Un gouvernement solide est un gouvernement avant tout solidaire. Or ce gouvernement présente plus des signes de guerre de clans que des signes d’action commune. On a l’impression d’être en face de cantons plutôt que des départements ministériels.

Ce qui nous a poussé à affirmer cette thèse ce sont les déclarations récentes du ministre du commerce, très contesté Omar Béhi , et du ministre de l’agriculture Samir Bettaieb. En effet lors d’une interview radiophonique Omar Béhi avait affirmé que selon les chiffres du ministère de l’agriculture nous avons un déficit structurel dans la production des pommes de terres variant entre 20 et 30 milles tonnes, ce qui a obligé le ministère du commerce via l’Office du Commerce, à importer des quantités d’Egypte pour réguler le marché et freiner la hausse des prix. Information aussitôt démentie par le ministre de l’agriculture lui même. Il a nié avoir enregistré un déficit structurel dans la production de pommes de terre.  En le confrontant par la déclaration de Béhi, il a répondu « chacun est responsable de ce qu’il dit ». Ils sont deux ministres d’un même gouvernement et en plus travaillant sous le même drapeau politique à savoir « Tahya Tounes ».

Derrière cet ènième incident se cache plusieurs vérités qu’on essaye de cacher :

  • Notre système d’information sur la production agricole et la consommation des ménages est défaillant. On n’a jamais su avec la précision la plus élémentaire notre capacité de production ainsi que nos besoins au niveau de la consommation,
  • La relation entre le ministère de l’agriculture et le ministère du commerce n’a jamais été un fleuve tranquille. C’était toujours une guerre froide et chacun jette pour l’autre une patate chaude, s’accusant mutuellement dans les réunions et les conseils des ministres d’être derrière la hausse des prix ou les problèmes d’approvisionnement. C’était aussi une guerre de dossier. A chaque Ramadan le ministère de l’agriculture anticipe par la publication d’un communiqué sur l’état de l’approvisionnement alors que c’est du ressort du ministère du commerce depuis longtemps. 
  • L’une des raisons de la hausse des prix en Tunisie, et aussi des problèmes des agriculteurs réside dans ce manque flagrant de coordination entre agriculture et commerce.
  • Les décisions qui reviennent toujours se rapportent principalement à l’importation ou non de certains produits stratégiques pour couvrir un déficit, donner ou non des autorisations d’exportation de certains produits agricoles qui enregistrent une production exceptionnelle, appliquer ou non des régimes de quota de production….Sur ces question on naviguait toujours à vu, et on n’a jamais eu une stratégie claire. Ces décisions stratégiques pour des milliers d’agriculteurs et des millions de consommateurs se prennent toujours sur un coup de tête, sur la base d’informations pas précises et non actualisées, et au gré des ministres en place, comme c’est le cas actuellement au niveau de l’actuel ministre du commerce, et parfois poussées par des lobbies et d’influents opérateurs.

Une telle situation ne doit pas durer éternellement car elle pénalise énormément l’économie nationale et présente des signes de mauvaise gouvernance sur plusieurs dossiers. Ces ministres amateurs qui viennent « apprendre la coiffure sur les têtes des orphelins » (yet3allmou lehjama fi rouss litama) doivent cesser ces infanteries et regarder les problèmes avec plus de professionnalisme et responsabilité. Un ministère n’est pas une équipe de foot, c’est un joueur dans une équipe.

En tant que chef de gouvernement, Youssef Chahed est appelé à rappeler ces ministres à l’ordre, sans considérations personnelles ni partisanes. Il y va de l’efficacité de son gouvernement. Sa relation amicale avec le ministre du commerce, et qui a valu à ce dernier d’être maintenu jusqu’à présent à ce poste, ne doit pas entrer en considération.

Il est aussi important de mettre le dossier du système d’information du ministère de l’agriculture sur la table des dossiers les plus urgents. Les Commissariats Régionaux de Développement Agricole doivent être dotées des moyens nécessaires (logistique, personnel, savoir faire,…)  pour donner des informations précises sur la production agricole dans les régions. Plus de place à l’arbitraire et à l’aléatoire. Dans ce cadre, l’Observatoire Nationale de l’Agriculture doit jouer pleinement son rôle, pour la collecte et la communication des statistiques. De son côté le ministère du commerce et via son jeune Institut National de la Consommation, doit donner les chiffres actualisés sur la consommation des ménages tunisiens, et même anticiper les besoins futurs afin de préparer les surfaces et les secteurs.

Des réunions de coordination mensuelles doivent avoir lieu entre les ministres de l’agriculture, du commerce et de l’industrie aussi (le volet industrie agroalimentaire), pour se concerter sur les dossiers les plus pertinents et prendre les décisions qui s’imposent sans polémique.

On ne critique pas seulement, mais on propose….A bon entendeur.

BHA

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Auteur: L’expert
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