui compte des dizaines de milliers d’universitaires ne demandant qu’à servir leur pays. «La légitimité historique est une chose révolue, place maintenant à la jeunesse et aux compétences», a-t-il ajouté.  
En réponse une question portant sur l’avenir du pays, notre interlocuteur ne cachera pas son optimisme. «En toute honnêteté, il y a 20 ans je n’avais pas tellement d’espoir. Mais là, quand je vois tous ces gens dans les rues manifester pacifiquement, je suis très optimiste pour l’avenir de l’Algérie, la jeunesse est en marche, une jeunesse qui a mûri en l’espace de deux mois d’une façon incroyable», a-t-il dit.
En somme, l’appel «au changement de génération» a été l’un des mots d’ordre de cette manifestation. Un membre du CNAPEST a fait savoir que «ceux qui  nous gouvernent ne peuvent pas bien saisir le message de cette jeunesse, étant donné qu’il s’agit de deux générations différentes».  
Les forces de l’ordre, présentes en force sur les lieux, se sont contentées d’encadrer cette action de protestation. À 13h, ce rassemblement s’est achevé dans le calme et sans aucun incident.
Par sa forte mobilisation d’hier, la classe ouvrière  a exprimé son attachement à l’option de la poursuite du mouvement populaire pacifique et à ses revendications pour la construction d’un nouvel État algérien, avec le rejet des symboles du système.
Ils estiment, à ce propos, qu’il était temps de se réapproprier l’UGTA et de la remettre sur la voie tracée par les défunts Aïssat Idir et Abdelhak   Benhamouda. La décision de Sidi Saïd d’avancer la date du 13e congrès de l’UGTA (le mandat actuel prend fin le 10 janvier 2020), et son engagement à ne pas briguer un nouveau mandat n’ont pas suffi à calmer la colère des travailleurs qui revendiquent son départ de la tête de la Centrale syndicale. Ceux-ci ont estimé que «l’actuel SG a dévié notre organisation de son chemin, et est devenu, depuis qu’il est à sa tête, au service du patronat».
 Sarah A. Benali Cherif

Auteur: elmoudjahid
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