Est-ce l’heure du dénouement d’une crise politique inédite qu’a connu le pays depuis le recouvrement de son indépendance ? L’on est bien tenté de répondre par l’affirmative eu égard à l’évolution très nette enregistrée en matière de volonté manifeste d’aller vers un dialogue définissant les mécanismes idoines consacrant l’avènement d’un système de représentation totalement aux antipodes de celui en vigueur deux décennies durant. Un nouveau système en parfaite adéquation avec les revendications légitimes exprimées pacifiquement par tout un peuple qui a battu le pavé voilà maintenant plus de cinq mois aussi bien sous la pluie que sous une chaleur torride, sans interruption même pendant le mois du carême, et surtout sans lâcher du lest quant à sa détermination de bâtir un Algérie meilleure. Une Algérie fondée sur les principes de l’Etat de droit, d’une justice indépendance et dotée d’institutions solides bien capables de relever les défis de l’heure et ceux à venir. Cette aspiration populaire objet d’un processus de changement enclenché depuis la date du 22 février a émerveillé le monde autant par son caractère pacifique que par le patriotisme de haute facture dont ont fait preuve les Algériens, femmes et hommes, de différentes catégories d’âge. Au moment où nos concitoyens ont investi la rue pour dire non à un 5e mandat successif en faveur de l’ex-président Bouteflika, aucun d’eux, sans doute, n’avait à l’esprit que c’était là le début d’un processus qui allait augurer de profondes mutations. Un processus dans le sillage duquel mêmes les ténors de l’ancien régime que l’on disait bien «indétrônables» allaient chuter du haut de leur tour d’ivoire pour se retrouver, aujourd’hui derrière les barreaux en raison de leur implication dans des affaires de corruption et de dilapidation de deniers publics et autres faits et méfaits à caractère pénal ayant démontré l’ampleur de la prédation perpétrée du temps d’une impunité désormais révolue.

 Une dynamique citoyenne qui ne faiblit pas

Le refus massif du 5e mandat, que le concerné n’en voulait pas, a conduit à l’annulation de l’élection présidentielle prévue le 9 avril, la fin par anticipation du 4e mandat de Bouteflika et l’application de l’article 102 de la Constitution qu’avait préconisé le chef d’état-major de l’ANP, le général de corps d’Armée, M. Ahmed Gaïd Salah à titre d’alternative nécessaire à même de garantir la stabilité du pays et d’assurer la continuité des institutions. En vertu de cet article Abdelkader Bensalah a assuré depuis la charge de chef de l’Etat tout en s’engageant à organiser de nouvelles élections présidentielles dans les délais requis par la loi fondamentale. Le Haut commandement de l’institution militaire avait, entre temps, décidé de se ranger du côté du peuple promettant de ne ménager aucun effort pour satisfaire toutes ses revendications qualifiées de légitimes ainsi que de remettre le pourvoir au peuple en se basant toujours sur la Constitution notamment ses deux articles 7 et 8. La dynamique du mouvement citoyen est quant à elle omniprésente avec des slogans à chaque fois actualisés pendant les marches du vendredi et ce, sans se départir pour autant de l’essentiel, à savoir un changement radical de système et le départ de tous ses symboles. Les manœuvres entreprises dans l’ombre par ceux qui sont désignés par le terme de «Issaba» (la bande) ont été dénoncées par l’ANP ayant réussi d’ailleurs à faire échouer les complots visant à dévier le mouvement citoyen de son cadre pacifique et à avorter toutes les tentatives de certains cercles qui voulaient que la situation du pays sombre dans le vide constitutionnel, synonyme de saut dans l’inconnu. Le 9 avril 2019, jour de sa prise de sa fonction, le chef de l’Etat, Abdelkader Bensalah, a procédé à la signature du décret présidentiel portant convocation du corps électoral pour la présidentielle fixée au 4 juillet 2019. Quelques jours plus tard, la présidence de la République avait adressé une série d’invitations aux chefs de partis et des personnalités pour une rencontre de concertation au sujet justement de la présidentielle du 4 juillet. Toutefois, la quasi-majorité des formations politiques et les personnalités crédibles n’étaient pas présents à cette rencontre qu’avait abrité le Palais des Nations, en date du 22 avril, et dont l’ordre du jour avait trait aux mécanismes de mise en place d’une commission indépendante de surveillance des élections. Bref, la présidentielle du 4 juillet fut annulée sur décision du Conseil constitutionnel prononcé le 2 juin. Le mouvement citoyen ne faiblit pas et les manifestations pacifiques se poursuivent toujours.

Mesures d’apaisement

Les décisions historiques de la justice prises dans le cadre de la lutte contre la corruption occupent le devant de la scène des jours durant avec la mise en détention de plusieurs ex-hauts responsables du régime déchu. Le chef de l’Etat relance l’appel au dialogue inclusif et dans son message adressé à la Nation à la veille du 5 juillet, il annonce que la conduite du dialogue sera confiée a un panel de personnalités sans affiliation partisane et sans ambition électorale. C’est là un engagement qui a été salué, notamment par les partis de l’opposition lors de Forum national du dialogue tenu à l’Ecole d’hôtellerie d’Ain Benian et ayant réuni une quinzaine de partis en plus de représentants de la société civile. Une liste de 13 personnalités devant assurer la mission de médiateurs de dialogue a été proposée dans un premier temps par le Forum de la société civile. Un panel de personnalité a été reçu jeudi par le chef de l’Etat au siège de la présidence. Ce qui constitue une réelle avancée en vue de solutionner une crise qui n’a que trop durée et ce, à travers la tenue d’une élection présidentielle dans les meilleurs délais.
Des mesures d’apaisement en rapport notamment avec la libération des détenus sont toutefois attendues des hautes autorités pour faire valoir cet objectif.
Karim Aoudia

Auteur: elmoudjahid
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