Le président de Jil Jadid, Soufiane Djilali, ne voit aucune autre solution à la crise qui secoue actuellement le pays, en dehors d’une phase de transition, la plus courte possible.

S’exprimant hier sur les ondes de la Chaîne 3 de la Radio algérienne, Soufiane Djilali estime que les Algériens ont déjà fait leur référendum à ciel ouvert pour un Etat de droit et une nouvelle République.

«Cela fait plus de 12 semaines que les Algériens sortent dans la rue. Il devient compliqué de trouver une issue rapide. La crise a perduré. Le régime a mis trop de temps pour réagir», souligne cet homme politique, ex-membre du Conseil national de transition (1994-1997).

Soufiane Djilali considère qu’«il est tout de même nécessaire de trouver une solution raisonnable qui épargne l’Etat en tant que tel». «Il ne faut pas que dans l’effondrement du régime de Bouteflika, l’Etat soit déstabilisé», avertit-il.

Le président de Jil Jadid rappelle que plusieurs solutions de sortie de crise ont été mises sur la table par des partis politiques.

«Les solutions politiques possibles ont été avancées par de nombreux acteurs politiques. Et tout le monde converge vers ce qui semble être l’unique solution, à savoir d’organiser une phase de transition qui soit assez courte pour permettre une mise en place des conditions idoines pour aller vers des élections et légitimer de nouveau un président de la République qui pourra, lui, par la suite entamer les véritables réformes dont a besoin le pays», insiste M. Djilali.

Pour réussir cette phase de transition, il faudra aller vers «des négociations avec le véritable détenteur du pouvoir». L’invité de la Chaîne 3 assure que «tout le monde sait que le pouvoir a été transféré de la présidence de la République vers l’état-major de l’armée. Tout le monde sait que pour des raisons historiques, l’armée reste un acteur essentiel et surtout dans les modes de crises.

Il faut donc travailler avec le réel et non sous couverture, avec des fuites et des positions toujours embrouillées». Soufiane Djilali estime que «le chef de l’Etat est aujourd’hui dans l’incapacité d’agir». D’ailleurs, précise-t-il, «il propose à chaque fois de retourner à un dialogue pour imposer l’élection du 4 juillet alors que les conditions ne sont absolument pas réunies».

Il estime, dans ce sillage, que le maintien de la présidentielle du 4 juillet ne ferait qu’aggraver la crise politique. «Les conditions ne sont pas réunies pour qu’il y ait élection le 4 juillet. Si le pouvoir maintient cette élection, cela veut dire qu’il a un candidat caché qu’il va nous faire apparaître et nous imposer au nom du respect de la Constitution. Cela aggravera la crise de légitimité et de confiance», prévient-il.

«Dialogue avec l’armée»

La transition ne pourrait se faire, selon Soufiane Djilali, qu’avec un dialogue et des discussions avec l’armée. Il faut donc, selon lui, «engager un vrai dialogue avec le centre du pouvoir pour s’entendre sur une formule qui consiste en gros à mettre en place une présidence de l’Etat avec des figures acceptées par tout le monde et dont les objectifs seraient bien déterminés et bien définis.

C’est-à-dire organiser les changements nécessaires pour aller vers des élections libres et transparentes, en un laps de temps court, mais suffisant».

Il ne s’agit pas, pour lui, de chercher à impliquer l’armée dans le domaine politique. M. Djilali estime que dans une telle conjoncture «l’armée est interpellée pour accompagner cette phase de transition, non pas bien entendu pour la gérer ni pour décider de l’avenir».

Interrogé sur le rôle des partis, Soufiane Djilali récuse l’idée selon laquelle ils étaient absents dans cette conjoncture. «Les partis ont été marginalisés. Ils n’ont jamais eu les moyens de leurs missions. Dans un Etat de droit, les partis politiques sont des institutions. Ils sont respectés. Ils ont leur part d’engagement dans la gestion d’un pays.

Or, en Algérie, les partis politiques ont été démonétisés et discrédités. Comment voulez-vous qu’ils remplissent leur rôle, le moment venu ?» lance-t-il.

S’agissant de la représentativité du hirak, Soufiane Djilali estime que cela demandera du temps. Mais, pour lui, «les Algériens n’ont pas besoin de consensus pour recréer le parti unique». «Au contraire. Ils ont besoin de partis politiques qui portent des projets différents.

Ils ont besoin de démocratie, de pluralité, d’Etat de droit», insiste-t-il. Le président de Jil Jadid revient sur certaines propositions comme la Constituante qu’il estime «impossible» à faire dans le contexte actuel. «Une transition de deux ans est impossible, une Constituante nous mènerait vers des conciliabules interminables.

L’option d’une élection présidentielle me semble la plus réaliste. Elle peut être organisée dans les six ou neuf mois au maximum, puisqu’il faut prendre le temps de changer la loi électorale, la loi sur les partis politiques pour assouplir et laisser les citoyens algériens s’organiser selon leurs vœux, changer la loi sur les médias parce qu’il y a de graves déséquilibres et, enfin, mettre en place une commission indépendante qui puisse gérer l’ensemble du processus électoral.»

Les réformes profondes viendront, selon lui, «une fois que les Algériens auront choisi celui qui devrait assumer la responsabilité ultime». L’élection d’un président de la République légitime permettrait de «redémarrer l’économie, remettre le pays au travail et continuer les réformes nécessaires, telles que séparer la justice de l’Exécutif, réduire les pouvoirs du président de la République, donner plus de pouvoir aux députés pour contrôler l’action de l’Exécutif…»

Quant aux dernières arrestations, Soufiane Djilali considère qu’«il est évident que le pouvoir a besoin de reprendre un minimum de contact et de confiance avec la population. Il donne des gages». Cependant, pour le président de Jil Jadid, le contexte actuel n’est pas favorable pour «ouvrir des procès aussi complexes ».

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Auteur: Hicham Chouadria
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